Dissertation, plaintes, charles cros

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  • Publié le : 6 juin 2010
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T E X T E

P l a i n t e

Vrai sauvage égaré dans la ville de pierre,
À la clarté du gaz (1) je végète et je meurs.
Mais vous (2) vous y plaisez, et vos regards charmeurs
M’attirent à la mort, parisiennefière.

5 Je rêve de passer ma vie en quelque coin
Sous les bois verts ou sur les monts aromatiques,
En Orient, ou bien près du pôle, très loin,
Loin des journaux, de la cohue et des boutiques.

Mais vous aimez la foule et les éclats de voix,
10Le bal de l’Opéra, le gaz et la réclame.
Moi, j’oublie, à vous voir, les rochers et les bois,
Je me tue à vouloir me civiliser l’âme.

Je vous ennuie à vouloir le dire si souvent :
Je mourrai, papillon brûlé, si cela dure …
15 Vousferiez bien pourtant, vos cheveux noirs au vent,
En clair peignoir ruché (3), sur un fond de verdure !

Charles Cros, Le Coffret de santal, 1873.

1. Gaz : l’éclairage au gaz était alors une nouveauté, symbole de la
modernité urbaine.
2. Le pronom « vous »renvoie à la femme aimée.
3. Ruché : orné d’une bande de dentelle plissée ou froncée.

Vous ferez le commentaire du poème « Plainte » de Charles Cros en vous aidant, par exemple, du parcours de lecture suivant :
a) L’opposition de deux mondes incompatibles.
b) La désillusion et la solitude du poète.

Introduction

Le poète, etplus encore le poète amoureux, se console dans l’écriture, sorte d’exutoire de ses désillusions sentimentales. Ainsi, Charles Cros, dont la vie fut une suite de malchances, fait de ses poèmes les confidents de ses amertumes et de ses déceptions, en particulier dans Le Coffret de santal, œuvre qui préfigure le symbolisme et le surréalisme et recueil saisissant par la diversité de ses formes et de sestons. Parmi les sonnets, le poème régulier « Plainte » est composé de quatre quatrains d’alexandrins, forme habituelle dans la deuxième moitié du 19ème siècle. Adressé à une citadine « fière », c’est une invitation vaine à abandonner le tumulte de la ville et à céder à un amour plus naturel.
Pour mieux convaincre son interlocutrice, l’auteur oppose systématiquement et explicitement deux tableaux,celui de la ville et celui du cadre naturel solitaire de la campagne, malheureusement incompatibles. Mais il y rend aussi compte de sa solitude et de son amertume, sans céder pour autant au pathétique, faisant même preuve d’un certain humour, lui pour qui la ville est à l’opposé de sa conception personnelle du bonheur.
Dans un premier temps, j’évoquerai la présentation par l’auteur de deuxmondes incompatibles. Je montrerai ensuite que ce texte traduit la désillusion et la solitude du poète.

Deux mondes opposés

De la régularité et de l’équilibre de ce poème en alexandrins, se dégagent l’opposition de deux styles de vie, le contraste entre deux mondes opposés irréconciliables : la ville, que le poète veut fuir mais où se plaît la citadineparisienne (vers 3 et 4) à laquelle il s’adresse, et la campagne naturelle dont le calme l’attire (vers 5 et 6). De la ville, le poème donne une image négative, peu engageante, à l’instar de ce que ressent son auteur.
La « ville » est présentée comme un univers statique à travers un tableau désordonné et violent. Elle y est décrite et déterminée par des articles définis : vers 1 (la ville), vers 2...
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