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Pages: 18 (4419 mots) Publié le: 7 octobre 2012
En vue du séminaire de lecture du mardi 7 février 2012 au LieuDit, nous reproduisons ici avec l’aimable autorisation des éditions Lignes un court extrait du Réveil de l’histoire d’Alain Badiou (pages 76 à 81).
On lira également à profit, ci-dessous, une tribune dans Le Monde et une autre dans Libération.

Alain Badiou :

LE RÉVEIL DE L’HISTOIRE (Circonstances, 6) Paris, Nov. 2011.
« De mêmeque les révolutions de 1848, au-delà de leurs échecs circonstanciels, ont sonné pour un siècle et demi le retour de la pensée et de l’action révolutionnaires, de même les soulèvements en cours dans le monde arabe, au-delà des replâtrages que va tenter de leur imposer la « communauté internationale », sonnent, à l’échelle mondiale, le retour de la pensée et de l’action des politiquesémancipatrices. » Extrait…. (page 76) (…) Au fond, nos gouvernants et nos médias dominants ont proposé une interprétation simple des émeutes dans le monde arabe : ce qui s’est exprimé là est ce qu’on pourrait appeler un désir d’Occident. Un désir de «bénéficier» de tout ce dont nous, repus somnolents des pays nantis, «bénéficions» déjà. Un désir d’être enfin intégrés au «monde civilisé» que les Occidentaux,indécrottables descendants de colons racistes, sont si certains de représenter qu’ils montent des «tribunaux» internationaux pour juger quiconque affirme d’autres valeurs – certes parfois en effet peu recommandables –, ou fait seulement mine de secouer la pesante tutelle de la «communauté internationale» – certes parfois de façon purement intéressée. Ce faisant, les Occidentaux drapés dans le manteaudu Droit oublient que leur prétendu pouvoir de dire le Bien n’est que le nom modernisé de l’interventionnisme impérial. Tout mouvement de masse est à coup sûr une demande pressante de libération. Au regard de régimes aussi despotiques, corrompus et asservis aux désirs impériaux que ceux de Ben Ali et de Moubarak, une telle demande est on ne peut plus légitime. Que ce désir comme tel soit un désird’Occident est infiniment plus problématique.

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Il faut rappeler que l’Occident comme puissance n’a jusqu’à présent donné aucune preuve qu’il se souciait de quelque façon que ce soit d’organiser la liberté dans les endroits où il intervient, souvent par les armes. Ce qui compte pour nos «civilisés» c’est : «Marchez-vous ou non avec nous ? », en donnant à l’expression «marcher avec nous» lasignification d’une intériorité servile à l’économie de marché planétaire, organisée dans les pays en cause par un personnel corrompu, en collaboration étroite avec une police et une armée contrerévolutionnaires, formées, armées et encadrées par des officiers, des agents secrets et des trafiquants bien de chez nous. Des «pays amis» comme l’Arabie saoudite, le Pakistan, le Nigeria, le Mexique, etbien d’autres, sont tout aussi despotiques et corrompus, sinon bien plus encore, que ne l’étaient la Tunisie de Ben Ali ou l’Égypte de Moubarak, mais on n’entend guère s’exprimer à ce sujet ceux qui sont apparus, à l’occasion des événements de Tunisie ou d’Égypte, comme d’ardents défenseurs de toutes les émeutes en faveur de la liberté. On sent bien que nos États préfèrent le ferme calme garantipar les despotes amis à l’incertitude des émeutes. Mais dès lors que l’émeute se laisse interpréter comme, et encore mieux finit par être, un désir d’Occident, politiques et médias de chez nous lui feront bon accueil. Cependant, cette issue n’est pas assurée. Le fait même que Français et Anglais en soient venus, en Libye, à inventer purement et simplement, sous l’opportun porte-voix de Bernard-HenriLévy, des «rebelles» de bric et de broc – dont les seuls vraiment efficaces se sont avérés être des anciens d’Al Quaida, imaginez le paradoxe ! – mais tous pour le moment à la botte (la Libye est bien le seul endroit du monde où des gens ont l’idée saugrenue de crier «vive Sarkozy»), à les armer, à les encadrer, et à leur assurer l’appui-feu de leurs aviations, montre à quel point, en...
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