La destruction du corps du sujet marginal

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|Université de Nice Sophia-Antipolis |2008/2009 |
|UFR Lettres, Arts et Sciences Humaines | |
|Département de Psychologie ||

Le corps qui parle…

La destruction du corps du sujet marginal – l’éloge d’une mort annoncée…

Mémoire de Recherche de Master 1 de Psychologie Clinique

Je pense à cette nuit glaciale du mois de décembre. Je pense aux murs d’eau tombant du ciel. Je pense à cet homme qui restait allongé sur le trottoir, protégé par un parapluie à moitié cassé. Je pense à ce visagefatigué, à ces habits sales, trempés d’eau glacée, qui n’arrivaient plus à cacher ce corps abandonné par la vie. Pauvre enfant de la ville, oublié, délaissé, telle une ombre qui se diluait dans l’obscurité de la nuit. Maudite ville, maudits immeubles endormis qui s’élevaient autour de cette carcasse humaine sans qu’ils laissent passer un brin de chaleur humaine.

Table des matières
I.Introduction 4

I. Du lien social… 6

1. Etat de la question dans la psychologie clinique et dans les champs connexes. 6

2. La perte d’identité sociale 8

3. L’extrême marginalité ou l’histoire d’un sujet « perdu parmi les siens » 9

4. Le corps qui raconte l’histoire du désir de l’Autre 10

5. Vivre dans les plis du désir de l’Autre 13

6. Le miroir brisé sur le macadam 14

7. Levacarme olfactif 16

8. La rencontre de la jouissance mortifère de la Chose 20

II. Méthodologie 25

III. Un cas de marginalité extrême : Magid ou l’histoire « d’un arbre tordu » 28

1. Remarques préliminaires 28

2. Présentation du cas 29

3. Eléments d’anamnèse 30

4. Réflexions psychopathologiques par rapport au matériel clinique recueilli 31

5. Les principaux modes de défense 336. L’exclusion du sujet de l’ordre symbolique 35

7. Analyse des mouvements transférentiels au sein de la rencontre clinique 38

8. La place des manifestations olfactives dans l’économie libidinale du sujet 41

V. Conclusion 46

Bibliographie 48

Annexe 52

I. Introduction

Par un sombre jeudi après-midi du mois de mars, l’équipe pluridisciplinaire du SAMU Social s’était réunie,dans le petit bureau de l’organisation. Les travailleurs sociaux, assis autour d’une table ronde, restaient silencieux, intimidés par le travail qu’ils étaient chargés de faire : dans le cadre de la préparation du bilan annuel d’activité, ils devaient repartir les personnes assistées dans des cases de classification afin que l’information puisse être traitée statistiquement. Les personnes assistéesdevaient être classées dans trois catégories principales, intitulées : « troubles psychopathologiques », « personne en galère » et «clochard ». Le problème s’est posé lorsqu’il a fallu « trancher » si « l’usager » est « une personne en galère » ou « un clochard ».

Qu’est-ce qu’elle voulait dire, cette classification ? Un clochard, n’est-il pas une personne en galère ? Il m’était précisé que lacatégorie des « personnes en galère » englobe « ceux pour lesquels il est possible de mettre en place une démarche de réinsertion tandis que pour le clochard, rien n’est envisageable, il serait « irrésocialisable » puisqu’il est « incasable[1]».

Les travailleurs sociaux troublés par leur tâche, hésitaient avant de mettre l’étiquette « clochard », car c’était comme s’ils prononçaient, à chaquefois, une sentence de mort (mort au niveau de l’ordre symbolique). Ainsi le signifiant « clochard » devenait, dans le discours social, le signe d’une lente et inévitable descente du sujet marginal dans « l’enfer de l’exclusion », l’épitaphe sur un tombeau encore ouvert, le dernier abri pour ces « âmes damnées (…) condamnées à errer éternellement en souffrant des pires supplices qui soient [2]»....
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