Millenium

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  • Publié le : 16 octobre 2010
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STIEG LARSSON

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette
MILLENIUM!
roman traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain

ACTES SUD

PROLOGUE

sur une étroite couchette au cadre en acier. Des courroies de cuir l'emprisonnaient et un harnais lui maintenait la cage thoracique. Elle était couchée sur le dos. Ses mains étaient retenues par des lanières de cuirde part et d'autre du lit. Elle avait depuis longtemps abandonné toute tentative de se détacher. Elle était éveillée mais gardait les yeux fermés. Quand elle les ouvrait, elle se trouvait dans le noir et la seule source de lumière visible était un mince rayon qui filtrait au-dessus de la porte. Elle avait un mauvais goût dans la bouche et ressentait un besoin impérieux de se laver les dents. Unepartie de sa conscience épiait le bruit de pas qui signifierait qu' il venait. Elle savait que c'était le soir mais n'avait aucune idée de l'heure, à part qu'elle sentait que ça devenait trop tard pour une de ses visites. Elle sentit une vibration soudaine dans le lit et ouvrit les yeux. On aurait dit qu'une sorte de machine s'était mise en marche quelque part dans le bâtiment. Quelques secondesplus tard, elle n'aurait su dire si elle l'inventait ou si le bruit était réel. Dans sa tête, elle cocha un jour de plus. C'était son quarante-troisième jour de captivité. Son nez la grattait et elle tourna la tête pour pouvoir le frotter contre l'oreiller. Elle transpirait. L'air de la pièce était chaud et renfermé. Elle était vêtue d'une simple chemise de nuit en tissu uni qui remontait sous soncorps. En déplaçant la hanche du peu qu'elle pouvait, elle réussit à attraper le tissu avec l'index et le majeur et à tirer la chemise de côté, centimètre par centimètre. Elle essaya avec l'autre
ELLE ÉTAIT ATTACHÉE

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main. Mais la chemise formait toujours des plis eh bas de son dos. Le matelas était bosselé et inconfortable. L'isolement total auquel elle était livrée amplifiaitterriblement la moindre impression qu'autrement elle aurait ignorée. Le harnais, bien que serré, était suffisamment lâche pour qu'elle puisse changer de position et se coucher sur le côté, mais cela l'obligeait alors à garder une main dans le dos et son bras s'engourdissait vite. Si un sentiment dominait son esprit, ce devait être une colère accumulée. En revanche, elle était torturée par ses proprespensées qui, malgré toutes ses tentatives pour l'éviter, se transformaient en fantasmes désagréables sur ce qui allait lui arriver. Elle haïssait cet état de vulnérabilité forcée. Elle avait beau essayer de se concentrer sur un sujet de réflexion pour passer le temps et refouler sa situation, l'angoisse suintait quand même et flottait comme un nuage toxique autour d'elle, menaçant de pénétrer ses poreset d'empoisonner son existence. Elle avait découvert que la meilleure façon de tenir l'angoisse à distance était de fantasmer sur quelque chose de plus fort que ses pensées. Quand elle fermait les yeux, elle matérialisait l'odeur d'essence. // était assis dans une voiture avec la vitre latérale baissée. Elle se précipitait sur la voiture, balançait l'essence par la vitre ouverte et craquait uneallumette. C'était l'affaire d'une seconde. Les flammes fusaient instantanément. Il se tordait de douleur et elle entendait ses cris de terreur et de souffrance. Elle pouvait sentir l'odeur de chair brûlée et l'odeur plus acre du plastique et de la garniture du siège qui se carbonisaient.

parce qu'elle ne l'avait pas entendu venir, mais elle fut parfaitement éveillée quand la porte s'ouvrit. Lalumière de l'ouverture l'aveugla. // était venu quand même. Il était grand. Elle ne connaissait pas son âge, mais il était adulte. Ses cheveux étaient roux et touffus, il avait des lunettes à monture noire et une barbiche clairsemée. Il sentait l'après-rasage. Elle haïssait son odeur.
ELLE S'ÉTAIT PROBABLEMENT ASSOUPIE, 10

Il resta en silence au pied du lit et la contempla un long moment....
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