La coexistence confessionnelle aux provinces unies à l'époque moderne

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  • Publié le : 26 janvier 2010
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La coexistence confessionnelle :
complicités, méfiances et ruptures aux Provinces-Unies
Willem Frijhoff,
in Histoire vécue du peuple chrétien**, Delumeau.
Dans les Provinces Unies, la pluralité confessionnelle provoqua un haut niveau de pratique, car chaque groupe tenait à s’affirmer face aux autres. Mais, en dépit des controverses, se développa par la force des choses une «œcuménicité quotidienne des rapports individuels ».
En guise d’introduction : une nation protestante ?
L’article commence avec deux témoignages, le premier du théologien luthérien allemand Henri-Ludolphe Benthem (1661-1723) qui, dans le récit de son voyage en Hollande, est choqué par l’absence généralisée d’ordre et de discipline autoritaire, voire le caractère licencieux de la culture hollandaise : «saleté des églises », « très grande liberté religieuse », « éducation trop libérale des enfants » (parfois sans aucune punition corporelle !), « manque général de bonnes manières », …
Le deuxième témoignage est celui du colonel Stouppa, commandant pour le roi très chrétien à Utrecht en 1673, bien que suisse et de confession réformée… Il lui est reproché de mener une guerre fratricide contre lanation protestante qu’est la Hollande, ce à quoi il répond que la Hollande n’est pas une nation protestante, parce qu’en dépit de leur confession, les Hollandais ne se comportent pas en vrais réformés. Il enchaîne sur « l’incroyable liberté religieuse qui règne dans ce pays », et sur le nombre important de « sectes, de confessions et de religions » : « réformés, catholiques romains, luthériens,brounistes, indépendants, arminiens, anabaptistes, sociniens, ariens, enthousiastes, quacquiers (quakers) ou trembleurs, borrélistes, arméniens, moscovites, libertins, et autres « chercheurs », sans compter les juifs, les Turcs et les Persans,… »
Dans une Europe où, presque partout, la religion du prince a force de loi, la République des Provinces-Unies déroute par sa diversité et sa liberté dereligion. Toutefois, les premiers bénéficiaires de la politique d’accueil des Etats-Généraux ne sont autres que des réfugiés persécutés, qui n’attendent souvent que l’occasion propice pour participer à leur tour à l’oppression religieuse.
On peut quasiment parler d’une des premières expériences de séparation entre l’Eglise et l’Etat : même si les fonctions supérieures de l’Etat demeuraientréservées aux membres de l’Eglise dominante, pas d’ « osmose théocratique » (d’ailleurs les Etats-Généraux n’admirent aucun pasteur dans le char de l’Etat, contrairement à d’autres pays qui eurent leurs cardinaux-ministres ou leurs évêques-chanceliers).
Si l’on peut parler de « puissance protestante », on ne peut par contre parler de « nation protestante » => amalgame de sept territoires jalousementautonomes qui n’utilisaient même pas tous le même calendrier !
Dans la réalité, il n’y avait pas de religion d’Etat. Bien sûr, l’exercice de la religion réformée était le seul autorisé, de même qu’il était recommandé pour quiconque voulait accéder à une parcelle de pouvoir. Mais la liberté de conscience y était aussi formellement garantie, depuis les premiers débuts de la rébellion contrePhilippe II. Cela n’empêcha pas quelques bavures de fonctionnaires trop zélés, ou des représailles irréfléchies à la suite de telle ou telle persécution odieuse à l’étranger, mais cette liberté n’était cependant pas un vain mot.
Il n’y a qu’à regarder du côté de la mixité religieuse dans les familles : même si son taux reste difficile à chiffrer, de nombreux exemples suggèrent qu’il pouvait êtrerelativement élevé à certains endroits et à certaines époques.
Un premier fait massif est donc la juxtaposition – mieux, la coexistence – dans un même pays, une même ville, ou une même famille, de chrétiens de différentes confessions. Cas particulier : si les juifs sont tolérés dans certaines villes, comme Amsterdam, ils n’ont pas de statut légal avant la fin du XVIII°.
Contrairement à la...
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