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Pages: 5 (1064 mots) Publié le: 5 novembre 2013
Jean-Jacques ROUSSEAU. Emile (1762): "Les voyages à pied"
Je ne conçois qu'une manière de voyager plus agréable que d'aller à cheval, c'est d'aller à pied. On part à son moment, on s'arrête à sa volonté, on fait tant et si peu d'exercice qu'on veut. On observe tout le pays: on se détourne à droite, à gauche: on examine tout ce qui nous flatte, on s'arrête à tous les points de vue. Aperçois-jeune rivière, je la côtoie:; un bois touffu, je vais sous son ombre; une grotte, je la visite; une carrière, j'examine les minéraux. Partout où je me plais, j'y reste. A l'instant que je m'ennuie, je m'en vais. Je ne dépends ni des chevaux ni du postillon. Je n'ai pas besoin de choisir des chemins tout faits, des routes commodes; je passe partout où un homme peut passer; je vois tout ce qu'unhomme peut voir; et, ne dépendant que de moi-même, je jouis de toute la liberté dont un homme peut jouir.
      Combien de plaisirs différents on rassemble par cette agréable manière de voyager! sans compter la santé qui s'affermit, l'humeur qui s'égaye. J'ai toujours vu ceux qui voyageaient dans de bonnes voitures bien douces, rêveurs, tristes, grondants ou souffrants; et les piétons toujoursgais, légers, et contents de tout. Combien le coeur rit quand on approche du gîte! Combien un repas grossier paraît savoureux! avec quel plaisir on se repose à table! Quel bon sommeil on fait dans un mauvais lit! Quand on ne veut qu'arriver, on peut courir en chaise de poste; mais quand on veut voyager, il faut aller à pied.
Voltaire, Histoire des voyages de Scarmentado écrite par lui-même (1756)Lire la suite sur : http://www.etudes-litteraires.com/voltaire-scarmentado.php#ixzz2S8OLEzBT

La cour était à Séville, les galions étaient arrivés, tout respirait l’abondance et la joie dans la plus belle saison de l’année. Je vis au bout d’une allée d’orangers et de citronniers une espèce de lice immense entourée de
gradins couverts d’étoffes précieuses. Le roi, la reine, les infants, lesinfantes, étaient sous un dais superbe. Vis-à-vis de cette auguste famille était un autre trône, mais plus élevé. Je dis à un de mes compagnons de voyage : « À moins que ce trône ne soit réservé pour Dieu, je ne vois pas à quoi il peut servir. » Ces indiscrètes paroles furent entendues d’un grave Espagnol, et me coûtèrent cher. Cependant je m’imaginais que nous allions voir quelque carrousel ouquelque fête de taureaux, lorsque le grand inquisiteur parut sur ce trône d’où il bénit le roi et le peuple.
Ensuite vint une armée de moines défilant deux à deux, blancs, noirs, gris, chaussés, déchaussés, avec barbe, sans barbe, avec capuchon pointu, et sans capuchon ; puis marchait le bourreau ; puis on voyait au milieu des alguazils et des grands environ quarante personnes couvertes de sacssur lesquels on avait peint des diables et des flammes. C’étaient des juifs qui n’avaient pas voulu renoncer absolument à Moïse, c’étaient des chrétiens qui avaient épousé leurs commères, ou qui n’avaient pas adoré Notre-Dame d’Atocha ; ou qui n’avaient pas voulu se défaire de leur argent comptant en faveur des frères hiéronymites. On chanta dévotement de très belles prières, après quoi on brûla àpetit feu tous les coupables ; de quoi toute la famille royale parut extrêmement édifiée.
Le soir, dans le temps que j’allais me mettre au lit, arrivèrent chez moi deux familiers de l’Inquisition avec la sainte Hermandad : ils m’embrassèrent tendrement, et me menèrent, sans me dire un seul mot, dans un cachot très frais, meublé d’un lit de natte et d’un beau crucifix. Je restai là six semaines,au bout desquelles le révérend père inquisiteur m’envoya prier de venir lui parler : il me serra quelque temps entre ses bras, avec une affection toute paternelle ; il me dit qu’il était sincèrement affligé d’avoir appris que je fusse si mal logé ; mais que tous les appartements de la maison étaient remplis, et qu’une autre fois il espérait que je serais plus à mon aise. Ensuite il me demanda...
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