Lesage, turcaret, acte2,scène4

1158 mots 5 pages
Lesage, Turcaret (1709) Acte II, scène 4. "Un innocent très effronté"
INTRODUCTION

Le public a apprécié, dans les scènes précédentes, les talents de Frontin. Missionné par son maître le chevalier, il a menti à la Baronne dans le but de lui soutirer de l’argent (Acte. I, Sc.2), soutenu le renvoi de Marine (Acte.I, Sc.8) et se retrouve ici face à Turcaret : la Baronne a en effet eu l’idée de le " donner " (c’est son mot) au traitant pour remplacer Flamand, son ancien laquais un peu naïf. C’est une façon a priori rusée d’avancer ses pions dans l’intérêt de voler Turcaret. Mais Frontin n’est pas un pion : il fait preuve d’un vrai talent de comédien, face à un Turcaret. Le face-à-face du maître suspicieux et du valet naïf : en embauchant Frontin, Turcaret signe sa ruine!
I - Le numéro du valet
A. La comédie de l’innocence
C’est le numéro préféré des valets car il permet d’écarter tous les soupçons et de « travailler » tranquillement. Frontin est d’ailleurs très crédible en niais. On remarque qu’il parle peu (rare, chez lui), que sa première réplique est tardive et interrogative et qu’il appui son ignorance : « pas encore » (l.15), « j’apprendrai » (l.16), « c’est ce mot-là que je cherchais » (l.29). De même, il mime la bonne volonté d’un commis impatient de travailler : « j’apprendrai cela fort facilement » (l.16), « Oh oui, monsieur, je sais même faire... » (l.29). Le tout ponctué de marques de déférence dont l’effet comique va croissant : " monsieur " (présent dans 3 répliques sur 7), dans la bouche de Frontin, a presque valeur d’antiphrase ironique.
(Antiphrase = dire le contraire de ce que l’on pense.)
B. Une insolence bien réelle
L’attitude humble de Frontin va en contresens avec le contenu de certaines de ses répliques, qui sont irrespectueuses et prouvent l’idiotie de son " nouveau maître " : ces mots à double entente sont destinés à la Baronne et au public qui sont du côté du valet dans cette scène. On relève déjà l’ambiguïté de l’expression

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