Epitaphe de villon

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  • Publié le : 7 juin 2011
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L’épitaphe de Villon : analyse.

Freres humains qui après nous vivez,
N’ayez les cuers contre nous endurciz,
Car, se pitié de nous pouvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez çay attachez cinq, six :
Elle est piéça devorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s’en rie:
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

Se freres vous clamons, pas n’en devez
Avoir desdain, quoy que fusmes occis
Par justice. Toutesfois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas le sens rassiz;
Excusez nous, puis que sommes transsis,
Envers le filz de la Vierge Marie,
Que sa grace ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l’infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous vueilleabsouldre !

La pluye nous a debuez et lavez,
Et le soleil desséchez et noirciz :
Pies, corbeaulx nous ont les yeux cavez
Et arraché la barbe et les sourciz.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis ça, puis la, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charie,
Plus becquetez d’oiseaulx que dez a couldre.
Ne soyez donc de nostre confrarie;
Mais priez Dieu que tous nous vueilleabsouldre !

Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie:
A luy n’ayons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n’a point de mocquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

La ballade des pendus nous présente à l’évidence les derniers mots, le message, le sermon, la leçon que donnent les pendus au peuple. C’est une forme d’avertissement desmorts eux-mêmes. Le narrateur semble être les pendus, mais un mort ne peut pas parler. C’est pourquoi on peut considérer que ce qui nous parle, c’est l’image d’eux-mêmes.
On retrouvera dans le texte toute la description physique des pendus.

Frères humains qui après nous vivez

Ici, on comprend directement qu’on s’adresse à ceux qui restent après les morts, les pendus. Il n’était sans doutepas rare à l’époque que les pendaisons se fassent sur la place publique, d’où une forme de vraisemblance quant au fait de s’adresser à une foule.

N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous vous avez,
Dieu n’en aura que plus tôt de vous Mercie.

Ils demandent donc de ne pas s’endurcir en ne prenant pas pitié d’eux et de leur sort, faisant appel à des convictions religieuses.Compatir à leur sort leur donnera droit à la Mercie de Dieu. La Mercie de Dieu se rapportant au pardon d’un seigneur à ses sujets. On retrouve ici le système féodal propre à l’époque. Cette évocation au divin permet également de rappeler au peuple la condition humaine et l’égalité qu’il existe entre eux et les pendus. Tout le monde finira par mourir et sera jugé devant Dieu.

Vous nous voyezici attachés cinq, six :
Quant à la chair, que trop nous avons nourrie,
La voici dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.

Ces quelques vers permettent peut-être d’identifier la nature du crime pour lequel ils ont été pendu. « La chair que nous avons trop nourrie » renvoie peut-être au péché de gourmandise qui peut mener au vol de nourriture. Il y a des chances que cesoit le cas. Ils montrent la fatalité : le corps qu’ils ont nourri finit dévoré et pourri, et les os deviennent cendre et poudre. Cela renvoie encore une fois au divin « tu es poussière et tu finiras poussière ». Peu importe le vol ou non. Il n’en demeure pas moins qu’ici on ressent de l’ironie vis-à-vis de la peine.

De notre mal personne ne s’en rit :
Mais priez Dieu qu’il veuille tous nousabsoudre.

Ici, « s’en rire » doit être compris comme « s’en moquer ». La peine infligée aux pendus n’est pas sujette aux moqueries, il y a une forme de respect pour la peine. Mais ils demandent à la foule de prier Dieu de bien vouloir laver leurs péchés à tous, quels qu’ils soient. Cette demande reviendra comme un refrain à la fin de chaque strophe.

Si frères nous vous clamons, vous ne devez...
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