Mulholland drive

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 64 (15765 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 24 mars 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
DESIR ET IDENTITE DANS
MULHOLLAND DRIVE : LE TEMPS DE L’INTERPRETATION.

« L’amour est riche en signes, et se nourrit d’interprétations silencieuses. Une œuvre d’art vaut mieux qu’un ouvrage philosophique ; car ce qui est enveloppé dans le signe est plus profond que toutes les significations explicites. Ce qui nous fait violence est plus riche que tous les fruits de notre bonne volonté ou denotre travail attentif ; et plus important que la pensée, il y a « ce qui donne à penser » G. Deleuze, Proust et les signes.

Mulholland Drive a suscité, depuis sa sortie, une surenchère d’explications, d’analyses qui cherchent à éclaircir les points obscurs, mystérieux et autres énigmes qui foisonnent dans l’œuvre de D. Lynch. L’absence de récit linéaire, comportant un début, un milieuet une fin, les raccords cut, donnant une impression de désarticulation de la narration, déroutent, déboussolent le spectateur, l’engagent à chercher, après coup, ce qu’il n’a pas compris sur le moment et à revoir le film. Parce que le récit n’est pas linéaire, le spectateur entrecroise des images passées, celles qu’il voit sur le moment présent et l’interprétation qui ne pourra germerqu’ultérieurement. Néanmoins, loin d’être une explication image par image ou une compréhension globale, toute tentative d’interprétation, en général et pour ce film en particulier, doit accepter de se situer dans un entre-deux, entre sens et non-sens. C’est seulement rétrospectivement que la lecture c’est-à-dire l’interprétation du film peut avoir lieu. Interpréter, que faut-il entendre par là ?Comprendre, c’est chercher le vrai, la solution unique à un problème défini. Or les domaines de l’art, du mythe ou encore de l’inconscient, résistent à la compréhension qui cerne un sujet et en délimite tous les contours. Les œuvres d’art et plus particulièrement le film qui nous occupe, relèvent davantage de l’interprétation des images et des mots, par-delà vrai et faux que de la résolution définitived’une énigme. Par conséquent, l’interprétation s’attelle à une tâche sans cesse renouvelée pour laquelle il s’agit de déployer du sens tout en acceptant de laisser une part au mystère de la beauté, à l’élégance des images et à leur pouvoir d’étrange fascination sur le spectateur. A force de réduire l’art à des explications rationnelles, on risque fort de le dessécher, d’éliminer ce qui le rend vivantet créateur. Les propos de Valéry sur la peinture : « On doit toujours s’excuser de parler peinture » (Pièces sur l’art) peuvent très bien s’appliquer au film de Lynch. L’œuvre ne se laisse pas saisir par le concept, le raisonnement. Il s’agit avant tout d’en goûter la pulpe singulière. Mais si les mots ne parviennent jamais totalement à expliquer l’inexplicable, l’expérience du spectateur peutdéclencher sa pensée. L’interprétation n’est donc ni vraie, ni fausse mais authentique dans la mesure où elle émane de la subjectivité, de l’univers mental de celui qui s’y consacre. Ne vaut-il pas mieux alors rencontrer l’œuvre, la laisser résonner en nous plutôt que de chercher à se l’approprier par l’explication univoque ?
L’ambiance, la sensation pure font l’objet d’un rapport auximages, certes primordial, mais insuffisant. L’image ne relève pas seulement de la pure perception, reléguée à un art du seul effet gratuit, elle a pour vocation seconde mais non moins essentielle de donner à penser, d’établir des liens entre différents éléments du film et d’autres domaines comme le théâtre, la poésie, la peinture et la philosophie. Le risque du tout sensible serait d’aboutir à unemystique de l’art dans laquelle l’œuvre deviendrait sacrée, intouchable et entièrement inexplicable.
Dans Mulholland Drive, Lynch filme un rêve, peut-être le rêve de Diane, mais aussi et surtout son univers dans lequel aucun contour ne délimite le rêve et le réel. Par là, il fait écho à nos rêves, à notre inconscient, à nos peurs, à nos désirs. Lorsque Rita se regarde devant le miroir et se...
tracking img