Francais des jeunes

Pages: 62 (15276 mots) Publié le: 13 mars 2013
La langue des jeunes

« Wesh » (salut, ça va ?), « Wua mortel, une teuf chez oit ? C'est chan-mé bien ! » (traduction approximative : « Tu fais une fête chez toi ? C'est super ! »)… « C'est trop de la balle » (idem)… Bribes de conversation ordinaire entre lycéens ordinaires, saisies au hasard d'un coin de rue d'un quartier plutôt chic de la capitale. Ce « céfran » que parle aujourd'hui lesadolescents surprend souvent leurs parents, qui ont du mal à les comprendre. Opération réussie, puisque s'ils emploient un langage codé, c'est précisément pour exclure les adultes de leur univers. Ce phénomène n'est pas nouveau et le javanais d'après-guerre choquait autant les parents d'alors. Aujourd'hui, le langage des jeunes s'inspire souvent de la langue des cités, mélange de verlan, de termesempruntés à de vieux argots français, ou aux diverses cultures qui cohabitent dans nos cités (lire pages suivantes).

Agressive, grossière, machiste !… Ce ne sont pas les qualificatifs qui manquent pour parler de la langue des jeunes. Popularisée notamment par le rap, il advient qu’elle provoque pincements de nez ou reculs d’horreur. Elle sent le soufre et c’est précisément pour cela qu’elleintrigue, qu’on vient s’y frotter. Cependant, elle ne mérite pas davantage d’être vouée aux gémonies que d’être portée aux nues…
De l’argot à la langue des jeunes
Il fut un temps où l’argot, à l’origine « le jargon du royaume d’Argot », c’est-à-dire la langue des voleurs, était classé dans le « bas », le « mauvais langage ». C’est ainsi qu’un certain Étienne Molard à l’égard duquel la postérité s’estmontrée d’une redoutable ingratitude, commettait, en 1805, un Dictionnaire grammatical du mauvais langage ou Recueil des expressions et des phrases vicieuses usitées en France, et notamment à Lyon. Nous sommes à l’aube d’une époque où fleurissaient des dictionnaires d’argot. L’intention de départ était de mettre en garde les gens du monde contre les voyous[1]. C’est dans les Mémoires de Vidocq,parues en 1827, et dans Les voleurs, publiés en 1837, où l’ex-bagnard devenu chef de la brigade de sûreté de la préfecture de police, consacre à l’étude de l’argot une partie de son livre, qu’Eugène Sue et Victor Hugo puisent copieusement pour faire parler le peuple des bas-fonds. La société se prend alors au jeu. Les bourgeois s’encanaillent en s’initiant à l’argot. On découvre que l’argot offredes trésors qui ne sont pas l’apanage de la langue soutenue. D’éminents linguistes se penchent sur lui et le dissèquent, d’autres relèvent sa créativité. L’intérêt pour le jargon des voleurs s’étend alors à tous les jargons, ceux des métiers comme les bouchers ou les typographes, ceux des écoles dont bien des cocasseries passent dans la langue commune, et ceux des armées, qu’il s’agisse des troupescoloniales ou des poilus de la Grande Guerre.
Ainsi se développe une littérature policière et populaire féconde qui, puisant abondamment dans l’argot et dans toute la gamme des jargons, enrichit le dictionnaire de mots nouveaux : sait-on par exemple que loufoque, que beaucoup utilisent aujourd’hui sans soupçonner le moins du monde son origine jargonesque, vient de la langue des bouchers de laVillette, le largonji des louchebem ? La méthode consiste à remplacer la première lettre du mot par un –l et à la renvoyer à la fin du mot additionnée d’un suffixe fantaisiste : ainsi jargon donne largonji et boucher devient louchebem… Et ceux qui usent du terme laïus par lequel la langue familière désigne un discours long et verbeux, ont-ils jamais songé qu’il s’agissait d’une référence mythologiqueau père du malheureux Œdipe, consignée par le jargon de l’école Polytechnique ?
Le même phénomène se produit aujourd’hui avec la langue des jeunes. D’abord considérée comme une curiosité, elle a pris corps et s’est développée, et elle s’est largement déversée dans le français familier puis dans le français courant. Elle ne peut d’ailleurs renier une certaine filiation avec l’argot classique,...
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