Puis-je savoir si j'aime?

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  • Publié le : 20 mai 2010
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L’amour est un des attributs de l’humanité : tout homme, au cours de sa vie, est amené à aimer quelqu’un ou quelque chose. « Aimer ou tomber malade », écrivait Freud. Mais il arrive que quelqu’un aime sans le savoir, et ne se rend compte de son amour qu’une fois que l’objet de cet amour se perd ou est perdu pour lui. Ainsi dans certains couples, c’est au moment de la rupture ou du divorce quel’amour se montre et s’illustre. D’un premier point de vue, il semble immédiatement évident que je sais si j’aime quelqu’un, lorsque je l’aime : l’amour s’impose comme une évidence. Puis-je aimer sans le savoir ? Et dans ce cas, comment puis-je connaître mon amour ? Quelle différence y a-t-il entre se croire amoureux et être amoureux ? Quel est l’objet de mon amour si j’ignore même que j’aime ? Maisd’un autre point de vue, suis-je bien certain d’aimer ce que je crois aimer ? Ne suis-je pas en train de construire une image illusoire de la personne que j’aime ? Et plus généralement, l’amour n’engendre-t-il pas toutes sortes d’illusions non seulement sur l’objet aimé, mais encore sur soi-même ? Tous ces questionnements posent ainsi l’évidence de l’amour et ses illusions, et enfin la connaissanceque nous en avons.

Pour savoir si l’on aime il faut savoir ce qu’est l’amour. Celui-ci est avant tout un désir qui, comme les désirs, cherche à trouver le plaisir dans la réalité. Fixé sur un objet, il est ici empreint d’une affectivité profonde. Ainsi celui qui aime plus généralement, trouve une raison de vivre dans l’autre, dans l’objet de son amour, comme Aragon envers Elsa : « Mourir estplus facile que de vivre, c’est pourquoi je vis pour toi ». De même, par son amour, il est prêt à se sacrifier pour lui, comme une mère ou un père pour la survie de son enfant. Dès lors, cet attachement si fort entraîne l’angoisse de la perte de l’objet aimé : il importe donc de savoir qu’on aime et ce qu’on aime avant de le perdre, pour pouvoir le protéger, le sauver. Tout d’abord se pose ladifficulté de l’intégration ou du refoulement possible des désirs par l’individu : il faut s’accepter comme être désirant et accepter ses désirs pour ne plus être dans l’aveuglement plus ou moins volontaire et l’ignorance de son amour. L’amour devient une modalité du désir. Toute la pièce La Seconde surprise de l’amour, de Marivaux, repose sur ce problème : la marquise et le chevalier, tous deuxeffondrés par la perte de leur amant respectif refusent de s’avouer qu’ils s’aiment et ne parviennent pas à se le dire, en partie à cause de la complaisance qu’ils ont à vivre dans la tristesse, et des conventions sociales.

Ensuite, l’objet de l’amour – qui est un désir – peut être comme tout désir changeant, car « le désir est recherche de nouveauté » (Françoise Dolto). Il évolue avec le temps, de làla difficulté à cerner, à accepter et à reconnaître à temps un amour. C’est cette évolution de l’amour que retrace Adolphe et sa maîtresse, dans le roman éponyme de B. Constant. Leur amour, du moins pour Adolphe, est consumé : il a changé de désir et d’objet. (Néanmoins, cette évolution peut être présente au sein d’une même relation). De plus, un désir n’est pas quelque chose de concret, ni dedéfinissable : nous ne pouvons pas pointer du doigt ce qui chez l’autre l’éveille en nous. La phrase de Roméo (Roméo et Juliette, de W. Shakespeare) lorsqu’il voit Juliette pour la première fois : « Elle enseigne aux torches à briller » indique bien qu’il n’aime pas une partie du corps de Juliette ou une attitude, mais une harmonie indescriptible, d’une image évanescente qui auréole Juliette. Il existedonc un autre problème : celui de ce qu’on aime dans, à travers l’objet de l’amour. En effet, comme le montre l’exemple de Roméo et Juliette, le désir n’est jamais « pur », c’est-à-dire que tout désir est toujours empreint d’images, de symboles lorsqu’il se fixe sur un objet ; ainsi Roméo aime ce qu’il voit dans le corps de Juliette, non pas son corps pour lui-même. On retrouve ici le...
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