Detour

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  • Publié le : 23 février 2010
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Ce sujet a été proposé par Mme Stéphanie PETRONE, agrégée de Lettres Classiques pour ses étudiants du Lycée Langevin à Martigues

BTS BLANC

Culture Générale et Expression

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Première partie : SYNTHESE (40 points).

Le détour

Vous rédigerez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :

Document 1 : Nicolas Millet,« Comprendre la nécessité du détour par les Idées », Le Monde (24 janvier 2008).

Document 2 : Jean de La Fontaine, « Le Pouvoir des fables », Fables (1693).

Document 3 : Pierre Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782)

Document 4 : Si j’étais séropositive ? , campagne de sensibilisation réalisée par l’association AIDES (fin 2006-2007).

Document 5 : Publicité pour une crème anti-âgeReversa.

Deuxième partie : ECRITURE PERSONNELLE (20 points).

Selon vous, pour atteindre le public, faut-il préférer des moyens directs ou des voies détournées ?

Document 1.

« Comprendre la nécessité du détour par les Idées »

Notre langue nous l’apprend : les amours non charnelles et les discours sans effets sont « platoniques ». Platon s’avance – à jamais figé dans laposture même du philosophe : cet être qui se tient à bonne distance du monde réel empêtré dans de belles – ou moins belles – paroles qu’il énonce en vain. « Philosophie platonique », une espèce de pléonasme pour beaucoup. Platon aurait, le premier et définitivement, scellé le sort de la philosophie. Et nous le voyons, errant dans le ciel des Idées, telle une ombre, fidèle en cela à nos idéesreçues – du langage.
Enseigner Platon, c’est alors lui redonner corps – et par là redonner corps à toute la philosophie : refuser de le faire errer parmi nous drapé dans cette pseudo-figure du philosophe, homme étrange et bavard à la fois, à jamais éloigné du réel, ou plutôt : des réalités. Car, justement, il n’est pas sûr que ces réalités si pressantes – et sur lesquelles on nous presse d’agir– soient bien le plus réel et le plus pressant. Platon idéalement nous l’apprend : ce qui est réel ce sont les Idées. Faire lire Platon aux élèves, c’est leur faire comprendre la nécessité du détour par les Idées, et la patience qui lui est propre : savoir prendre le temps de séjourner – et non plus « errer » - des heures durant au ciel des Idées pour pouvoir parer au plus pressé le momentvenu.
C’est cette patience-là que nous voulons apprendre en lisant certains de ses dialogues en classe. Car à travers notre lecture et les interrogations communes qu’elle suscite, Platon lentement prend corps. Et nous avec : dans ces dialogues socratiques nous avons nous-mêmes notre place, nous y sommes, avançant en pensée comme avance le dialogue. Nous comprenons mieux : le savoir n’estbien souvent que l’apparence du savoir. Et nous-mêmes qui croyons savoir au fond ne savons pas. Nous voilà arrivés, en même temps que les élèves, au moment décisif : celui du savoir de notre propre ignorance. Nous pouvons commencer à penser.
Chaque fois, Platon nous amène à ce commencement de pensée. Les élèves et moi. Et puis du commencement de la pensée, il nous mène, mieux que quiconquesans doute car le premier, à cette vérité qui donne sens à la philosophie : que l’idée est au fondement de tout – connaissance et action. Pour le dire autrement et peut-être plus mal, car loin de Platon comme pour montrer sa postérité : l’idéaliste est plus réaliste que le réaliste lui-même. Ou : s’il y a bien un idéaliste parmi nous c’est le soi-disant réaliste qui croit pouvoir s’affronteraux réalités « concrètes », comme il dit, sans en passer par l’abstraction, réelle, des idées. Détour par les idées, qui n’est pas idéologie bien sûr, et qui suppose patience et temps libre : le temps de l’école proprement dit où l’on apprend et fait apprendre avec Platon aux élèves que les idées ont du corps : elles peuvent changer le monde. Une idée qui peut, justement, être caressée....
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