L'existentialisme dans « maigret et la jeune morte », de simenon

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  • Publié le : 19 juin 2010
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Dujardin Benjamin 6ème B.

12 mai 2010

Analyse comparative d'une oeuvre et d'un courant littéraire
Maigret et la jeune morte, de G. Simenon, et l'existentialisme.

C'est la nuit au Quai des Orfèvres. Maigret termine une enquête, et plutôt que de fermer l'œil sur sa journée, se laisse intéresser par un meurtre. Le lecteur le rejoint au beau milieu de la nuit, et entend toutes lesréflexions de l'inspecteur. L'« inattentif » écoute les témoignages, accumule les pistes. Mais l'attentif a saisi quelque chose; il ne suffit pas d'écouter et de suivre, il faut comprendre.

Dans cette comparaison, l'existentialisme est à prendre dans un sens plus terre à terre, moins philosophique que celui de Sartre. Il reflète une tendance, forte dans les années cinquante, d'abord photographique, avecDoisneau pour figure emblématique. Ces « poètes » font la part belle à l'existence, en s'intéressant, d'une part, aux « petites gens » qui ne mènent pas de vie glorieuse, mais qui ont le mérite d'exister, et d'un autre côté, à l'« homme nu », l'homme sans couverture, sans artifices, pour cacher sa réelle nature. De cette façon, « existentialisme » pourrait se rapprocher de « humanisme ».

Laparticularité du savoir-faire de Maigret, c'est-à-dire de la plume de Simenon, réside dans le modus operandi de l'inspecteur. Il s'imbibe de chaque personne qu'il rencontre, comme une « éponge qui aspire la vie et qui la rend ensuite ». Cette attitude se présente quasi systématiquement à Maigret, et c'est justement ce qui va le distinguer, et l'aider à mener à bien son enquête. Dès le départ, il estopposé, contre son gré, à l'inspecteur Lognon, affectueusement surnommé le « Malgracieux », Maigret sait que l'enquête dans laquelle il met les pieds « n'est pas la sienne », mais ne fait pas de manière, et juge qu'il ne peut pas l'abandonner, uniquement pour ménager la susceptibilité de Lognon. Et ainsi, tout au long du roman, on fera connaissance avec le Malgracieux, qui précède Maigret partoutdans l'investigation. L'inspecteur Lognon est un personnage insatisfait, résigné, persuadé que tout le monde le prend pour un imbécile. Dès lors, il se diminue lui-même, « évite de se plaindre, prend cet air résigné, l'air d'un être qui a souffert toute sa vie et qui souffrira pendant le reste de ses jours. »1 « — Vous savez bien que je n'ai jamais d'idées. Je ne suis qu'un inspecteur de quartier»2 Si Simenon décrit avec abondance ce personnage, c'est parce qu'il est important dans l'opposition avec le commissaire, mais également en tant que personne à part entière; le Malgracieux a une vie spéciale, au-delà de sa superficielle banalité. Malgré son défaitisme, l'inspecteur Malgracieux continue l'enquête, et trouve rapidement des pistes et des indices importants, alors que Maigret prendson temps, et se remplit des souvenirs qu'on lui rapporte de la jeune morte. Du Maigret sage et serein, on retrouve même un « homme nu », lorsqu'après un cauchemar, il s'imagine en bataille avec le Malgracieux: « Maigret n'était pas jaloux de ses collègues, encore moins de ses inspecteurs. […] Dans le cas présent, pourtant, il eut un mouvement d'humeur. Car c'était vai que, comme dans la partied'échecs de son rêve, Logon était seul tandis que Maigret avait pour lui l'organisation entière de la P. J. sans compter l'aides des brigades mobiles et de toute la machine policière. Il rougit de la pensée qu'il venait d'avoir [...] . »3 Maigret n'est donc en fin de compte, bien qu'un homme, juste et bon, mais qui possède ses limites. Que Maigret prenne le temps de s'imprégner de la personnalité etde l'histoire de la jeune Louise Laboine, c'est
1 Maigret et la jeune morte, Simenon, Presses de la cité, Paris, 1954, p. 91. 2 Ibid., p. 17. 3 Ibid., pp. 152-153.

cela qui va faire la différence. Tout au long des multiples interrogatoires qu'entreprend Maigret, la vie de sa victime va défiler devant ses yeux, en désordre et en fragments : « Il en était de Louise Laboine comme des plaques...
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