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  • Publié le : 8 juin 2012
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A la lumière d’hiver
- Philippe Jaccottet
Leçons :
« Leçons » comporte vingt-deux poèmes, plus un quatrain liminaire. Composé en 1966-1967, le recueil a été publié en 1969 et remanié en 1977.
Le titre :
Il superpose plusieurs sens du mot « leçon ». Un « leçon », dans son sens le plus courant (scolaire par exemple), c’est ce que l’on apprend. C’est aussi, dans le vocabulaire religieux, lalecture de textes bibliques, notamment les mercredi, jeudi et vendredi saints, évoquant la passion du Christ. Dans le double domaine religieux et musical, le mot « leçon » renvoie aux célèbres Leçons de ténèbres que composèrent, chacun de leur côté, Marc-Antoine Charpentier (1635-1704) et François Courtin (1688-1733). C’est enfin, dans le vocabulaire technique de l’édition, la version que retient unéditeur entre différents états d’un texte, c’est-à-dire la « lecture » qu’il en fait.
Ces leçons désignent ce que Jaccottet apprend de la mort – non pas de la mort en général, en quelque sorte abstraite, mais d’une mort particulière, celle de son beau-père, Louis Haesler. Le poète entend ainsi lire, décrire au plus juste, au plus vrai, la réalité d’une agonie. Il apprend ce que la mort dit sur lacondition humaine et tente, par la poésie, de faire de cette leçon un chant.
« Qu’il se tienne dans l’ombre de la chambre… » (p.9)
Un quatrain liminaire
Présentation :
Bien qu’il ne soit pas nommément identifié, ce « il », que tout le recueil va évoquer, n’est pas un simple anonyme. C’est un mort dont le poète va rappeler « la fin »(v.3). C’est, par une allusion au « plomb » (v.2), unimprimeur1. C’est enfin une haute figure morale, toute de droiture (v.3).
Repère pour la lecture :
« Une épigraphe et une épitaphe » – L’épigraphe est une inscription placée sur un édifice pour en indiquer la date de construction, la nature ou la fonction. L’épitaphe est une inscription gravée sur une tombe qui désigne et parfois décrit la personne qui y repose. Le recueil étant l’édifice, ce quatrainliminaire fonctionne comme une épigraphe parce qu’il s’annonce comme un écrit sur la mort. Il est une épitaphe déposée sur le tombeau, littéraire, d’une personne précise.
Avant l’informatique, les imprimeurs composaient les livres mot à mot, lettre après lettre, avec des caractères en plomb.

Leçons : structure du recueil
Selon l’expression même de Philippe Jaccottet (p.99), Leçons est un «livre de deuil ». Le recueil évoque en effet la mort d’un « Il » jamais nommé. Une confidence du poète et quelques indices épars dans les poèmes permettent cependant de l’identifier : il s’agit de Louis Haesler, le beau-père du poète. Après une double ouverture, le recueil suit chronologiquement les étapes de l’agonie, que clôt un double épilogue. Cette organisation linéaire se complique toutefoisde tout un jeu d’échos et de miroirs.
Une double ouverture.
L’ouverture du recueil comprend les deux premiers poèmes (p.9 et 11).
Un quatrain en forme d’exergue :
Dans son sens le plus courant, l’exergue est une phrase ou une citation placée en tête d’un ouvrage pour le présenter et en éclairer le sens général. Le quatrain imprimé en italique en occupe la place et en remplit la fonction.Ouvrant le recueil, il présente « Il ». S’il ne révèle pas son nom, il en esquisse le portrait moral, tout de « droiture » (v.3).
La présentation du locuteur (« Moi ») :
Après la présentation de « Il » vient de celle du locuteur. « Moi » ne décline pas davantage son identité, mais il précise son métier (« poète », p.11, v.5). Revenu de toute illusion sur les pouvoirs supposés de la poésie, « Moi »affirme qu’il réapprend à écrire.
Les étapes de l’agonie.
Elles sont au nombre de cinq.
L’alitement :
Le mal, jamais diagnostiqué, contraint l’ « ainé » (p.12, v.6) à se coucher. Il ne se relèvera plus. « Je » reste près de lui (p.14). La progression de la maladie est si foudroyante que l’issue ne peut qu’être fatale (p.15). « Il » en a une ultime et dernière conscience (p.16).
Le...
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