Marivaux le jeu de l'amour et du hasard

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MARIVAUX (1688-1763) Le Jeu de l’amour et du hasard, 1730

Introduction
Dans la première scène du Jeu de l’amour et du hasard, Silvia, la fille de M. Orgon, s’inquiète du prétendant que son père a choisi pour elle alors que Lisette, sa femme de chambre, défend l’idée du mariage. M. Orgon a demandé à Lisette si sa fille était contente à l’idée de se marier ; la servante a réponduqu’elle l’était. Silvia lui en fait le reproche. Une querelle s’ensuit, concernant le mariage : aux certitudes conformistes de l'une s'op­pose l'inquiétude de l'autre, et c'est la surprise de la suivante devant les idées pour le moins inatten­dues de sa maîtresse qui déclenche l'explication des craintes que ressent Silvia. On voit ainsi se mettre en place, très clairement, à la fois les premièresdonnées de l'intrigue et le rôle de chacun des personnages mis ici en situation. Tandis que Lisette s'enthousiasme pour l'apparence sans reproche du prétendant prévu par M. Orgon, celle-ci fait valoir les décalages toujours possibles — et déjà perçues autour d'elle — entre cette apparence souvent trompeuse et une réalité bien différente.
La lecture analytique du texte pourra s'attacher à analyser cequi se révèle à la première lecture : l'importance du rôle de Lisette comme « révéla­teur » d'un conformisme dont Silvia se méfie, et les craintes de Silvia. On pourra alors s'interroger sur la fonction précise des trois portraits brossés par la jeune fille.
Axes de lecture : I Le rôle de Lisette
II Les craintes de Silvia
III Etude des trois portraits

I. LE RÔLE DE LISETTE
Les répliquesde Lisette sont, de manière géné­rale, plus brèves que celles de Silvia, mais elles se révèlent très efficaces. Elles semblent avoir en effet pour fonction de conduire Silvia à s'expliquer et à justifier un point de vue inattendu. Elles servent également à ponctuer et relancer le long discours de Silvia sur l'apparence et la réalité.
a) L'expression de la surprise et du conformisme
1) Il n'y a àcela aucun paradoxe. La surprise de Lisette vient de l'attitude et des propos inattendus de Silvia. Elle développe alors un point de vue « à court terme » et conformiste qui fait réagir Silvia. La surprise caractérise sa première réplique et se marque par une exclamation (« Quoi ! ») suivie d'une interrogation qui traduit un étonnement quelque peu scandalisé : c'est en effet une bien curieuse idéeque de récuser le prétendant choisi par un père.
2) Le conformisme se révèle dans un jeu de formulations qui soulignent l'acceptation des « on dit » (« on dit que votre futur... »), et la sensibilité à tout ce qui relève de l'apparence extérieure et de l'image parfaite du prétendant idéal (« bien fait », « de bonne mine », « esprit », « caractère » ; « sociable », « spirituel »). Lisetteinsiste particulièrement sur l'extérieur, la beauté, la bonne mine, qui reviennent réguliè­rement dans ses propos. L'utilisation de formules assez proches des proverbes marque aussi une manière stéréotypée d'apprécier la situation (« l'utile et l'agréable, tout s'y trouve »). C'est précisément l'expression de ce conformisme qui heurte Silvia et la fait réagir. On peut donc penser que Marivaux confie àla suivante le rôle de mettre en avant ce qui est admis et accepté habituellement, avec une certaine légèreté qui donne à réfléchir.
b) Des interruptions insolites
1) Dans la deuxième partie de la scène, lorsque Silvia développe son argumentation sur la vérité et l'apparence, Lisette intervient trois fois de manière très brève et les deux premières interventions ont un double rôle. On peutd'abord penser que Marivaux la fait intervenir pour couper le discours de Silvia et séparer de cette façon les trois portraits. En même temps, chaque interruption résume avec une certaine cocasserie ce qui vient d'être dit, comme si Lisette ne prenait rien au sérieux. La première réplique (« Quel fantasque avec ses deux visages ») révèle une incrédulité amusée et moqueuse. La deuxième (« Je gèle...
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