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Pages: 10 (4111 mots) Publié le: 17 mai 2015
« L’utopie contre le luxe et le commerce :
l’exemple de la rhétorique de George Ellis dans New Britain, 1820. »

Alexandra Sippel,
Doctorante sous la direction de M. Jacques Carré.
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)


Introduction.
L’utopie en tant que genre littéraire célébrant les institutions parfaites d’un lieu secret et inaccessible apparaît tout juste vingt années après ladécouverte des Amériques par Christophe Colomb : c’est en 1516 que Thomas More fait paraître en latin son Utopiai - comme si, après 1492, il fallait se réfugier dans la littérature pour trouver un monde vraiment hors de portée des navigateurs européens, avides de commercer avec toutes les régions du monde, d’en exploiter les richesses, et d’y vendre leurs propres produits – avant d’y étendre leurempire.
Le genre utopique s’enracine par ailleurs profondément dans la tradition humaniste, elle-même largement héritière de l’Antiquité : le modèle de Sparte, sous la stricte férule de Lycurgue, rappelait que la virtus d’un peuple trouvait sa source dans le courage et la tempérance, ce qui interdisait toute accumulation de biens de consommation superflus et, par voie de conséquence, leur échangemercantile à but lucratif. Les humanistes, dont Thomas More et son grand ami Erasme étaient deux figures essentielles, ont repris à leur compte ces idéaux ascétiques : dans l’Utopia déjà, l’opposition au luxe et au commerce corrupteur apparaît, comme une mise en musique de la rhétorique érasmienne déployée dans l’Eloge de la Folie de 1509 où l’humaniste de Rotterdam confie à la Folie le rôle d’apologuedu luxe et des marchands dont l’objectif est d’accumuler des fortunes purement financières. L’influence d’Erasme sur l’intérêt renouvelé à la Renaissance pour l’art rhétorique se manifeste dans les exercices prescrits aux élèves sous l’ère élisabéthaine : faire parler la Folie pour faire l’éloge des vices était constituait un exercice récurrent de rhétorique.
A mesure que l’emprise desnavigateurs et des marchands s’accroît à travers le monde, le commerce et l’économie deviennent objets d’étude, et démontrent l’heureuse influence du commerce des biens superflus. De scandaleuse au début du XVIIIe siècle, l’apologie du luxe faite par Bernard Mandeville dans sa Fable des Abeilles (1714) devient scientifique avec la théorie de la main invisible d’Adam Smith dans son Enquête sur les Origineset les Causes de la Richesse des Nations (1776). Entre temps, les philosophes britanniques et français, et Montesquieu en particulier, se sont attachés à défendre le commerce, le « doux commerce », comme vecteur de civilisation et de tolérance entre tous les peuples du monde.
L’utopie du long XVIIIe siècle, pourtant, s’inscrit toujours dans la tradition humaniste et New Britain, publiée en 1820,ne fait pas exceptionii. Ce texte peu connu, à l’auteur également peu connu, présente pourtant toutes les figures de rhétorique traditionnelles employées dans le genre utopique pour condamner la quête effrénée de distinction au travers de l’acquisition de biens luxueux, caractéristique essentielle des peuples européens corrompus. Quand il prend la plume pour décrire la république idéale dissimuléeentre des falaises et prospérant dans les plaines américaines du Missouri, Ellis ne dit pas autre chose qu’Erasme : il faut être fou pour placer l’honneur et la vertu d’une nation dans ses réussites commerciales et dans l’accumulation de richesses financières.
Je me propose donc, dans cet article, de montrer comment la rhétorique de George Ellis dans New Britain témoigne de son oppositionviscérale aux arguments avancés par les disciples de l’économie du libre-échange tout au long de la période moderne.
Dans un premier temps, je montrerai que les codes du genre utopique sont un outil rhétorique dont l’objectif est déjà de rendre le lecteur attentif et bienveillant à l’égard des personnages qui habitent ces lieux idéaux. Je m’attacherai ensuite à détailler plus avant les méthodes...
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