Commentaire de texte ; voyage au bout de la nuit ; louis ferdinand céline ; chapitre 26

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  • Publié le : 4 décembre 2010
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Voyage au bout de la nuit ; Louis Ferdinand Céline

Le vingtième siècle est une improbable expérience humaine. Il faut dire que la révolution industrielle avait abondamment achalandé le laboratoire. Du coup les scientifiques se sont mis à cœur joie, ils ont commencé en quatorze par toute sorte de déformations sur le cobaye, ils ont coupé quelques membres à l’aide de shrapnels, percé lescartilages, les côtes, l’humérus, le radius à l’aide de billes de plombs, ils ont aspergé le corps de sulfure de dichlorodiéthyle, regardant sans compassion le coulis de framboise se rependant sur l’inox de la table d’autopsie. L’expérience a néanmoins marché, le patient était toujours vivant. D’autres scientifiques se sont dits : « les hommes sont si nécessairement fou qu’il faudrait être fou par unautre tour de folie de n’être pas fou ». Ils ont donc accouru à ce laboratoire et une recrudescence de manipulations est apparue : certains ont découpé l’encéphale à l’aide d’un marteau, d’autres le centre nerveux avec une faucille et des petits malins ont dessiné un svastika sur le crâne du patient. Ils se sont étonnés que l’organisme fonctionne toujours. Alors ils ont recommencé les déformationssur le cobaye en expérimentant la consomption, la radiation et j’en passe. Le vingtième siècle a libéré un cristal d’irisation aux rayons guerriers, totalitaires, décolonisateurs, mais des rayons souvent pourpres. Les hommes ne se battaient pas pour des terres, des biens, ni pour des religions mais pour des convictions. Ce siècle d’expérience a troublé les hommes, décrit des entailles profondesdans leur cœur. Beaucoup d’écrivains se sont alors interrogé sur la condition humaine et ont montré leur engagement sur ce bouillon d’idéologie telle que Malraux, Eluard, Aragon, Saint-Exupéry. Chez d’autres, le sentiment que l’homme est une bête qui erre sempiternellement dans l’absurdité s’est développée, chez Sartre, Camus et notamment Céline. Dans Voyage au bout de la nuit, récit désenchanté destribulations de Ferdinand Bardamu dans les débuts d’un vingtième siècle obscure et asphyxiant, le héros face à l’absurdité du monde qui voudrait l’entraîner ne peut qu’offrir de la lâcheté, de la distance par rapport à celui-ci. Que ce soit sur les champs de bataille de la première guerre mondiale, en Afrique en compagnie de colons fondant sous un soleil brûlant, en Amérique dans la tourmentetaylorienne, ou dans les faubourgs miséreux de Paris comme ici, Céline véhicule une vue particulière du monde. Si le cru, la vérité et la justesse de cette vue ressortent de façon pertinente c’est parce que Céline à l’instar de Bel-Ami est Maupassant et Figaro, Beaumarchais, est Bardamu. Sa propre expérience nourrit ce livre presque autobiographique. Le chapitre vingt-six dans lequel Bardamu devenuemédecin tâte le pouls de l’indigence dans un immeuble de banlieue parisienne aux moribonds à chaque étage, illustre parfaitement cette vue. Par quels moyens Céline montre une vision de l’homme et du monde pessimiste et désabusée ? Trois axes, le personnage antihéroïque de Bardamu dans un premier temps, une situation de dénuement moral et physique dans un deuxième temps et un style au service de lavision en terminaison.

Ferdinand Bardamu est l’antihéros. Son comportement, son regard, ses intentions s’inscrivent dans l’homme. Il ne donne pas d’impulsion à l’action mais transporte seulement le miroir qui permet au monde de Céline de se refléter dedans. C’est un médecin spectateur et un médecin pusillanime.
C’est un grand observateur, passe presque plus de temps à observer le peuple qu’àsoigner ses malades. Sa vision permet de décortiquer la scène et de quadriller cette misère. Son rôle permet de cerner le personnage. La focalisation est interne et permet de révéler le caractère du personnage. La vue se jette sur tout ce qui bouge : « son public d’agonie remonte par ici », « la famille d’en bas vient voir », « des gens venu de loin entre en surnombre ». Il observe les flux de...
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