Le ballon

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1444 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 11 mai 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
C’est poétique, c’estLe Dictateur (The Great Dictator),
Charles CHAPLIN, 1940

"Des cris, des corps et des micros"
(Guillaume Dupont)

(c) Roy Export Company Establishment
Hynkel (Ch. Chaplin)


Comme Hitler, comme Saddam Hussein, comme Fidel Castro, le "Dictateur" de Chaplin est un tribun.
Pour Hynkel, faire un discours, c'est d'abord attraper une bonne suée... quitte à se balancerensuite un verre d'eau froide dans le pantalon. Lorsqu'il se jette dans un discours, même les micros s'écrasent : pour Hynkel, debout face à la masse, le média n'est plus alors qu'un moyen de transmission entre lui et la foule passive, captivée.
Comme l'on dit dans les cours d'art dramatique, Hynkel travaille la projection. Et pour projeter, ça projette : lorsque le dictateur rencontre Napaloniface à un buffet bien garni, c'est un journaliste venu prendre des nouvelles du front diplomatique qui reçoit un pot de crême en pleine figure.

Hynkel peut être vu comme un chef d'orchestre ("conductor"). Cette image est appelée par Chaplin : un seul geste du bras suffit à son Hynkel pour arrêter net le cri de la foule. Cependant, ses interventions publiques ne se bornent pas à une directiongestuelle. Il y a chez Hynkel un plan, une division qui fait de sa parole autre chose qu'un simple cri : tout y est structuré par l'opposition haineuse entre "da Aryan" / et "da Juden" ("Aaaaah, da Juden !"). Squelette de discours qui est certes une régression rhétorique, mais qui peut contribuer à mobiliser une foule.
De plus, si nulle phrase n'émerge véritablement de ces borborygmes, on y perçoitcependant des nuances. On entend ainsi à plusieurs reprises, et notamment dans une scène où Hynkel dicte une lettre à une secrétaire dactylographiste, quelque chose comme : "de Flüüük, Zakte 'Ü" -le doigt pointé sur le "Ü", comme s'il y avait là une idée qui lui tenait à coeur. Ce raffinement dans le n'importe quoi est sans doute l'effet comique le plus renversant de tout le film.

(c) Roy ExportCompany Establishment
Napaloni (Jack Oakie)


Le Dictateur montre donc le rapport du chef avec la masse sur le mode de la présence physique. Mais il prend également en compte les effets de flitrage découlant des techniques de communication. Lorsqu'il conçoit son film en 1938-1939, Chaplin a conscience que la force de la dictature hitlérienne repose en grande partie sur une mise en scène,mais aussi sur un lissage du discours, sur une mise en images et sur une mise en sons de la figure du Fürher. Aussi va-t-il intégrer à son scénario des scènes montrant Hynkel aux prises avec les exigences de la communication politique. Le rôle de Garbitsch, le conseiller taciturne, est d'initier le dictateur colérique aux subtilités de la chose.

La mise en images est le sujet de plusieurs scènes.Rappelons celle de la photo prise avec le bébé et celle de la photo de presse lors de l'accueil de Napaloni à la gare. Ce qui fait rire dans la scène du bébé, c'est l'incapacité de Hynkel à jouer entièrement le jeu, son effort se limitant à un sourire crispé. Immédiatement après, retour du bébé à l'envoyeur, on efface les traces d'un coup de mouchoir, rideau. Dans la deuxième scène, la présencedes photographes fait reculer les deux aspirants-conquérants qui veulent tous deux se retrouver au premier plan. Leur visage impassible ne dit rien, c'est leur déplacement chorégraphié qui est signifiant.

Lissage des images, mais aussi des mots : de même que la secrétaire de Hynkel sait résumer 12 mots en un, la voix off qui commente ses discours publics pour la radiodiffusion mondiale sedistingue par la concision de ses interventions ("His excellency has just refered to the Jewish People"). Effet comique ensuite surligné par une seconde voix off qui vient nous rappeler, en était-il besoin, que ce commentaire relève de la propagande.
Mais on le sait, Hynkel ne se laisse pas entièrement dicter ses paroles : il arrive qu'il déchire un discours préparé pour lui. C'est un discours non...
tracking img