Le pouvoir

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  • Publié le : 20 décembre 2010
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Le pouvoir intellectuel en France
By Aude Lancelin et Elsa Vigoureux
Dans un monde en crise, la pensée française vit, elle aussi, des turbulences. Les grands camps idéologiques des années Sartre [1] et Aron [2] ont volé en éclats. Reste une myriade de courants aux contours souvent imprécis. Revues, cercles de réflexion, jamais comme aujourd'hui le milieu intellectuel n'avait autant essaimé.Comment s'y retrouver dans ce foisonnement? Reste-t-il des maîtres à penser, et quelle est leur influence en France et dans le monde?
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Le 3 décembre 2007, le «Time» annonçait «la mort de la culture française» [3] dans un dossier propulsé en couverture de son édition européenne. Une photo du mime Marceau, larme à l'oeil, illustrait la fin proclamée d'un règne. Empoignades dans la blogosphère,réponses courroucées dans la presse. Auteur de cet attentat mal vécu par la fierté nationale, le journaliste américain Donald Morrison [4] récidive avec un essai publié aux Editions Denoël (1), où il prend plaisir à souligner le peu de notoriété internationale dont jouiraient aujourd'hui nos penseurs. Entretenant une constante confusion entre box-office et impact intellectuel, la charge de Morrisons'avère franchement faible. A entendre un autre Américain, l'éditeur new-yorkais André Schiffrin [5], le thermomètre adopté par le journaliste serait de toute façon inadéquat. «Ce genre de bilan bête et méchant est juste fait pour épater le bourgeois américain et le rassurer, explique le célèbre responsable de The New Press, qui a publié là-bas les oeuvres de Foucault [6] et Bourdieu [7].L'isolationnisme des Etats-Unis est désormais tel que, par principe, les livres français y sont peu traduits.»
Récemment élu au Collège de France, Antoine Compagnon [8] commente plus sereinement les récentes reconfigurations de la pensée française: «Nous comptons peu d'intellectuels globaux car nous avons mal pris le tournant du postcolonialisme.» Mais rien ne dit à ses yeux que notre influence, «plusrare, plus insidieuse, ne soit pas en définitive plus profonde ni durable». Lévi-Strauss [9] excepté, le temps des monstres sacrés indiscutés a certes passé. Comme celui où les affrontements idéologiques étaient aisément lisibles. Ce temps où Raymond Aron et les sartriens s'affrontaient bloc contre bloc, et même ces années 1990 où le couple antinomique formé par François Furet et Pierre Bourdieupartageait les chercheurs en deux camps.
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Que sont donc devenus nos traditionnels clivages? Qui sont les nouveaux maîtres à penser? Dans un paysage intellectuel en pleine mutation, le vide dénoncé par certains est tout à fait apparent. Jamais autant de revues ou de cercles de réflexion n'ont en effet essaimé que ces dernières années, de l'incontournable République des Idées, née à l'initiativede Pierre Rosanvallon [10] en 2002, jusqu'à la néoconservatrice revue «le Meilleur des mondes», base arrière du sarkozysme intello mondain durant la dernière présidentielle. Sans parler de toute une myriade de publications «gauche de gauche», comme «Vacarme», «Multitudes» ou «Mouvements» - cette dernière étant parrainée par François Gèze, patron des très actives Editions La Découverte.
Lasituation présente, Marcel Gauchet [11], rédacteur en chef de la revue «le Débat» au côté de l'historien Pierre Nora [12], l'observe pourtant avec une réelle inquiétude. Les travaux de qualité existent, selon lui, même si le système médiatique les relègue dans les marges. Le problème n'est donc pas du côté de l'offre intellectuelle mais de la demande sociale: «La société de demain est une société sansidées, avec pour philosophie: circulez, y a rien à comprendre.» L'auteur de «la Démocratie contre elle-même» observe là un phénomène mondial: à ses yeux, l'intelligence globale est partout battue en brèche au profit d'une réponse technicisée aux problèmes. «Il y a vingt ans encore, pas un sous-préfet du pays n'ignorait l'existence de Foucault. Aujourd'hui, la culture ne compte plus dans la vie...
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