La nation selon fichte

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  • Publié le : 22 mars 2010
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LA NATION SELON FICHTE

Revenons brièvement sur l’auteur, Johann Gottlieb Fichte (1762-1814). D’origine d’une famille modeste de Rammenau, il découvre rapidement et par hasard la philosophie d’Emmanuel Kant, à qui il doit son premier succès sur un malentendu ; Essai d'une critique de toute révélation (1792) est publié anonymement et le public l'attribue à Kant. Enthousiaste de la Révolutionfrançaise, il la défend dans deux écrits intitulés Revendication de la liberté de penser à l'encontre des princes de l'Europe qui font jusqu'ici comprimée et Contribution au redressement des jugements du public sur la Révolution française. Il partage avec les intellectuels allemands de son époque une dérive allant du cosmopolitisme de l’Aufklärung et de la philosophie populaire vers la ferveurpatriotique inspirée de la nostalgie du Saint Empire germanique. Il est nommé en 1794 professeur de philosophie à Iéna puis, accusé d'athéisme par des contradicteurs, il donne sa démission en 1799, et se rend à Berlin. Après la bataille d'Iéna, il se retire à Königsberg, puis à Copenhague. Mais dès 1807 il revient à Berlin, et c'est là qu’il prononce ses fameux Discours à la nation allemande. Lors de lacréation de l'université de Berlin, il y reçoit une chaire de philosophie. Il meurt le 7 janvier 1814.
Les Discours à la nation allemande (Reden an die deutsche Nation) datent de l’hiver 1807 1808. A cette époque, la Prusse a été battue par Napoléon à Iéna, l’Allemagne est occupée par les troupes françaises, c’est alors qu’à Fichte la question se pose : Comment préserver l’originalité de lanation allemande ? Il s’agit selon Alain Renaut dans sa préface des Discours de réveiller chez un public découragé par la défaite un nouvel esprit commun. Mais si l’on retient plus particulièrement les ambigüités des Discours, l’on en oublie souvent leur audace et leur importance dans la philosophie politique ; ils sont majoritairement perçus comme contributeurs au nationalisme pangermanisme,impérialiste et belliciste, et, pour reprendre les mots de Charles Andler (1917), Fichte « a, le premier, donné un catéchisme clair et complet de la religion de la prédestination allemande ».
A la lecture de ses extraits de discours l’on retient en effet une question principale, en quoi la définition fichtéenne de la nation navigue-t-elle entre une conception ethnique et particulariste et un horizonobjectif et universaliste ? Peut-on alors parler du caractère relatif de l’opposition entre particularisme culturel et universalisme civique ? Nous y répondrons, à partir du texte, en deux temps : d’abord, en décelant chez Fichte une conception ethnique et particulariste de la nation, puis en nous interrogeant sur sa portée civique, morale et donc universaliste.

I. C’est par réaction àl’universalisme de la Révolution Française et à la domination napoléonienne que se construit avec Fichte une conception ethnique et particulariste de la nation.

A. Dans un contexte de domination française, Fichte propose ainsi une définition ethnoculturelle et particulariste de la nation (par la valorisation de la langue et de la culture) et ce, en dépit de l’époque « d’égoïsme individualiste »« La question nationale s’impose [à Fichte] de manière circonstancielle » (Marc Maesschalk), car les Discours interviennent un an après la bataille d’Iéna et la disparition du Saint-Empire romain germanique. La nation allemande est alors morcelée et asservie à l’Empire français et dépourvue de toute unité politique réelle. Fichte tient à Berlin en 1807 et 1808 des conférences, dans lesquellesil défend avec le développement d’une conscience nationale allemande, ces 14 sermons visent à réveiller la conscience nationale du peuple allemand, et de permettre la création d’un Etat allemand. La conquête française conduit Fichte à s’opposer à la conception française de la nation, qui justifierait l’assimilation de peuples germains à la France. Fichte tente de trouver un fondement commun...
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