La mort du roi tsongor

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  • Publié le : 3 juin 2012
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LA MORT DU ROI TSONGOR

Le vieux roi Tsongor va marier sa fille, son unique fille dans une nichée de garçons turbulents. On pare le palais de Massaba, capitale opulente d’un empire qui s’étend jusqu’aux limites du monde civilisé. On réceptionne, trie, dispose du plus harmonieusement que l’on peut les cadeaux apportés par les sujets grands et petits, par les villes et les villages, par le plushumble des paysans. Un amoncellement de présents dans la cour d’honneur, aussi nombreux que le crâne des morts sur la foule desquels le vieux roi a bâti son pouvoir. On attend le prétendant. On est joyeux, on est fébrile. Et Tsangor, si heureux : le don qu’il fait de sa fille tissera entre deux royaumes une union pacifique, tout à l’opposé des flots de sang qui le portèrent jusqu’au trône.

Maisvoilà qu’au matin du jour dit, ils sont deux à se présenter au pied des remparts de Massaba, deux hommes qui ont l’un et l’autre de bonnes raisons de croire que Samilia sera leur. Kouame, prince du royaume du sel, et Sango Karim qui commande le peuple des nomades. Deux hommes égaux en orgueil. Donc aucun ne cédera devant son rival. Par amour pour la belle Samilia certes, mais tout autant sinonplus parce que chacun a décidé qu’il ne plierait pas. C’est ainsi, c’est une question d’honneur, une question de face que l’on ne saurait perdre.

A l’appui de ses prétentions, Kouame fait valoir que la jeune fille lui a été promise, que ce mariage scellera l’alliance de leurs peuples. Son rival, orphelin recueilli autrefois par le roi Tsongor, élevé parmi ses enfants, compagnon de jeu de la petiteSamilia, puis disparu deux décennies durant, revient réclamer pour femme la fillette avec laquelle des serments enfantins avaient été échangés.

Désirs opposés, appétits dressés front contre front, menaces et cajoleries. Que faire ? Au père et à la fille d’élire qui sera retenu et qui sera rejeté. Mais, paralysés par l’enchevêtrement des engagements contradictoires, ni l’un ni l’autre n’estcapable de choisir : dilemme classique né de la parole deux fois donnée. Compte tenu de la personnalité des prétendants, seul le sang répandu permettra de trancher. Donc guerre il y aura.

Guerre pour éliminer le rival et, ce faisant, tout à la fois, s’approprier Samilia et laver l’honneur de l’un bafoué par l’outrecuidance de l’autre. Mais très vite guerre pour venger, dans chaque camp, lespremiers morts tombés au pied des murailles de Massaba. Et, enfin – hélas ! Voudrait-on dire – guerre pour la guerre, par engrenage de l’horreur, aussi longtemps qu’il restera un combattant capable de lever son arme contre un autre combattant. La guerre devenue alors une monstrueuse machine déréglée que seul arrêtera la mort du dernier soldat.

Le bain de sang s’étend sur des mois et des années, surplusieurs décennies. "Des milliers de pas dessinèrent dans la poussière de la plaine des chemins de souffrance. On avançait. On reculait. On mourait. Les cadavres séchaient au soleil. Devenaient squelettes. Puis les os blanchis par le temps s’effritaient et d’autres guerriers venaient mourir dans ces tas de poussière d’hommes." Au final, Massaba est détruite et trois royaumes sont épuisés, saignésà blanc.

Dans le même temps, les personnages autour desquels s’articule l’histoire tombent les uns après les autres. Les deux prétendants, évidemment, qui communient dans la haine qu’ils se portent réciproquement et se retrouvent dans la mort. Le vieux roi qui se suicide après avoir bu jusqu’à la lie la coupe amère de cette violence sur laquelle il fonda son pouvoir et que, nolens volens, ilinocula à ses enfants à l’instant même où il les concevait. Ses fils de ce fait, qui s’entre-égorgent pour s’emparer du pouvoir tombé de ses mains horrifiées. Seul survivra le plus jeune, envoyé par son père parcourir le royaume sous un prétexte fallacieux, et ainsi mis à l’écart des abominations à venir que Tsongor entrevoyait sans vouloir y croire. Ainsi que Samilia, lasse et épouvantée d’avoir...
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