Philosophia

Pages: 8 (1908 mots) Publié le: 15 octobre 2012
Problématiques générales du thème
La fascination des sociétés contemporaines pour leur passé, lisible dans l’extension de la patrimonialisation de ses vestiges, est sans doute liée à l’accélération des mutations qu’elles connaissent. Elle s’exprime dans la place que le patrimoine et les mémoires prennent dans l’espace public. Cette place témoigne du « présentisme » que François Hartog pense liredans l’abandon de la conception d’un passé éclairant l’avenir au profit de son instrumentalisation notamment au service des émotions du présent. Pour des élèves de terminale qui sont destinés à l’enseignement supérieur et qui suivent parallèlement un enseignement de philosophie, l’étude du regard de l’historien sur le patrimoine et les mémoires est l’occasion d’une fructueuse réflexion surl’apport de la démarche historique à la construction de l’esprit critique.
Les processus de patrimonialisation et de mémorialisation sont parents. Ils consistent dans l’attribution d’une valeur contemporaine à une sélection de traces matérielles ou immatérielles du passé : monuments, objets, pratiques culturelles, souvenirs... Cette valeur est attribuée dans le cadre d’un jeu d’échelles qui part del’individu (la mémoire personnelle et familiale, les objets et rites du passé de chacun) pour atteindre l’humanité entière (patrimoine mondial ; mémoire des grands faits, notamment criminels), en passant par toutes les échelles des groupes constitués autour d’une identité ou d’un projet (groupes des héritiers d’un passé, groupes ethniques, groupes politiques, groupes nationaux...). Cette attribution aceci de commun avec l’histoire qu’elle construit des récits. Lorsque l’un de ces récits est porté par un groupe suffisamment puissant et légitime aux yeux de l’opinion publique, il devient interpellateur sous la forme du « devoir de conservation » et du « devoir de mémoire ». Son objet peut alors devenir institutionnel (inscription au patrimoine, entrée d’une mémoire à l’école, inscription au grandlivre des célébrations nationales...). Cette double nature de témoin et de récit du passé entretient la confusion avec l’histoire, elle-même récit du passé, mais récit élaboré sur d’autres fondements que les mémoires et avec d’autres finalités que la conservation patrimoniale. Pour reprendre et étendre une distinction de Pierre Nora, mémoires et patrimoine relèvent fondamentalement de lasubjectivité, c'est-à-dire de leur détermination par les sujets qui les conçoivent. La démarche de l’historien, quant à elle, est déterminée par une volonté d’objectivité et elle relève d’un processus de vérité, même si celle-ci est contingente et provisoire, relative aux sources, aux temps et à la posture de l’historien. Comme telle, elle contient la possibilité de son évolution, voire de sa réfutation.C’est à cette condition qu’elle est scientifique.
Si le patrimoine, sujet moins polémique que celui des mémoires, n’a pas eu l’honneur de la même réflexion épistémologique, l’un et l’autre sont rattachés aux groupes qui les élaborent ou les reconnaissent. Une mémoire sert les intérêts, matériels ou symboliques d’un groupe, étant entendu que ces intérêts peuvent être tout à fait légitimes, comme lesont ceux des victimes des grands crimes du passé. Un patrimoine est toujours celui de quelqu’un, individu ou groupe social qui le pourvoit d’une valeur. Rome et Jérusalem n’ont « un » patrimoine que si l’on prend ces trois villes pour des êtres historiques, mais ce sont plutôt des patrimoines que ces trois villes majeures présentent à l’analyse de l’historien.
Une société démocratique ne peut pasen rester à un rapport simplement patrimonial et mémoriel à son passé. Elle se doit de le regarder en face. Et pour cela, le travail de l’historien lui est indispensable.
* Problématiques 
Cette question est nouvelle dans les programmes d’enseignement au lycée, mais elle s’inscrit dans une réflexion historiographique riche et déjà ancienne, réponse à de fortes options prises par les...
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