Les medias au burkina faso

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Les médias burkinabè en 2009
Nicolas LAMBrEt
Docteur en Sciences de l’Information et de la Communication Université Panthéon-Assas Paris II

Le paysage médiatique du Burkina Faso ne saurait être réduit à la seule dimension économique de cet État sahélien. À la fois quantitativement riches et pluralistes, ces médias protéiformes, qui profitent indéniablement du processus de démocratisationinitié en 1987, restent cependant largement déterminés par des pesanteurs structurelles fortes : déficit de formation des journalistes et des techniciens, autocensure, corruption, faiblesse des ressources publicitaires locales, et étroitesse du marché du fait de pesanteurs techniques et humaines importantes. Comme dans la plupart des agglomérations ouest-africaines, les NTIC connaissent à Ouagadougouet Bobo-Dioulasso un essor indéniable. Mais, en l’état, ces technologies ne peuvent suffire à garantir l’accès à une meilleure information à des populations burkinabè encore très peu familières du réseau Internet. Pour autant, de nombreux indicateurs semblent porteurs d’un certain optimisme quant à l’évolution prochaine des médias au « Pays des hommes intègres ». Si l’état de développement d’unpays peut parfois s’appréhender au travers de ses médias, force est de constater que le paysage médiatique burkinabè n’est en rien comparable à ce qu’on pourrait attendre d’un PMA si pauvre et si discret sur la scène médiatique mondiale. Doté d’une superficie de quelque 270 000 km2, le Burkina Faso est un pays enclavé au cœur de l’Afrique de l’Ouest, limitrophe de la Côte d’Ivoire, du Mali, duNiger, du Ghana, du Togo et du Bénin. Ses 16 millions d’habitants sont très inégalement répartis sur le territoire national (23 habitants/ km2 à l’Est et dans la région des Cascades, à l’Ouest, tandis que le Centre compte 460 habitants / km2), pour une densité de population moyenne de 59 habitants au km2. La capitale burkinabè, Ouagadougou, en pays mossi, devance très nettement les autres centresurbains nationaux avec 1,4 million d’habitants, une donnée qui

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N. Lambret - Les médias burkinabè en 2009

Géostratégiques n° 25 10/09

doit être comparée à la population de la deuxième ville du pays, Bobo-Dioulasso, qui ne compte, elle, que 500 000 habitants. En 2009, le Burkina Faso reste un pays d’agriculteurs à près de 80 %. Les modes de vie traditionnels y demeurent encoreultra-majoritaires, même si le métissage des mœurs, y compris en matière d’information, est important en raison des échanges saisonniers de populations entre les villes et les campagnes. À titre d’exemple, et c’est un paradoxe qui s’avère élémentaire pour comprendre les multiples réalités burkinabè, la croissance annuelle du téléphone portable au Burkina Faso y est exponentielle (+ 60 %) depuis ces quatredernières années, avec un taux d’équipement qui se situe actuellement à près de 20 % de la population globale. Or, dans la plupart des domaines, le Burkina Faso est quoi qu’il en soit encore marqué par la faiblesse globale de ses infrastructures de santé, d’éducation et de transports, et ce malgré de nets progrès enregistrés depuis la fin de la révolution marxiste en octobre 1987, et le retourprogressif à l’économie de marché. Aujourd’hui, au regard de critères d’évaluation occidentaux, le pays est situé au 176e rang mondial au classement du PNUD (2008) sur 177, précédant uniquement la Sierra Leone. D’une manière générale, et toutes proportions gardées au regard des dimensions quantitatives considérées, les médias burkinabè peuvent néanmoins être qualifiés de florissants. C’est lalibéralisation des télécoms et le contexte institutionnel favorable à leur expansion qui sont les facteurs explicatifs essentiels de cet essor médiatique. À cela il faut rajouter l’apparition d’un processus de démocratisation qui a donné un cadre légal et protégé à l’activité journalistique, favorisant ainsi l’émergence de contre-pouvoirs influents et écoutés des populations. Plus encore, la discussion...
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