Dom juan

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  • Publié le : 11 juin 2011
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Dom Juan, La scène du Pauvre

La scène 2 de l’acte III, extraite du Dom Juan de Molière, L'acte III se situe dans une forêt et succède à un acte de pure farce au cours duquel Dom Juan nous fait la démonstration de son pouvoir de séduction auprès de deux paysannes naïves. Apprenant qu'une douzaine d'hommes à cheval sont à leur poursuite (les frères de Done Elvire), les deux personnages, pourcouvrir leur fuite, ont changé de costume : Sganarelle est déguisé en médecin et Dom Juan en habit de campagne. Nous venons d'assister à la scène précédente, à une critique en règle de la médecine par Dom Juan et à la profession de foi religieuse de Sganarelle qui essaye de raisonner Dom Juan en s'efforçant de lui prouver l'existence de Dieu. Nous allons voir dans cette scène de combat singulierentre Dom Juan et un pauvre ermite comment l'affrontement entre les deux hommes permet d’opposer deux systèmes de valeurs et donne l'occasion à chacun des protagonistes d'éprouver leurs valeurs. Nous analyserons dans un premier temps, de quelle façon Dom Juan se moque du Pauvre et dans un second temps, comment il le met à l'épreuve. Enfin nous interrogerons sur le rôle de Sganarelle au milieu de cetteconfrontation.Dans la première partie de la scène Dom Juan s'amuse à mettre à l'épreuve le système de valeurs de l'ermite en refusant de lui donner l'aumône et en se moquant de ses convictions religieuses. La scène commence par la demande symbolique de Dom Juan à l'ermite de lui enseigner le chemin dans cette forêt dans laquelle il court de grands dangers et dans laquelle il est parti, sous undéguisement, fuir les responsabilités de sa vie. Un ermite est un homme dont la fonction est de prier pour les impies et les méchants ; il vit à l'écart du monde et fait voeu de pauvreté. Dans la tradition médiévale c'est un personnage qui joue aussi un rôle symbolique et initiatique (cf Chrétien de Troyes, Le Chevalier au lion) et il est considéré par les croyants comme un homme sage et bon. Ilavertit Dom Juan de se méfier des brigands qui infestent la forêt. La phrase de politesses excessives avec laquelle il commence à s'adresser au Pauvre contraste avec le tutoiement familier qu'il emploie : « Je te rends grâce de tout mon coeur ». On peut déjà percevoir une forme d'impudence insolente dans la connotation religieuse du mot « grâce » et le mot coeur, souligné par sa position finale, quisonnent bizarrement dans la bouche de Dom Juan. Les marques de son agressivité ne tarderont pas à suivre. Elles commencent par le rire sarcastique de Dom Juan envers le Pauvre à sa demande d'aumône : «Ton avis est intéressé, à ce que je vois ». Feignant de croire que la mise en garde du pauvre est intéressée, il lui refuse la charité, qui est un devoir important d'aide des plus riches aux pluspauvres à l’époque. Quand le pauvre lui rappelle sa fonction qui est de prier le Ciel pour les hommes qui en ont besoin, Dom Juan, répond par un argument logique :« Eh ! prie-le qu'il te donne un habit » faisant mine de croire que la prière est un marchandage ou un échange matériel. L'interjection marque d'emblée le ton de moquerie. Sganarelle, qui vouvoie le Pauvre, embarrassé, par la grossièreté dusoupçon, tente d'excuser son maître en essayant maladroitement de donner les clefs de sa philosophie de la vie (comme on l'a vu faire avec les paysannes, ou avec avec Done Elvire) : « il ne croit qu’en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit ». Mais sortie de son contexte, la phrase n'a aucun sens et constitue seulement un procédé cclassique de répétion et d'imitation burlesquedu valet de comédie qui singe son maître.Dom Juan va s'amuser à mettre à l'épreuve cet homme simple par une série de questions insidieuses. Se met ainsi en place un dialogue proche du dialogue dialectique -mais fondé sur la raillerie au lieu de la recherche de la vérité. Dom Juan s'efforce de déstabiliser le Pauvre pour l'amener à douter du bien-fondé des choix de son existence. Lui qui ne vit...
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