Le bien ou le mal ?

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  • Publié le : 7 décembre 2010
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1.
« Elle » était encore assise sur son banc. Je pouvais facilement dire que c’était le sien : personne d’autre ne s’y asseyait jamais, et lorsque quelqu’un s’approchait, « elle » lui jetait un regard noir. Sa signification était claire : Ne pas s’approcher. C’était peut-être qu’« elle » n’aimait pas les gens, peut-être qu’« elle » avait besoin de solitude. Mais se retrouver seule sur un bancface à la mer, dans une station balnéaire, ce n’est pas chose simple. Alors, quand un inconnu avait l’audace de s’assoir à ses côtés (ce qui était vraiment très rare) elle montait ses jambes contre sa poitrine, et levait la tête vers la mer. Ca faisait souvent son petit effet, et il n’était pas rare qu’elle y finisse seule, sur son banc.
Et moi, je l’observais de loin. Cela faisait trois jours quenous étions, mes parents et moi, arrivés en Normandie. Deux jours de grisaille, un de beau temps. Ca me changeait de Strasbourg, ou le soleil régnait depuis mi-juillet. Nous étions en août, et ma mère avait décidé que nous partirions ici, au pays de la pomme, et des madeleines. Pas que j’étais contre, ça avait peut-être un certain charme le Calvados, mais je vous mentirai en vous disant que je lepréférait à la côte d’Azur. Mes rêves de plage de sable fin, de trente-cinq degrés à l’ombre, et de garçons beaux et bronzés, s’étaient retrouvés anéantis avant même d’avoir eut la possibilité de commencer. J’avais quatorze ans, et à mon âge, on n’a pas trop de chose à penser que les mecs et les cours. Dans mon cas, la première partie était bien agitée, la seconde m’intéressait moins (au grand damde mes parents).
Cette fille m’avait intrigué lorsque deux jours auparavant, à notre arrivée, j’avais tenté de m’assoir à ses côtés. Elle avait tourné la tête vers moi, jeté son regard noir, et ignoré royalement. J’en avais été vexé, bien comme il faut. Incroyable … Je n’arrivais pas à lui donner d’âge, je savais juste qu’elle était plus vieille que moi, surement majeure, mais ses petits yeuxbleus semblaient si tristes, qu’elle pouvait tout autant l’être, de mon âge. Le deuxième jour, j’avais regardé discrètement si elle était encore sur son banc, et oui, habillée différemment, mais toujours à la même place, dans la même position que la veille. Ca m’avait fait bizarre. N’avait-elle donc rien à faire d’autre ? De plus, nous arrivions à la plage vers quatorze heure, quatorze heure trente,et partions aux alentours de dix-huit heures. Tout l’après-midi, je l’avais observé, et elle n’avait pas bougé, pas une seule fois elle ne s’était levée de son banc. Quand en repartant le soir, nous sommes passés devant elle, je lui ai lancé un regard à la dérobée. Elle était jolie. Son regard bleu, avait des reflets gris, ses cheveux courts voletaient au vent. Je ne l’avais encore jamais vusourire. Il fallait que je sache, qui elle était, son nom, son âge. J’avais toujours été comme ça, à vouloir comprendre, à être un peu commère aussi. Au moins, j’aurai quelque chose à raconter à mes parents au diner.
C’est pourquoi, aujourd’hui j’étais à bloc. Je m’étais psychologiquement préparée à son regard mauvais. Pourtant, lorsque je dis à mes parents que je les rejoindrais plus tard, quej’avais quelqu’un à aller voir, et que mes pas me rapprochaient de plus en plus d’elle, je me mis à douter. Et à hésiter. Si elle ne parlait à personne, il n’y avait aucune raison qu’elle me fasse exception. Et parler dans le vent, ce n’était pas non plus mon truc. C’est un peu comme laisser un message sur répondeur. Rien ne vous dit que l’autre vous écoutera, et rien ne garantit que vous n’avez pasl’air ridicule. Bref. C’était une belle journée (il était temps !), j’étais en short, et en débardeur, et avait attaché mes cheveux. Je m’approchai. Elle était bien là. Ses yeux me lancèrent des éclairs quand je vins m’assoir à ses côtés. Ni l’une, ni l’autre ne parlait, et la scène avait un aspect « irréel ». Je ne voyais plus les gens autours de nous, et plus rien ne comptait que cette fille que...
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