Lala

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  • Publié le : 2 mai 2010
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Nous assistons ici au Grand Prix de Paris du 8 juin 1879. Le romancier naturaliste qui s'était essayé à ce genre de chronique journalistique en 1876, veille à utiliser le vocabulaire des courses : le jockey de petite taille (" vieil enfant desséché ", pourvu d' "étriers" et d'une "cravache", " jet[te] Nana au poteau, battant Spirit d'une longueur de tête ". Le cadre est bien celui d'un champ decourses : on retrouve " la piste, l'enceinte du pesage " et " les tribunes "

Les noms propres (le " Bois ", " le mont Valérien ", " Longchamp " et " Boulogne ") tracent un périmètre plus vaste à la scène. Puis des lieux indéterminés élargissent encore l'angle de vision : " allées lointaines ", " sous les arbres ".

C'est le regard qui est d'abord sollicité : " On vit alors une chose superbe". Le verbe, neutre, prend un sens grandiose avec l'adjectif "superbe". La brièveté de la phrase et l'indétermination de " chose " laissent attendre les détails de cette vision. L'indéfini " on " renvoie à tous les participants : spectateurs, narrateur et juge, " l'œil à la mire ". Le couple du jockey et de son cheval aux " yeux sanglants " est sous le regard attentif de la foule qui elle-mêmedeviendra spectacle de délire dans la seconde partie du texte.

A la profusion des éléments visuels s'ajoutent deux types de notations auditives : une clameur vague, puis des exclamations. La première phrase du texte est parallèle à celle qui ouvre le second paragraphe: " Ce fut comme la clameur montant d'une marée ". Nous y trouvons la même indétermination (" ce ", " comme une clameur "), lepassé simple d'action ponctuelle, et l'attente de détails. Il y a même anticipation du cri sur la victoire : " une immense acclamation retentit " ; la raison de cet enthousiasme (la victoire de Price et Nana) n'est donnée qu'après. Trois termes dénotent ce déferlement auditif : " acclamation ", " clameur " (que l'étymologie rapproche du terme précédent) et enfin " cri " qui est l'expression la plusélémentaire d'une émotion.

Le texte est ponctué par le nom de Nana et l'élan de chauvinisme qui en découle. Nana, la France et l'Angleterre sont associées au centre du second paragraphe. Mais l'acclamation par la foule du nom de Nana encadre ce paragraphe, selon une structure en chiasme : " Ce fut comme la clameur... Nana ! Nana ! Nana ! " " Nana, Nana, Nana... Le cri montait ".

Entre cesdeux mentions, s'élabore une série de mouvements effrénés. Le texte suit une chronologie très rapide. À un passé simple (" vit ") succèdent des imparfaits qui donnent l'impression d'un mouvement continu. Le procédé se reproduit dans le second paragraphe, où les imparfaits permettent de transcrire des actions simultanées.

La course est narrée en un rapide fragment de phrase ternaire : " Tout letrain passa avec un roulement de foudre, coupant les respirations, balayant l'air ". La seconde partie du passage décrit les réactions fébriles de la foule au moyen d'une accumulation verbale. Zola procède d'abord par redoublement de verbes de mouvement: "roulait, grandissait"; "sautaient, tournaient " ; " s'enflait, recommençait ". Il joue sur la valeur d'action en cours de réalisation desparticipes présents : " coupant les respirations, balayant l'air " ; " emplissant " ; " vociférant ". En outre, les sonorités proches des verbes se font écho : " s'épandre et s'élargir " ; " répondait [...] remuait " ; la terminaison en " ait " des imparfaits donne à l'ensemble une unité sonore et rythmique que la longueur relative des phrases ne brise pas. Interviennent enfin des balancements : " Lesfemmes [...] des hommes [...] d'autres " ; " Sur la pelouse [...] de l'autre côté de la piste ".



L'intensité de la scène tient surtout à un grandissement qu'apporte une série d'images significatives. La première image, celle de la mer, marque le mouvement. D'emblée, la pouliche est "trempée d'écume ". C'est le signe d'un réseau qui va de la vague au cataclysme : " Le cri roulait,...
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