Lorrezacio

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  • Publié le : 7 décembre 2010
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Lorenzaccio, IV,9 " Monologue à la lune "
L’extrait :
Une place; il est nuit.
LORENZO, entrant. Je lui dirai que c'est un motif de pudeur, et j'emporterai la lumière - cela se fait tous les jours - une nouvelle mariée, par exemple, exige cela de son mari pour entrer dans la chambre nuptiale, et Catherine passe pour très vertueuse. - Pauvre fille ! qui l'est sous le soleil, si elle ne l'est pas? Que ma mère mourût de tout cela, voilà ce qui pourrait arriver.
Ainsi donc, voilà qui est fait. Patience ! une heure est une heure, et l'horloge vient de sonner. Si vous y tenez cependant - mais non, pourquoi ? - Emporte le flambeau si tu veux; la première fois qu'une femme se donne, cela est tout simple. - Entrez donc, chauffez-vous donc un peu. - Oh ! mon Dieu, oui, pur caprice de jeunefille. - Et quel motif de croire à ce meurtre ? Cela pourrait les étonner, même Philippe.
Te voilà, toi, face livide ? (La lune paraît.) Si les républicains étaient des hommes, quelle révolution demain dans la ville ! Mais Pierre est un ambitieux; les Ruccellaï seuls valent quelque chose. - Ah ! les mots, les mots, les éternelles paroles ! S'il y a quelqu'un là- haut, il doit bien rire de nous tous;cela est très comique, vraiment. - Ô bavardage humain ! ô grand tueur de corps morts ! grand défonceur de portes ouvertes ! ô hommes sans bras !
Non ! non ! je n'emporterai pas la lumière. - J'irai droit au coeur; il se verra tuer... Sang du Christ ! on se mettra demain aux fenêtres.
Pourvu qu'il n'ait pas imaginé quelque cuirasse nouvelle, quelque cotte de mailles. Maudite invention ! Lutteravec Dieu et le diable, ce n'est rien; mais lutter avec des bouts de ferraille croisés les uns sur les autres par la main sale d'un armurier ! - Je passerai le second pour entrer; il posera son épée là - ou là - oui, sur le canapé. - Quant à l'affaire du baudrier à rouler autour de la garde , cela est aisé. S'il pouvait lui prendre fantaisie de se coucher, voilà où serait le vrai moyen. Couché,assis, ou debout ? assis plutôt. Je commencerai par sortir. Scoronconcolo est enfermé dans le cabinet. Alors nous venons, nous venons ! je ne voudrais pourtant pas qu'il tournât le dos. J'irai à lui tout droit. Allons, la paix, la paix ! l'heure va venir. - Il faut que j'aille dans quelque cabaret; je ne m'aperçois pas que je prends du froid, et je viderai un flacon. - Non; je ne veux pas boire. Oùdiable vais-je donc ? les cabarets sont fermés. Est-elle bonne fille ? - Oui, vraiment. - En chemise ? Oh, non, non, je ne le pense pas. - Pauvre Catherine ! - Que ma mère mourût de tout cela, ce serait triste. - Et quand je lui aurais dit mon projet, qu'aurais-je pu y faire ? au lieu de la consoler, cela lui aurait fait dire : Crime ! Crime ! jusqu'à son dernier soupir !
Je ne sais pourquoi jemarche, je tombe de lassitude.( Il s'assoit sur un banc.)
Pauvre Philippe ! une fille belle comme le jour. Une seule fois, je me suis assis près d'elle sous le marronnier; ces petites mains blanches, comme cela travaillait ! Que de journées j'ai passées, moi, assis sous les arbres ! Ah ! quelle tranquillité ! quel horizon à Cafaggiuolo ! Jeannette était jolie, la petite fille du concierge, enfaisant sécher sa lessive. Comme elle chassait les chèvres qui venaient marcher sur son linge étendu sur le gazon ! la chèvre blanche revenait toujours, avec ses grandes pattes menues. (Une horloge sonne.)
Ah ! ah ! il faut que j'aille là-bas. - Bonsoir, mignon; eh ! trinque donc avec Giomo. - Bon vin ! Cela serait plaisant qu'il lui vînt à l'idée de me dire: Ta chambre est-elle retirée ?entendra-t-on quelque chose du voisinage ?" Cela sera plaisant; ah ! on y a pourvu. Oui, cela serait drôle qu'il lui vînt cette idée.
Je me trompe d'heure; ce n'est que la demie. Quelle est donc cette lumière sous le portique de l'église ? on taille, on remue des pierres. Il paraît que ces hommes sont courageux avec les pierres. Comme ils coupent ! comme ils enfoncent ! Ils font un crucifix; avec quel...
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