Faut il etre de son temps ?

12599 mots 51 pages
Éditorial
Mettre en question une évidence depuis longtemps et massivement admise, telle semble être une des démarches les plus anciennes de la philosophie, qui trouve ici son application dans la transformation directe de l’affirmation d’un lieu commun en une interrogation : « Faut-il être de son temps ? »
Comme souvent en philosophie, une telle question se décompose en une série de questions.

Que signifie par exemple le lien posé ici entre l’impératif et la temporalité ? S’il signifie que nous avons le choix d’être ou de ne pas être de notre temps, il laisse en même temps la possibilité de ne pas être de son temps. Que signifie une telle possibilité ? Et surtout que signifie le fait qu’une telle possibilité, « ne pas être de son temps », ne soit en général pas envisagée, prise en compte, élaborée ? Que signifie l’ordre de ne pas explorer les limites de notre temps, de rester au sein de ses limites ? Ou encore : que signifie le fait que cette question soit une question rhétorique, et que l’appel à la liberté contenu dans l’impératif soit ici plus ou moins fictif ? En premier lieu, le fait que nous soyons toujours en retard, en avance, à côté, en marge du temps, de l’époque, de l’actualité, du présent : s’il faut être de son temps, c’est que nous ne le sommes pas d’emblée, mais si nous ne le sommes pas d’emblée, pourquoi faut-il l’être ? Autrement dit : y a-t-il quelque chose de tel que « son temps », son époque, son présent, qui apparaîtrait comme le terme d’une exigence, tout comme auparavant l’éternité, le salut, la moralité, ou n’y a-t-il rien de tel ?

L’obligation d’être intempestif ou inactuel, notamment pour le regard historique, a été soulignée par Nietzsche : plutôt que de voir le passé et l’avenir à partir du présent et de ses valeurs, en étant de son temps, il faut plutôt interroger les valeurs de ce temps, de notre époque, au moyen des valeurs d’autres temps, par exemple mesurer la modernité à l’aune de l’Antiquité. Ce temps-ci n’est ni une

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