Faut il etre de son temps ?

Pages: 51 (12599 mots) Publié le: 23 mai 2013
Éditorial
Mettre en question une évidence depuis longtemps et massivement admise, telle semble être une des démarches les plus anciennes de la philosophie, qui trouve ici son application dans la transformation directe de l’affirmation d’un lieu commun en une interrogation : « Faut-il être de son temps ? »
Comme souvent en philosophie, une telle question se décompose en une série de questions.Que signifie par exemple le lien posé ici entre l’impératif et la temporalité ? S’il signifie que nous avons le choix d’être ou de ne pas être de notre temps, il laisse en même temps la possibilité de ne pas être de son temps. Que signifie une telle possibilité ? Et surtout que signifie le fait qu’une telle possibilité, « ne pas être de son temps », ne soit en général pas envisagée, prise encompte, élaborée ? Que signifie l’ordre de ne pas explorer les limites de notre temps, de rester au sein de ses limites ? Ou encore : que signifie le fait que cette question soit une question rhétorique, et que l’appel à la liberté contenu dans l’impératif soit ici plus ou moins fictif ? En premier lieu, le fait que nous soyons toujours en retard, en avance, à côté, en marge du temps, de l’époque,de l’actualité, du présent : s’il faut être de son temps, c’est que nous ne le sommes pas d’emblée, mais si nous ne le sommes pas d’emblée, pourquoi faut-il l’être ? Autrement dit : y a-t-il quelque chose de tel que « son temps », son époque, son présent, qui apparaîtrait comme le terme d’une exigence, tout comme auparavant l’éternité, le salut, la moralité, ou n’y a-t-il rien de tel ?L’obligation d’être intempestif ou inactuel, notamment pour le regard historique, a été soulignée par Nietzsche : plutôt que de voir le passé et l’avenir à partir du présent et de ses valeurs, en étant de son temps, il faut plutôt interroger les valeurs de ce temps, de notre époque, au moyen des valeurs d’autres temps, par exemple mesurer la modernité à l’aune de l’Antiquité. Ce temps-ci n’est ni uneréalité ultime ni une fiction, mais plutôt un temps historique, c’est-à-dire une pluralité de temps. Le caractère historique de notre temps nous laisse le choix entre plusieurs temps : après tout, nous sommes encore un peu du Moyen Âge, de l’Antiquité, ou des Temps modernes.

Or à l’intérieur de notre temps – de notre présent, et sans recourir à des périodes révolues de l’histoire, et donc au passéencore vivant, notre temps est à la fois celui de nos parents et celui de nos enfants, c’est-à-dire la présence simultanée de plusieurs générations en même temps. Suis-je du même temps que mes parents ? Si ceux-ci naissent avec pour horizon historique l’après-guerre, la reconstruction, les Trente Glorieuses, le travail, une certaine libération des mœurs et la mobilité sociale, est-ce le même tempsque celui qui est délimité pour moi par le chômage, la crise économique, l’apparition du sida, l’émergence de l’extrême droite et de nouvelles formes de racisme, ou est-ce le même temps que celui de mes enfants, pour qui les nouvelles technologies de communication, l’essoufflement de la mobilité sociale ou du système scolaire, le « communautarisme », sont la limite du temps présent ? D’unegénération à l’autre, à l’intérieur du même temps, il semble qu’il y ait coexistence de temps différents, incommensurables les uns aux autres ?

En outre, le temps a une structure de « seuil », tourné vers le passé mais aussi vers l’avenir. Descartes appartient-il au temps de la scolastique médiévale ou à celui de la science moderne qui ne se développera vraiment, dans toutes ses conséquences, qu’aprèslui ? Nicolas de Cuse est du même temps que Giordano Bruno, mais le premier est tourné vers le passé de la scolastique, le second vers l’avenir aventureux et scientifique de l’homme.

C’est au traitement de telles questions que les articles qui composent le présent numéro du Mag philo s’emploient : la détermination du temps entre conformité aux représentations sociales et possibilités...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Etre et temps
  • etre et le temps
  • Etre de son temps
  • Faut il être seul pour être soi même
  • Faut-il être seul pour être soi-même ?
  • Faut-il être septique pour être tolérant?
  • faut il etre seul pour etre soi meme
  • Faut-il etre seul pr etre soi

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !