Analyse politique du burkina faso

Pages: 26 (6416 mots) Publié le: 9 janvier 2013
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DOSSIER
Le Burkina Faso : l’alternance impossible
Coordonné par Mathieu Hilgers et Jacinthe Mazzocchetti

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Introduction au thème

L’après-Zongo : entre ouverture politique et fermeture des possibles

« C’est difficile. Tu sors aujourd’hui, tu sais que si tu te courbes, on te nomme directeur quelque part. Tu restes sur ta position, ta vieille [mobylette] P50 va te conduire dansles rues de Ouaga jusqu’à ce que tu crèves. Où est l’alternative ? Il n’y en a pas. Vivre même… Quand on dit vivre aujourd’hui, c’est quoi ? On fait tout pour mettre des barrières, pour dire à la jeunesse burkinabè qu’il n’y a pas d’espoir ni d’alternative. Laissez-nous gérer pour vous, on connaît mieux gérer que vous. Moi, j’ai peur qu’à ce rythme-là, le système absorbe tout le monde. Je ne vaispas indexer un parti politique parce qu’ils sont tous dedans. Les gens ont compris qu’il faut rentrer dans le système et tu avances. Aujourd’hui, tout ce qu’on te demande, c’est de faire comme les autres. » [propos recueillis par J. Mazzocchetti auprès d’un journaliste de 32 ans, diplômé en sociologie, Ouagadougou, 2005]

la suite de la crise politique déclenchée par l’assassinat du journalisteNorbert Zongo en 1998 et des bons résultats de l’opposition aux élections municipales de 2000 et législatives de 2002, certains analystes soulignaient que la situation politique du Burkina Faso se caractérisait par une « ouverture des possibilités » et que les Burkinabè pensaient « l’alternance […] possible 1 ».

À

1. A. Loada et C. Santiso, « Élections au Burkina Faso : vers une maturitédémocratique ? », .

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DOSSIER

6 Le Burkina Faso : l’alternance impossible

Si, en 2003, on pouvait encore se demander si le président Blaise Compaoré tiendrait la distance jusqu’à l’élection présidentielle, aujourd’hui la question est plutôt de savoir si le Burkina est un pays sans opposition 2. En ce qui concerne les institutions politiques formelles, l’élection présidentielle du 13novembre 2005 semble avoir apporté une réponse sans appel : alors que Blaise Compaoré, le président sortant, a obtenu 80,35 % des suffrages exprimés, son concurrent le plus proche, Maître Bénéwendé Stanislas Sankara, n’a recueilli que 4,88 % des voix. Avant même sa candidature officielle, le principal parti d’opposition, l’Alliance pour la démocratie et la fédération-Rassemblement démocratique africain(ADF-RDA) soutenait déjà le « Blaiso », aux côtés du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti majoritaire 3. Dans cette configuration, les douze autres aspirants à la présidence n’étaient guère que des figurants et la réélection du président ne faisait aucun doute. Le pouvoir de B. Compaoré a bel et bien été, un temps, fragilisé, mais l’élection présidentielle montre à quel pointil a réussi son rétablissement. Si cette démocratie formelle, qui est sous bien des aspects un régime autoritaire au service d’une minorité, peut certes marginaliser l’opposition politique institutionnelle, peut-elle pour autant réduire une opposition de conscience, une opposition populaire présente dans les pratiques quotidiennes ? Bien que l’espace politique, en dépit de son apparent pluralisme,soit monopolisé par le régime, cela n’implique pas pour autant que les Burkinabè soutiennent le pouvoir de manière inconditionnelle, que celui-ci ne rencontre aucune résistance dans les consciences ou dans les pratiques. Il y a tout juste 25 ans, Politique africaine invitait à penser le politique « par le bas » 4. En 1998, la revue consacrait un numéro aux phénomènes électoraux en Afriquesubsaharienne, en soulignant toujours l’importance de cette approche « par le bas » 5. Cela reste une nécessité aujourd’hui et le présent numéro entend le montrer, en profitant notamment du « moment » électoral qu’a constitué le scrutin présidentiel de novembre 2005 pour mieux cerner les représentations populaires du pouvoir et l’évolution politique du Burkina Faso. Devant la faiblesse actuelle de...
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