Pas facile de devenir adulte en europe

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  • Publié le : 15 avril 2010
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Pas facile de devenir adulte en Europe

Sur la photo de famille des jeunes Européens, les Français se distinguent par un manque d’insouciance flagrant, estime Cécile Van de Velde. Sociologue auteure d’une thèse sur le passage à l’âge adulte, elle a mis au jour des trajectoires très différentes selon les pays et les cultures.

Cécile Van de Velde ressemble à certains de ceux auxquels,plusieurs années de sa vie, elle a consacré sa recherche : jeune adulte, française, très diplômée. Sociologue fraîchement nommée maître de conférences à Lille-III, elle a mené, pour les besoins de sa thèse – « devenir adulte, sociologie comparée de la jeunesse en Europe »-, quelque 135 entretiens approfondis avec des jeunes adultes de 18 à 30 ans, français, danois, espagnols et anglais (les entretiensont tous été réalisés à Londres et à Brighton). Parallèlement, elle a exploité les enquêtes du panel européen des ménages pour reconstituer les trajectoires familiales et professionnelles de jeunes adultes.
De cette photographie de famille européenne encore partielle (mais que la sociologue complète progressivement), il ressort une image des jeunes Français qui ne fait pas plaisir à voir. « Ce quim’a frappé, explique Cécile Van de Velde, c’est de constater que les jeunes français sont les moins insouciants de tous, à cause de ce que j’ai appelé « le poids du définitif ». Du quoi ? « L’idée que, pendant sa jeunesse et ses études, on joue sa vie, les études représentant comme un couloir que l’on emprunte et que l’on ne peut plus quitter. » Avec, pour le dire, certains mots récurrents, comme« couloir », « étiquette », « rails »…
Ce trait distingue les jeunes Français, en particulier ceux issus des classes moyennes. « Ce poids de la formation initiale ne semblait pas revêtir le même enjeu pour les jeunes Danois ou les jeunes Britanniques, les premiers ayant tendance à « butiner » de domaine d’études en domaines d’études jusqu’à un âge potentiellement tardif, et les secondsentretenant, au long de leur courte scolarité, une certaine indétermination quant à leur spécialisation future. (…) Pour la majorité des jeunes Français, au contraire, l’entrée dans les études supérieures a revêtu les traits d’un tournant susceptible de marquer durablement l’avenir professionnel : le choix de la filière apparaît scellé par l’absence de droit à l’erreur », écrit-elle.

Donner du temps autemps

Autre signe particulier des jeunes Français : le sentiment qu’ils s’incrustent, contre leur propre volonté, dans un statut de jeune assisté, d’étudiant attardé. A la question, posée par la sociologue : « Vous sentez-vous en avance, dans les normes ou en retard vis-à-vis de votre parcours d’études et/ou d’emploi ? », F., Parisien de 23 ans, répond : « Disons qu’il me manque une expérience destage pour être dans les normes, là je suis en retard. » Rien à voir avec B., Danoise qui, après avoir quitté, à 16-17 ans, le domicile familial, puis être revenue chez son père « pour des raisons pratiques », s’est autorisée, comme la plupart des jeunes de ce pays, une gap year (une année de pause) avant les études proprement dites, mais qui peut être valorisée dans le cursus de l’étudiant…Comme F., sa compatriote, serveuse de 19 ans, habitant Alborg au moment de l’interview, qui à la question « Que pensent tes parents de cette pause dans tes études ? » répond : « Ils pensent que c’est bien, en fait ils m’ont proposé de faire un an de pause, pour faire d’autres expériences qu’à l’école, pour trouver ce qu’on veut faire. » Vagabondages possibles d’un côté, peur du faux pas de l’autre :si les jeunes Européens « aspirent tous » à une jeunesse « exploratoire », selon les termes de la chercheuse, tous ne vivent pas cette exploration de la même manière.
De cette confrontation entre des parcours aussi différents, Cécile Van de Velde a tiré des modèles, « idéaux-types d’expériences de passage à l’âge adulte » qu’elle a résumés en quatre verbes : « se trouver », « s’assumer », « se...
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