Littérature et science

Pages: 5 (1078 mots) Publié le: 9 décembre 2010
Il semble aujourd’hui établi que Science et Littérature constituent deux champs culturels distincts. Formation littéraire et formation scientifique se constituent en filières étanches. On est scientifique ou bien on est littéraire. Qu’en pensez-vous ? Je ne suis pas absolument certain que Science et Littérature constituent deux champs culturels aussi distincts que cela. Il me semble, aucontraire, que ces deux « cultures » tissent en permanence, dans l’histoire, des liens complexes : elles s’épient, se surveillent, s’imitent, s’empruntent des images, s’échangent des questions, font glisser leurs métaphores réciproques d’un champ dans un autre, dévoient, déforment, rattrapent chacune au vol, pour les utiliser de manière imprévue, des concepts forgés par l’autre. Tout se passe comme si leurdifférence n’était entretenue que pour mieux faciliter une sorte de fécondation réciproque. Mais, en contrebande, si l’on me permet cette expression. Officiellement, elles témoignent chacune pour l’autre d’un respect distant, s’observent comme des personnages de cour, se congratulent en d’académiques discours officiels : « Je vous en prie… Je ne suis pas digne…. Moi qui ne suis pas unscientifique… Moi qui n’ai pas la finesse d’un littéraire… Bla…bla… bla… ». En réalité, elles se pincent sous la table, s’arrachent subrepticement une boucle de cheveu dont elles font un porte-bonheur, s’échangent des clins d’œil coquins avant de reprendre la pause… Et reviennent chacune, le lendemain, en ayant modifié, dans leur langage, dans leur comportement, un « je-ne-sais-quoi », comme disait VladimirJankélévitch, qui change tout. La difficulté est que, dans l’environnement intellectuel qui est le nôtre, il faut quand même, pour jouer à ce jeu, que ces deux cultures puissent régulièrement s’assurer de leur identité. Pour pouvoir emprunter, il leur faut disposer d’un « système intégrateur » assez stabilisé afin de ne pas être menacé par l’autre. D’où la débauche épistémologique de la modernitéqui n’en finit pas de chercher des frontières, de tracer des contours, de délimiter des territoires. D’où, aussi, la religiosité, les églises et les dogmes, les « monsignori » et les féodalités de toutes sortes, les querelles de clochers et les systèmes d’allégeance : histoire de se réassurer, d’être inscrit quelque part, situé, identifiable, reconnu. Ne pas être pris pour quelqu’un d’autre. Etrequelqu’un. Un « vrai » scientifique. Un « vrai » littéraire. Encarté, spécialisé, incontesté. Quelqu’un qui pourra se permettre ensuite – mais ensuite seulement - quelques fantaisies : une métaphore poétique pour évoquer un phénomène astronomique. Une allusion mathématique pour décrire la structure d’un texte. Pas grand chose. Un écart à la norme nécessaire pour qui veut faire preuved’originalité. Un respect des convenances suffisant pour ne pas risquer de devenir un paria, sans domicile disciplinaire fixe, sans légitimité quelconque. C’est alors que ce qui aurait pu être simplement une sorte d’hygiène intellectuelle minimale, un « principe régulateur » de l’activité de l’esprit, une manière de s’astreindre régulièrement à une ascèse disciplinaire, pour mieux explorer, ensuite, des cheminsfrontaliers et découvrir des territoires inconnus, devient un système qui verrouille, enferme, circonscrit l’individu dans un domaine où il est labellisé… et lui interdit ainsi le moindre vagabondage créatif. Les formations « scientifique » et « littéraire » se recroquevillent ainsi sur elles-mêmes et produisent des spécialistes assignés plus que jamais à la « reproduction ». Au lieu de quoi onpourrait imaginer des configurations originales : une majeure, pour la formation de l’esprit, la discipline de l’intelligence, l’acquisition de l’exigence qui apprend à éviter le moindre faux pas, à traquer la plus petite approximation. Et une mineure, pour ne pas être effrayé par la perspective d’un métissage, pour savoir accueillir l’imprévu, pour envisager – ne serait-ce qu’un moment – la...
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