Anaïs nin affirme que "nous écrivons pour nous apprendre à parler avec les autres".

Pages: 12 (2919 mots) Publié le: 26 février 2013
À l'origine de l'écriture, il y a le geste physique, le "signe d'encre", qui est la base même de l'échange : le geste calligraphique n'est-il pas, dans son mouvement et sa dynamique mêmes, l'esquisse d'un dialogue ? Embellir l'écriture, former de "belles lettres", c'est d'abord prendre en compte celui qui, avant même de les lire, regardera les mots. Le geste calligraphié instaure donc unecommunication avec autrui. Plus fondamentalement, nous pouvons affirmer que l'écriture est par définition "migrante" : écrire, c'est être lu par les autres ; c'est écrire pour les autres, c'est une forme de dialogue à distance, à travers les mots. À ce titre, Anaïs Nin a souvent revendiqué son cosmopolitisme, se présentant volontiers comme un "auteur international". De fait, lorsqu'elle affirme que "nousécrivons pour nous apprendre à parler avec les autres", nous pouvons comprendre qu'en éprouvant l'altérité comme condition de l'écriture, l'écrivain crée une aire de complicité avec le monde qui l'entoure. Que l'on songe ici à Victor Hugo qui, dans la préface des Contemplations(1856), s'exclame : "Ah ! Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! Insenséqui crois que je ne suis pas toi !". En répondant à ceux qui reprochent aux Romantiques leur culte du moi, Hugo nous amène à comprendre qu'écrire, même en parlant de soi, c'est parler au nom des autres : l'écrivain d'ailleurs, n'exprime-t-il pas des sentiments universels ? De fait, sa parole est fraternelle avec le monde. C'est en cela que l'écriture devient ainsi un moyen d'apprendre des autres.Comme nous le voyons, écrire en apprenant des autres, dépasse le simple stade de la communication. Dans un monde qui est souvent fait de confrontations et de conflits, l'écriture peut se définir dans le cadre d'une altérité relationnelle, qui est en même temps une altérité existentielle : l'écrivaine algérienne de langue française Assia Djebar faisait à ce titre remarquer qu'ellepratiquait "une écriture "contre" : le "contre" de l'opposition, de la révolte, quelquefois muette, qui vous ébranle et traverse votre être tout entier [...]" mais aussi une écriture "tout contre, c'est-à-dire une écriture du rapprochement, de l'écoute, le besoin d'être auprès de..., de cerner une chaleur humaine, une solidarité [...]". En ce sens, l'écriture répond à une impérieuse nécessité qui posel'écrivain comme existence en relation : en se rapprochant des autres, en échangeant et ainsi en apprenant d'eux, l'écrivain, loin de faire de "l'art pour l'art" est d'abord un être en communion. Son écriture constitue ainsi un fait d'altérité qui participe à la logique "cosmopolite" et universelle du monde. Cette écriture de contact et de rapprochement a été très bien illustrée par Paul Éluard.Ainsi dans une conférence prononcée à Londres le 24 juin 1936, l'auteur revendique la nécessité pour les poètes de faire partie du peuple afin de s'en faire comprendre, et d'apprendre de lui : "les poètes, écrit-il, sont descendus des sommets sur lesquels ils se croyaient. Ils sont allés dans les rues, ils ont insulté leurs maîtres, ils n'ont plus de dieux". Cette conception particulière del'engagement que défend Éluard passe donc par la volonté de toucher le lecteur dans son expérience la plus concrète et la plus universelle : comme il l'affirme plus loin, les poètes "ont appris les chants de révolte de la foule malheureuse [...], ils ont maintenant l'assurance de parler pour tous."

De nos remarques précédentes, il ressort l'idée que l'écriture, en nous apprenant "à parler avec lesautres", peut aussi être interprétée comme engagement ; la dimension esthétique du langage étant ainsi subordonnée à sa dimension éthique et morale. De fait, écrire, c'est transmettre des idées : ainsi l'écrivain se trouve-t-il "en situation" —pour reprendre une formule chère à Sartre— dans l'Histoire. Parler au nom de tous, pour des personnes qui elles ne peuvent pas s'exprimer, c'est parler...
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