Pogam

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  • Publié le : 12 décembre 2010
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"Le lien social", Serge Paugam (Que-sais-je ? PUF 2008)

La notion de lien social est faussement simple à saisir. Très souvent mobilisée sans être définie, elle renvoie cependant à des mécanismes complexes dont l’analyse est au cœur de la pensée sociologique. Dès ses débuts la sociologie a montré l’évolution des liens sociaux dans un contexte d’individualisation croissant. L’analyse du liensocial et de son évolution à la fin du XIXe siècle est inséparable de la compréhension du changement social, qui touche la société de l’époque. Ce thème est abordé dans le premier chapitre intitulé « L’interrogation sociologique ». Serge Paugam propose de réfléchir à partir de la thèse d’Émile Durkheim De la division du travail social, soutenue en 1893. Ce dernier analyse le changement social enportant son regard au niveau des liens de solidarité. Les sociétés traditionnelles, à dominante agraire, étaient caractérisées par la solidarité mécanique organisée par la communauté locale entre des individus qui partagent les mêmes valeurs et se conforment aux règles collectives. La conscience collective que Durkheim définit comme «  l’ensemble des croyances et des sentiments communs à la moyennedes membres d’une même société » imprègne davantage les comportements dans les sociétés traditionnelles. La modernité se traduit par une solidarité organique, fondée sur la complémentarité et l’interdépendance des individus et des fonctions sociales qu’ils remplissent. Cette complémentarité, qui résulte de la division du travail social est rendue possible par un affaiblissement de la consciencecollective. Le sociologue allemand Ferdinand Tönnies avait également posé la question de la transformation du lien social dès 1887. Il oppose deux types idéaux, la communauté propre aux sociétés traditionnelles, au sein desquelles la proximité et l’interconnaissance de ses membres est forte ; la société est quant à elle impersonnelle, les relations en son sein sont contractuelles et non plus fondéessur la seule confiance. Max Weber propose d’analyser la transformation du lien social en distinguant les rationalités traditionnelles et « affectuelles » des sociétés traditionnelles, des rationalités en valeur et en finalité des sociétés modernes. Serge Paugam mobilise dans son livre ces auteurs classiques, en les confrontant et précise ainsi leurs convergences et leurs désaccords. On peut noterici que cette dialectique repose sur des analyses macrosociales mobilisant des idéaux types. Cela permet d’expliquer pourquoi des éléments caractéristiques des communautés sont mêlés et persistent au sein des sociétés contemporaines.

Le deuxième chapitre intitulé « Solidarisme et lien social » part du paradoxe résultant de l’évolution du lien social dans les sociétés modernes : « l’autonomiecroissante de l’individu débouche sur des interdépendances plus étroites avec les autres membres de la société ». La solidarité organique se met en place de façon institutionnelle, assurant à tous une plus grande protection contre les risques sociaux. Cependant, ce mouvement est progressif et va toucher l’ensemble des liens qui rattachent l’individu à la société. La communauté perd son rôleprotecteur, l’individu peut alors s’en émanciper, investissant différemment les institutions traditionnelles. Il faudra attendre l’année 1946 instituant le système de protection sociale généralisée pour voir la solidarité collective appliquée à tous. Avant la guerre, l’idée d’une protection sociale assurée par des organismes d’assurances se développe en lien avec l’essor du salariat. Cette histoirespécifique de la France explique la dualité de son système de protection sociale, à la fois assuranciel, adossé au travail et universel financé par l’Etat.

Le troisième chapitre analyse les conséquences du passage « Du lien social aux liens sociaux ». En effet, alors que dans les sociétés à solidarité mécanique les individus étaient inscrits dans un cercle étroit de socialisation, les sociétés...
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