Plaidoirie : excusez les fautes du copistes - grégoire polet

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  • Publié le : 1 juin 2010
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Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les jurés, je suis ici pour défendre un homme, Sylvain Crêtes, cinquante ans et marié à Jeanne Delin, avec qui la vie jusqu’à présent n’a guère été tendre.

En effet, issu d’une famille très modeste, il fit des études d’art en section peinture qu’il réussit médiocrement et en sortit malheureusement sans aucune recommandation. Une fois ce diplômeobtenu, il épousa Nicole, secrétaire de son état et vécut alors du salaire de son épouse. Les parents de Nicole étant décédés dans le terrible incendie des magasins de l’Innovation, ils lui laissèrent une insignifiante fortune et une grande demeure avenue Brugman à Bruxelles où ils emménagèrent. A vingt-quatre ans, sa femme décéda en couches alors qu’elle mettait au monde la petite Isabelle. Pourfaire vivre cette petite fille, il accepta alors un travail de professeur de dessin dans une école pour jeunes filles, travail rémunéré mais peu gratifiant !
C’est ainsi que, loin de ses ambitions originelles, et de ses rêves d’artiste, Sylvain survit, où plutôt « sous-vit »…

Mais revenons-en aux faits… Si je suis ici aujourd’hui, c’est parce que mon client est accusé de contrefaçon selonl’article : Art. L. 122-4 : « Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l’adaptation ou la transformation, l’arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque. ».

Alors, « Oui ! », me direz-vous, « Oui ! Sylvain Crêtes est judiciairementcoupable vu qu’il a reconnu avoir copié illégalement, contrefait, falsifié des Ensor, des Terniers, des Wouters, des Magritte, des Claus, des Rubens et bien d’autres » ! Mais au-delà du fait que cet homme est judiciairement coupable, ne serait-il pas humainement innocent ? Peut-on vraiment juger ce qu’il est ? C’est ce que nous allons aborder maintenant.

Rappelons donc que tout débute alorsque mon client assume les besoins de sa fille et modèle sa carrière selon elle. Son poste en tant que professeur de dessin le rend aigri et il perd alors tous ses amis, se consacrant entièrement à sa petite Isabelle. Les promenades du samedi à la place du Jeu-de-Balle dans le centre de Bruxelles sont la seule distraction de cet homme, déjà éteint avant même d’avoir commencé à vivre.

C’estpourtant Place du Jeu-de-Balle, que Sylvain Crêtes va rencontrer deux personnes qui vont changer définitivement le cours de sa vie. La première, Emile Dekoning, est bouquiniste sur cette même place. C’est grâce à lui qu’il peut assouvir sa passion pour la lecture et acheter les premières partitions musicales d’Isabelle qui s’avère être très douée pour la musique. La deuxième, Jeanne Delin, fut lepremier professeur de piano d’Isabelle. Jeanne et Emile se rencontrèrent par hasard à la demeure des Crêtes et au fil du temps ceux-ci eurent l’idée de proposer un nouveau travail à Sylvain : fournir au père de Jeanne, qui était éditeur, des illustrations pour une collection de livres pour enfants. C’est ici que l’engrenage commença. Le père de Jeanne n’étant pas des plus honnêtes, Sylvain Crêtes estrémunéré en noir et Jeanne et Emile prélèvent une commission sur le salaire de mon client. De commande en commande, Sylvain Crêtes se retrouva obligé de créer des couvertures pour romans à prétention érotique. Une fois de plus, même si ce travail est bien rémunéré et qu’il lui permet d’abandonner celui de professeur de dessin, celui-ci n’est pas valorisant et ne permet pas à mon client d’êtrereconnu comme un artiste à part entière !

Toujours via Emile Dekoning, Sylvain Crêtes rencontre un certain brocanteur dénommé Max pour qui il commence à restaurer des tableaux en noir. Ceux-ci lui proposèrent de prendre alors une couverture fiscale en le déclarant comme indépendant dispensant des cours privés de dessin. Jusqu’ici, me direz-vous, rien de bien extraordinaire à part « un gars qui...
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