Histoire des arts

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  • Publié le : 13 mai 2011
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NUIT ET BROUILLARD : un documentaire de référence Ces dernières années, Nuit et Brouillard semble être devenu le film-alibi par excellence, projeté sur les chaînes de télévision sur injonction ministérielle, chaque fois que l'opinion publique est troublée par un évènement lié au génocide des Juifs lors de la seconde guerre mondiale (par exemple, quand le cimetière juif de Carpentras est profanéen 1990, ou lorsque la chambre d'accusation de Paris rend son "célèbre" arrêt dans l'affaire Touvier en avril 1992). Ce "réflexe conditionné" a pu exaspérer certains enseignants, qui estiment faire correctement leur travail et en particulier sur ce thème ( depuis plusieurs années, les générations qui sortent du système scolaire sont sans doute mieux informées que les précédentes sur ce sujet...).Il amène aussi à s'interroger sur ce qui fait encore de Nuit et Brouillard un film de référence sur les camps de concentration,alors que la filmographie sur l'univers concentrationnaire s'est considérablement étoffée depuis 1955 ( pour ne citer que les plus connus, Shoah de Claude Lanzmann, sorti en 1985 dans le genre documentaire, La liste de Schindler de Steven Spielberg en 1993 ). La réalisationde Nuit et Brouillard Quand Alain Resnais s'empare de ce projet en 1955, il n'a encore réalisé que des documentaires sur la peinture ( Van Gogh en 1948, conçu avec R.Hessens, Gauguin et Guernica en 1950 ) ainsi qu'un court-métrage sur l'Art africain ( Les statues meurent aussi, tourné avec Chris Marker en 1950-1953 ). C'est sans doute à cause de ses qualités reconnues dans ce genrecinématographique qu'il se voit confier par le Comité d'Histoire pour la seconde guerre mondiale, le projet de réaliser un moyen-métrage sur le monde concentrationnaire, à l'occasion du dixième anniversaire de la libération des camps. Il est assisté par l'écrivain Jean Cayrol, qui va rédiger le commentaire et qui a personnellement éprouvé la dureté des camps ( il a été déporté au camp d'Oranienbourg, où sonfrère est mort de ses souffrances...). Pour réaliser son montage, Resnais puise à des sources diverses : il se rend sur place en Pologne à Auschwitz pour y filmer les baraques et bâtiments encore debouts ( ce sont les fameuses séquences en couleur qui ouvrent le film ) : il utilise les archives photos et filmées de divers pays, ainsi que les séquences tournées par des cinéastes des armées alliées, lorsde l'ouverture des camps ( en particulier celles réalisées par Sidney Bernstein à Bergen-Belsen : elles devaient être montées par Alfred Hitchcock pour être diffusées à un large public mais le projet n'aboutira pas. Ces images seront néanmoins montrées sur une chaîne anglaise, puis à la télévision française en 1985, sous le titre La mémoire meurtrie...il s'agit notamment des terribles scènes oùdes bulldozers poussent des monceaux de cadavres dans de gigantesques charniers : Ce sont les troupes alliées qui procèdent à ces opérations, afin d'éviter tout risque d'épidémie...). Le réalisateur "emprunte" quelques séquences au film La dernière étape de la cinéaste polonaise Wanda Jakubowska, elle-même ancienne déportée à Birkenau et qui tourne en 1947 sur les lieux-mêmes de son emprisonnement( il s'agit notamment des scènes où le train rempli de déportés entre dans le camp en pleine nuit, attendu par les gardes SS et de quelques vues des crématoires crachant leur épaisse fumée...).

Un film qui dérange Mais le film d'Alain Resnais doit surmonter bien des obstacles, avant et après sa sortie. Déjà, la censure l'oblige à occulter le képi d'un gendarme montant la garde au camp dePithiviers, afin d'éviter que ne soit évoqué le rôle de la police française au service de l'occupant. Ensuite, la sélection du film pour représenter la France au Festival de Cannes de 1956 amène l'ambassade de l'Allemagne fédérale à protester auprès du quai d'Orsay et à obtenir son retrait. Malgré cela, le film est présenté hors-festival et produit une forte impression : il obtient un succès...
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