Ruy blas

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Acte 4 scène 5 : Ruy Blas, don Salluste

Scène V - Ruy Blas, don Salluste.

Don Salluste, posant la main sur l'épaule de Ruy Blas.
Bonjour.
Ruy Blas, effaré.
À part.
Grand Dieu ! Je suis perdu ! Le marquis !
Don Salluste, souriant.
Je parie
Que vous ne pensiez pas à moi.
Ruy Blas.
Sa seigneurie,
En effet, me surprend.
À part.
Oh ! Mon malheur renaît.
J'étais tourné vers l'ange etle démon venait.
Il court à la tapisserie qui cache le cabinet secret et en ferme la petite porte au verrou ; puis il revient tout tremblant vers don Salluste.
Don Salluste.
Eh bien ! Comment cela va-t-il ?
Ruy Blas, l'oeil fixé sur don Salluste impassible, et comme pouvant à peine rassembler ses idées.
Cette livrée ? ...
Don Salluste, souriant toujours.
Il fallait du palais me procurerl'entrée.
Avec cet habit-là l'on arrive partout.
J'ai pris votre livrée et la trouve à mon goût.
Il se couvre. Ruy Blas reste tête nue.
Ruy Blas.
Mais j'ai peur pour vous...
Don Salluste.
Peur ! Quel est ce mot risible ?
Ruy Blas.
Vous êtes exilé !
Don Salluste.
Croyez-vous ? C'est possible.
Ruy Blas.
Si l'on vous reconnaît, au palais, en plein jour
Don Salluste.
1320 - Ah bah ! Desgens heureux, qui sont des gens de cour,
Iraient perdre leur temps, ce temps qui sitôt passe,
À se ressouvenir d'un visage en disgrâce !
D'ailleurs, regarde-t-on le profil d'un valet ?
Il s'assied dans un fauteuil, et Ruy Blas reste debout.
À propos, que dit-on à Madrid, s'il vous plaît ?
Est-il vrai que, brûlant d'un zèle hyperbolique,
Ici, pour les beaux yeux de la caisse publique,
Vousexilez ce cher Priego, l'un des grands ?
Vous avez oublié que vous êtes parents.
Sa mère est Sandoval, la vôtre aussi. Que diable !
1330 - Sandoval porte d'or à la bande de sable.
Regardez vos blasons, don César. C'est fort clair.
Cela ne se fait pas entre parents, mon cher.
Les loups pour nuire aux loups font-ils les bons apôtres ?
Ouvrez les yeux pour vous, fermez-les pour les autres.Chacun pour soi.
Ruy Blas, se rassurant un peu.
Pourtant, monsieur, permettez-moi,
Monsieur De Priego, comme noble du roi,
À grand tort d'aggraver les charges de l'Espagne.
Or, il va falloir mettre une armée en campagne ;
Nous n'avons pas d'argent, et pourtant il le faut.
1340 - L'héritier bavarois penche à mourir bientôt.
Hier, le comte d'Harrach, que vous devez connaître,
Me le disait aunom de l'empereur son maître.
Si monsieur l'archiduc veut soutenir son droit,
La guerre éclatera...
Don Salluste.
L'air me semble un peu froid.
Faites-moi le plaisir de fermer la croisée.
Ruy Blas, pâle de honte et de désespoir, hésite un moment ; puis il fait un effort et se dirige lentement vers la fenêtre, la ferme, et revient vers don Salluste, qui, assis dans le fauteuil, le suit desyeux d'un air indifférent.
Ruy Blas, reprenant et essayant de convaincre don Salluste.
Daignez voir à quel point la guerre est malaisée.
Que faire sans argent ? Excellence, écoutez.
Le salut de l'Espagne est dans nos probités.
Pour moi, j'ai, comme si notre armée était prête,
1350 - Fait dire à l'empereur que je lui tiendrais tête...
Don Salluste, interrompant Ruy Blas et lui montrant sonmouchoir qu'il a laissé tomber en entrant.
Pardon ! Ramassez-moi mon mouchoir.
Ruy Blas, comme à la torture, hésite encore, puis se baisse, ramasse le mouchoir, et le présente à don Salluste.
Don Salluste, mettant le mouchoir dans sa poche.
– Vous disiez ? ...
Ruy Blas, avec effort.
Le salut de l'Espagne ! – oui, l'Espagne à nos pieds,
Et l'intérêt public demandent qu'on s'oublie.
Ah ! Toutela nation bénit qui la délie.
Sauvons ce peuple ! Osons être grands, et frappons !
Otons l'ombre à l'intrigue et le masque aux fripons !
Don Salluste, nonchalamment.
Et d'abord ce n'est pas de bonne compagnie. –
Cela sent son pédant et son petit génie
Que de faire sur tout un bruit démesuré.
1360 - Un méchant million, plus ou moins dévoré,
Voilà-t-il pas de quoi pousser des cris...
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