Violence faite aux femmes

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  • Publié le : 11 août 2011
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Des violences faites aux femmes

À notre époque, les violences faites aux femmes dans le monde posent un ensemble de questions : en premier lieu, la violence ordinaire du quotidien, au cœur même du rapport social le plus commun entre adultes, est-elle exclusive de son objet de souffrance ? La violence contre les femmes est-elle donc typique ? Deuxième interrogation, la réduction de la violenceinstituée en rituel, telle que la guerre, influe-t-elle sur la constance des violences ordinaires ? L’ensemble de ces violences dans les pays développés, beaucoup plus graves dans les nations en développement, ne diminue pas avec l’érosion des vieux cadres de soumission des femmes. Ni la transformation des vieilles structures patriarcales, ni l’effacement des principes des monothéismes, nil’émancipation des droits des femmes, n’ont infléchi la courbe des violences ordinaires. La question centrale demeure : les violences faites aux femmes sont-elles alors une forme anthropologique plus qu’historique ? Une structure sociale plus qu’une conjoncture de l’économie politique ?

De l’ordre

L’histoire contemporaine des luttes et de la reconnaissance des femmes à l’égalité marque unchangement de civilisation. En manifestant leur aptitude et leur volonté d’être l’égal de l’homme, tant en ce qui concerne leur statut civil que politique qu’en ce qui concerne leur traitement social et économique, les femmes s’émancipent de l’emprise de la domination masculine. La revendication des femmes ne normalise pas une situation ordinaire. Elle n’est pas une requête propre à une époque, afortiori, de notre époque contemporaine. Non, cette revendication est un acte fondateur, politique et social, pour cette communauté féminine donc, mais aussi pour l’ensemble de l’humanité qui se trouve confronté à la question d’une domination fondée par la division des sexes et des genres. Ces luttes, bien que souvent cataloguées comme minoritaires, s’avèrent être au final un engagement civilisationnelde reprogrammation de l’ensemble de l’organisation humaine.

Les violences faites aux femmes pourraient alors s’appréhender comme une réaction en chaîne, individuée, multipliée, et répercutée, comme autant de coups qui les meurtrissent au quotidien. À chaque instant dans ce monde, une femme connaît un déchaînement de violence de son conjoint, une femme subit des harcèlements sur son lieu detravail, une femme se fait violer, une femme se fait mutiler, une femme se fait brutaliser, une femme se fait assassiner, une majorité écrasante de femmes se soumet à la contrainte d’un système normé par la masculinité. Si l’on observe le cas français, fort d’une préconception d’une société développée, les résultats de l’enquête Enveff en 2000 (Enquête nationale sur les violences envers les femmes enFrance) font saillir deux caractéristiques troublantes : une femme sur dix est victime de violences conjugales, quelles qu’en soient les formes, et 50 000 viols furent perpétrés durant les trois dernières années avant publication de l’enquête. Au niveau mondial, si l’on réunit les différentes enquêtes menées par les ONG, on constate que les taux de violences physiques au sein des couples tout aulong de la vie peuvent atteindre 50 % (Pérou), et s’établir au plus bas entre 15 et 20 % (Suisse, Japon), tout en révélant que les taux peuvent dépasser les clivages du développement (les taux sont quasi identiques pour les États-Unis ou la République Dominicaine).

Cette violence est ainsi difficile à appréhender. Non seulement, parce que, comme pour tous les vaincus, leurs histoires nelaissent pas de traces tangibles, mais aussi parce que la continuité de cette domination permet de disposer qu’elle est une domination normale, imposée par une certaine loi de la nature : la femme est différente de l’homme ; la femme est plus faible physiquement (et par voie de conséquence psychologiquement) ; la femme est mineure (et ce, aux deux sens du terme mineur : sans attrait particulier,...
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