Le moraingy

Pages: 6 (1333 mots) Publié le: 23 juillet 2014
LE MORAINGY
Nous nous proposons de montrer comment le corps est fabriqué par des normes collectives, elles-mêmes produites par la civilisation, normes qui changent et évoluent d’un siècle à l’autre. Au total, l’approche réussit à montrer qu’à la croisée de l’enveloppe individualisée et de l’expérience sociale, comme réceptacle et comme acteur, le corps est au cœur de la dynamiqueculturelle. La culture, les croyances, les normes s’inscrivent sur et dans le corps, entité naturelle et réelle, le dressent, le modèlent, le socialisent. Cela se voit dans la pratique du moraingy.
Le moraingy est non seulement un jeu ancestral mais c'est également une culture populaire traditionnelle que l'on pratique jusqu'à maintenant. Il est le moyen que les gens utilisent pour affermir leurpersonnalité, leur prestige, d'où l’apanage et la motivation générale dans la participation à ce jeu. Il est pratiqué dans un esprit de loyauté et de respect mutuel : « sans rancune ni dispute ». C’est en quelque sorte une éducation physique traditionnelle, c’est-à-dire servant de moyen d’éducation des jeunes à partir des valeurs et du sentiment d’appartenance à une même identité culturelle, en bref, uneécole de la vie dans laquelle les jeunes apprennent à affronter des obstacles, à résoudre des problèmes par eux-mêmes sans les aides parentales comme le dit l’adage « ady lahy ny fiainana », la vie est une lutte acharnée.
Par ailleurs, la pratique du moraingy implique un fonctionnement interactif de la vie de groupe au sein de la communauté villageoise et assure sa cohésion. Ainsi, au-delà de laperformance, de la victoire, le jeu du moraingy  apparaît comme un apprentissage, en temps réel, des règles de vie dans la collectivité traditionnelle. Les supporters s’invitent automatiquement à relever celui qui est vaincu.
On peut y trouver les trois niveaux d’action sur le corps :
Les pratiques de ritualisation par le marquage du corps car le moraingy marque la jeunesse et celui qui nepratique pas est considéré comme un faible qui est une charge pour la société.
Les pratiques de perpétuation par l’entretien du corps ; il faut entretenir ce corps pour obtenir le bien-être : la force et la santé pour se subvenir.
Les pratiques de mise en jeu du corps en produisant les activités nécessaires car utiles à la vie (aspect utilitaire des gestes) et les pratiques sportives quiconstituent un divertissement, un délassement et une formation de la personnalité.
Il est vrai que les combats de moraingy, comme toute activité physique traditionnelle, recèlent tout un potentiel de violence, du fait de la pauvreté des règles qui les régissent, mais comme le système traditionnel s’agence autour de la vie religieuse, les gens imbus du sens du fihavanana se respectent au nom des razana  etdes  zanahary. Ce qui fait la différence entre la violence présente dans les sports modernes, dans les stades, et les activités de combat traditionnel qui se déroulent dans des endroits convenus et en plein air. La pratique du moraingy, même si elle engendre parfois les déchaînements passionnels les plus intenses, reste une culture pour tester la virilité, la force et le courage, car dans lasociété traditionnelle, il n’y a pas de place pour les faibles et les peureux.
Les malgaches en général et les sakalava en particulier, ont besoin des forces physiques et morales pour se subvenir à eux-mêmes et à leur famille. C’est pour cela qu’ils cherchent toujours à pérenniser la vigueur de sa descendance.
La pratique du moraingy est un fait social dans une communauté villageoise et s’effectuetoujours selon un code ancestral qui intègre une autre dimension socio culturelle qu’est la pratique du fanafody gasy. La pratique du moraingy est ainsi inséparable des rites qui renferment l’idée de bénédiction, de demande d’un sort meilleur pour le lutteur et l’ombiasa y tient une grande place. Consulté, celui-ci interroge les divinités par l’intermédiaire du sikidy sur le sort qui attend...
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