Je est-il vraiment un autre?

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  • Publié le : 29 mars 2011
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HENON Emeric ECS1 Lycée Claude Bernard

Dissertation de philosophie
« Je » est-il vraiment un autre?

Si quelqu'un me demande qui je suis, je sais en général quoi répondre, sauf si je suis atteint d'un trouble spécifique comme une amnésie totale par exemple. Je me pose comme sujet qui possède une identitéet des attributs que je peux décliner aisément. D'ailleurs, j'utilise le pronom personnel de la première personne du singulier pour exprimer les actions et pensées qui émanent de ce que je me représente comme mon intériorité. Par conséquent, dire « je est un autre » paraît antithétique car il juxtapose deux termes qui s'opposent fondamentalement à première vue : en effet « l'autre » se définitjustement comme celui qui m'est différent, qui n'est donc pas « moi ». Mais il faut relever le fait que le terme « autre » est ambivalent dans son sens, il peut désigner une chose différente mais également quelque chose de semblable comme « une autre orange ». Partant du principe que l'existence du « je » est démontrée, en quoi peut-il échapper au contrôle de notre conscience et quelles sont lesdifférentes conception de la composition du « moi » ? Il convient de poser tout d'abord les bases du « je » conscient vu par les classiques puis d'envisager les manifestations d'autres agents internes au « je » et enfin les situations où le « je » paraît totalement désolidarisé de la morale consciente.

*

N'importe quel esprit correctement conçu possède la faculté de s'interroger et de remettreen question les concepts classiques de notre société. En ce sens, René Descartes adopte dès la Renaissance la technique du « doute méthodique » pour concevoir le monde de façon tout à fait certaine, en démontrant chacune des vérités « évidentes » pour la société mais qui reste indémontrables. Son hypothèse fondatrice étant que rien n'existe, il commence par se convaincre que s'il était capable des'interroger sur la propre existence de sa pensée, il pouvait être certain qu'elle-même existait d'où l'affirmation des Méditations Métaphysiques : « Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour lepremier principe de la philosophie que je cherchais. ». Ce simple raisonnement admet de façon incontestable l'existence d'une conscience qui nous permet de penser.
De plus, Emmanuel Kant ajoute dans Anthropologie du point de vue pragmatique que « La pensée que « je ne suis pas » ne peut absolument pas exister ; car si je ne suis pas, je ne peux pas non plus être conscient que je ne suis pas. Jepeux bien dire : je ne suis pas en bonne santé, etc., en pensant des prédicats de moi-même qui ont valeur négative mais, parlant à la première personne, nier le sujet lui-même (celui-ci en quelque sorte s'anéantit) est une contradiction. »
Et il scelle définitivement dans les idées classiques que le sujet possède un « je » conscient de lui-même et permettant à l'homme de se distinguer des autresêtres vivants par sa faculté à pratiquer l'introspection d'où l'expression Kantienne « Posséder le « je » dans sa représentation de soi élève l'Homme infiniment au-dessus des autres êtres vivants ».
Il faut également ajouter à cette existence naturelle du « je » le caractère permanent de cette représentation. En effet, Guillaume Apollinaire évoque l'écoulement inéluctable de l'eau, et du temps, àtravers l'image du Pont Mirabeau. Ainsi, toute chose de la nature change, se transforme, s'écoule, sauf notre pensée unique matérialisée par le « je » qui est là pour observer les choses qui deviennent « autres »; le « je demeure ».

Maintenant que le « je » est supposé vrai, il s'affirme comme étant la première et la seule vérité infalsifiable de notre monde. Elle constitue naturellement...
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