Primitivisme

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  • Publié le : 23 mars 2011
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Au début du XXe siècle, en effet, parmi toutes les activités qui vont ébranler le paysage culturel occidental, figure celle de l’art. Dans plusieurs domaines touchant à la fois les arts plastiques, le théâtre, la danse, la littérature, des problèmes nouveaux surgissent, remettant en cause certaines théories occidentales classiques. La découverte de l’art africain par les écrivains et les artisteseuropéens d’avant guerre est l’une des sources fondatrices de ce mouvement. Il semble pertinent de s’intéresser d’abord à la période 1906-1914, moment de découverte, puis d’intérêt et d’étude pendant laquelle évoluent, à Paris, des peintres tels Matisse, Vlaminck, Derain, Picasso, Braque et Gris. Puis aux années 1914-1930, qui marquent un tournant dans la mesure où l’intérêt pour l’art africains’internationalise et le marché de l’art se développe.

En tout état de cause, le mouvement de renouvellement des sources a été amorcé bien avant la première décennie du XXe siècle. L’art de l’Afrique noire est connu depuis le XVIe siècle, il se perd puis est redécouvert vers 1906-1907. L’effet artistique coïncide avec l’extension des nations colonisatrices européennes et s’exprime culturellementpar une réflexion sur l’exotisme . Dès lors, la découverte de l’art africain n’est pas seulement pour l’Occident le dévoilement d’un nouveau répertoire de formes, c’est aussi l’occasion de mettre en valeur un art qui, jusque là, n’a suscité que des jugements méprisants ou négatifs.

I. Histoire d’une rencontre
Une première constatation s’impose : le terme d’art nègre, utilisé au début du XXesiècle, n’est pas synonyme d’art africain. Il s’inscrit historiquement dans un contexte colonial et il inclut à l’origine des objets d’Océanie et malgaches. D’après Benoît de l’Estoile, (anthropologue, chargé de recherches au CNRS) le terme « art nègre » serait le reflet d’une lecture associant « race nègre » et origine de l’art. Cette association remonterait à Gobineau qui affirmait que « lasource d’où les arts ont jailli est étrangère aux instincts civilisateurs. Elle est cachée dans le sang des noirs ». De là naît cette croyance selon laquelle l’art nègre conserve des formes artistiques originelles et précède de cette façon tous les arts. Au début du XXe siècle, on peut considérer que le sens de « art primitif » correspond à qualifier des objets tribaux. A Paris, « art nègre » et «art primitif » deviennent à peu près des termes interchangeables.

Comment l’histoire commence-t-elle ? Certains artistes d’avant-garde, à Paris et en Allemagne, découvrent un art sur lequel les anthropologues portaient jusque là un regard « scientifique »… Tel pourrait être le début de cette histoire qui est devenue mythe, parfois embellie, souvent falsifiée par les acteurs eux-mêmes. A la findu XIXe siècle, on ne peut ignorer le mouvement que les impressionnistes ont amorcé en collectionnant les estampes japonaises et plus particulièrement Gauguin avec son intérêt pour les arts traditionnels bretons, les bas-reliefs égyptiens et cambodgiens puis l’Océanie. Paul Gauguin passe les années 1891 à 1903 à Tahiti puis aux Marquises. Il est marqué par les sculptures Maori. Selon la grandemajorité des historiens, c’est à son aspiration à dépasser les limites de notre civilisation que nous devons la « découverte » de l’art primitif. Ce qui est « primitiviste » chez Gauguin, c’est plus un projet de vie qu’une œuvre. Comme l’a écrit l’historien américain William Rubin, un des meilleurs spécialistes de l’histoire du primitivisme, les objets d’art polynésiens qui ont inspiré Gauguin ne luiont servit en effet que comme des symboles ou même des éléments purement décoratifs .

Entre 1890 et 1905, peu de témoignages indiquent l’intérêt porté par les artistes aux arts africains et océaniens. Pourtant, l’art tribal de la scène de ces années-là puisqu’il y a les expositions universelles de 1889 et 1900 à Paris avec des présentations de la culture tribale ; des magasins de...
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