Sonnet a caliste

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  • Publié le : 25 novembre 2009
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François de Malherbe (1555-1628), poète de cour officiel de Henri IV, a, selon les mots de Boileau "réduit la Muse aux règles du devoir". C'est dire que ce poète a le souci de la clarté, de la régularité toute classique et est donc considéré comme le chef de file du courant classique. Dans son recueil Les Délices de la poésie française, on trouve Un sonnet à Caliste (1620) composé en l'honneurde la vicomtesse d'Auchy avec qui il a eu une liaison malheureuse. Ce poème, bien que né d'une expérience personnelle, est le modèle même de l'idéal classique fait de mesure et de raison. On verra comment Malherbe dans cet éloge proche du blason conserve une retenue qui ressemble plus à un exercice de style impersonnel et à une célébration du concept de beauté classique qu'à un cri d'amourspontané.

I) L'éloge traditionnel de la beauté sous forme de blason

A) Un idéal esthétique: la beauté

- Le vocabulaire de la beauté est omniprésent : "beau ... belle" (v.1), "grâces ...appas" (v.12)

- Il est associé au lexique de l'admiration et du compliment : "tant de trésors" (v.3), "miracle visible" (V.11), "éblouit les regards" (v.9) et aux hyperboles : "nombre infini de grâces" (v.12),"il n'est rien de si beau" (v.1).

- La "Nature" est personnifiée sous la forme d'une allégorie et est présentée comme l'auteur du chef d'oeuvre qu'est Caliste, supplantant toute oeuvre d'art : "C'est un oeuvre où Nature a fait tous ses efforts" (v.2), "Et l'art n'égale point sa douceur naturelle"(v.8).

- Le rythme binaire (avec césure à l'hémistiche) des trois premières strophes marquel'équilibre de cette beauté toute classique et la maîtrise du poète qui ne se laisse pas déborder par son admiration ! Le sonnet est d'ailleurs tout à fait classique : utilisation des alexandrins, disposition des rimes ABBA ABBA, CCD EDE.

Caliste (en grec Καλλιστώ / Kallistố, de καλλίστη / kallístê, « la plus belle) est donc l'incarnation d'un idéal de la beauté fait d'équilibre et d'harmonie,correspondant aux canons de la beauté des femmes de l'époque. Son corps est cependant évoqué, bien que de manière très stylisée.
B) Un blason pudique

- Le corps de la femme est décrit dans ses charmes traditionnels : le teint clair; "les roses" des joues ; l'haleine fraîche : "le baume est dans sa bouche" ; sa gorge blanche ; ses yeux pleins d'amour et sa parole magique.

- Le recours à lacomparaison mythologique "Amour est dans ses yeux, il y trempe ses dards" et à la métaphore déjà utilisée par Ronsard (cf. Mignonne, allons voir si la rose) "et les roses dehors" ne singularise en rien Caliste et on aurait bien du mal à se la représenter !

- C'est une idole païenne qui est ainsi célébrée : "La clarté de son teint n'est pas chose mortelle", "Sa parole et sa voix ressuscitent les morts",elle est oeuvre de Nature qui n'est pas assimilée ici à Dieu et on peut donc "l'adorer".

Ce sonnet au registre épidictique, bien qu'inspiré par des sentiments personnels et une femme réelle, paraît bien impersonnel et proche de l'exercice de style.
II) Un exercice de style et d'esprit

A) Un poème impersonnel : un exercice de style

- Aucune apostophe ou adresse quelconque à Caliste :elle est d'abord nommée par son prénom et désignée à la troisième personne du singulier. Le pronom sujet "elle" n'est jamais utilisé. Il est, dans les trois premières strophes, remplacé par ses attributs physiques : "sa gloire", "son teint", sur le mode descriptif.

- Le poète en appelle à "notre âge ingrat" pour "élever à sa gloire une marque éternelle" : elle est donc désignée à l'admirationgénérale et non pas exclusive du poète amoureux !

- "les regards" de tous sont éblouis par sa beauté.

- Dans les trois premières strophes, nulle énonciation personnelle du poète qui, de surcroît, emploie un présent de vérité générale, presque d'immortalité.

Ce poème n'est pas adressé directement à Caliste, c'est un éloge public qui a des accents étrangement funèbres : ainsi "mortelle" et...
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