Diamants de sang sierra leone

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  • Publié le : 4 avril 2011
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Le diamant dans la géopolitique africaine 1

la géopolitique africaine

Jean-François ORRU 2, Rémi PELON 3, Philippe GENTILHOMME 4

INTRODUCTION
L’expression « diamants du sang » renvoie au rôle majeur qui est attribué au diamant dans les guerres qui ont meurtri l’Angola, le Liberia, la Sierra Leone et la République Démocratique du Congo (RDC), principalement dans les années 1990-2000.Les diamants sont essentiels pour bien des économies africaines et représentent toujours un enjeu majeur dans les luttes de pouvoir, y compris dans des pays qui n’ont pas défrayé la chronique à ce sujet : pays d’Afrique australe, République du Congo, Guinée, République Centrafricaine, Tanzanie, etc. Cela pourrait suffire à faire douter les voix qui relient directement les ressources en diamant audéveloppement des conflits, en suggérant entre les deux un lien de causalité. Mais le financement des conflits par des ressources minérales est de fait une singularité africaine. L’Afghanistan est un des premiers États, hors Afrique, où les « chefs de guerre » se sont financés par le commerce des pierres précieuses.
1. Cet article a été rédigé par trois chercheurs au Bureau de recherchesgéologiques et minières (BRGM), établissement public de référence dans le domaine des sciences de la terre pour gérer les ressources et les risques du sol et du sous-sol. Des missions de recherche scientifique sont confiées à cet établissement autour d’appuis politiques publiques et de coopération internationale et d’aide au développement. Les trois auteurs de cet article font partie de l’unité « Économie,intelligence et développement durable » de la division des Ressources minérales. 2. Jean-François Orru est docteur en géographie humaine (Paris-Sorbonne), diplomé d’un DEA de géographie et géopolitique (Paris III) et d’un Master (Développement des régions tropicales, Paris VII). Il est socio-économiste au BRGM et spécialisé dans la politique du développement durable et les aspectssocio-économiques de l’aménagement territorial. 3. Rémi Pelon est ingénieur des Mines. Économiste minier au BRGM, il est spécialiste en politique et économie minières et développement durable. 4. Philippe Gentilhomme est docteur d’État ès sciences (Nancy), ingénieur ENSG (Nancy), diplômé d’un DEA de géologie et minéralogie appliquées (Orléans), auditeur de l’Institut des Hautes Études de Défense nationale.Économiste minier au BRGM, il est spécialisé dans les domaines des marchés de minerais et métaux, de l’intelligence industrielle et des statistiques du commerce extérieur.



Afrique contemporaine ■

Y a-t-il donc en Afrique une « malédiction » 5 des diamants ? Y a-t-il un déterminisme naturel qui laisserait croire que les diamants conduisent « fatalement » à des conflits ? On ne peuts’affranchir d’une analyse contextuelle pour compléter le panorama factuel. Si l’expression de « diamants du sang » a fait florès, grâce au lobbying efficace de certaines ONG, c’est dans un moment particulier de la politique internationale et à l’heure d’une véritable révolution du marché. L’analyse économique et géographique doit être complétée par une analyse géopolitique. C’est ce que nous tenterons defaire ici : après avoir exposé les faits concernant le rôle des diamants dans les trois principaux conflits mentionnés, nous étudierons les éléments contextuels et conjoncturels qui expliquent le lien entre diamants et conflits. Enfin, nous verrons que s’il y a effectivement des raisons structurelles (naturelles et culturelles) qui font du diamant une « ressource conflictuelle », il existe aussides moyens d’agir ou de réagir face aux risques ou aux situations de crise.

LES PAYS AFRICAINS PRODUCTEURS DE DIAMANTS
Afrique du Sud, Botswana, Namibie
Tout d’abord, il faut rappeler la place que tient le diamant dans l’économie africaine et par la même occasion le fait simple, mais parfois oublié, qu’il y a des pays où le diamant n’est pas ou n’est plus synonyme de conflit et où il...
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