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Ballades françaises

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Résumé

Recueil de poèmes répartis en plusieurs dizaines de volumes, les Ballades françaises sont publiées entre 1896 et 1958. C’est la première série publiée en 1897 qui a donné son nom à l’ensemble de l’œuvre de Paul Fort qui est à la fois poète, prosateur et dramaturge. À l’intérieur de cette production littéraire riche, l’auteur passe d’un thème à l’autre, présente la nature dans sa beauté et sa diversité ou met en scène des personnages tirés de la mythologie.

Les Ballades françaises de Paul Fort sont un assortiment de poèmes d’inspiration populaire et de poèmes du folklore, dans lesquels fraternité et bonne humeur sont souvent présents : « Le bonheur est dans le pré. / Cours-y vite, cours-y vite ! / Le bonheur est dans le pré. / Cours-y vite. Il va filer ! »(« Le Bonheur »). Ainsi, rondes et aubades, romances et berceuses, complaintes d’amour, chansons de fêtes apparaissent tout au long de l’œuvre à l’exemple de cette ballade : « Si toutes les filles du monde voulaient s’donner la main / Tout autour de la mer elles pourraient faire une ronde / Si tous les gars du monde voulaient bien êtr’ marins / Ils feraient avec leurs barques un joli pont sur Tonde »(« L’Amour marin »).

Le goût de Paul Fort pour le folklore le rend nostalgique et le porte vers le Moyen Âge dont il met en évidence les contrastes : « ô moyen âge, en tes vieux livres, pour l’enfant triste et sans courage, et nostalgiques, oh ! De quelle attirance, tes Phosphorescences, du fond de tes livres, pour l’âme triste dès l’enfance ! Tes lueurs pâles et tristes au fond de tes livres, qui m’ont à moi, mes nerfs, comme ravis ! / Tes lueurs tristes, ô nostalgique, comme d’un pays sombre où l’on aurait souffert –  souffert trop doux ou trop tragique – à mendier, la nuit, sous les palais en fête, un peu de ces reflets qui colorent les vitres, un peu de cet or pâle qui pénètre la nuit. »

Dans Le Roman de Louis XI qui constitue le tome V de son œuvre, Paul Fort s’attèle à donner un contour attrayant à une figure de l’histoire, Louis XI. Paul Fort parvient à le rendre attachant malgré le cynisme du personnage qui est à la fois un roi absolu et « un marchand filou ». Si le personnage de Louis XI est seulement ébauché dans la première série, le roman éponyme mettra en exergue les multiples facettes de Louis XI : « À douces journées, mon doux petit Louis XI fit le voyage de Nantes à son petit Plessis : fin et noir, souple et doux, sur sa jument orange, tantôt petit Louis XI à l’aube matinale, humant l’odeur des foins dans le vent de rosée ; tantôt sur la route blanche et sifflant aux alouettes, au bord des prés qui tintent sous le ciel de midi […] ». Louis XI devient aussi un homme qui croule sous le poids de l’âge : « Il fallait bien finir, j’étais trop vieux, trop fou, alors rien n’allait plus, et puis j’avais trop froid, enfin j’étais trop vieux, ­­– le peuple a mis le feu. »L’auteur donne à voir une déclinaison profonde et touchante du chagrin quand Louis XI apprend la mort de son fils. La population est quant à elle dépeinte comme stupide et d’une profonde ignorance.

  Dans ses poèmes, Paul Fort sacralise la nature et exprime la communion de l’homme avec son environnement. Le poète montre ainsi un véritable attrait pour la nature harmonieuse : « Cher calme ! Que cet enchantement grave et doux me captive… Je vois se dessiner sur le ciel azuré la cigogne, blanche et noire, en haut du peuplier… »(« Charmes du vallon »).

« L’Hymne de la nuit »est une peinture de la beauté du paysage dans l’obscurité de la nuit. Pour l’auteur, l’univers terrestre et l’univers céleste sont indissociables et leur contemplation incite à la méditation : « l’ombre, comme un parfum, s’exhale des montagnes, et le silence est tel que l’on croirait mourir. On entendrait, ce soir, le rayon d’une étoile remonter en tremblant le courant du zéphyr. Contemple. Sous ton front que tes yeux soient la source qui charme de reflets ses rives dans sa course ».

Les Hymnes de Feu, le tome VII des Ballades, exaltent les astres tels le soleil, la lune et les étoiles, qui offrent  un spectacle saisissant de l’aube jusqu’à la nuit. L’harmonie de la mer, de l’orage, y est acclamée. La beauté et l’harmonie de la nature contrastent avec la discordance d’une humanité minée par ladversité. Paul Fort exprime aussi ce contraste au travers de « L’Écureuil ». Il se sert de ce petit animal vif et beau, gai et alerte, pour faire ressortir la tristesse dans laquelle la guerre plonge les hommes. La finalité du poème est de montrer que « Les hommes sont des fous qui manquent de gaîté […] Les hommes sont des fous et pour l’éternité ». Le poète déplore les méfaits et la cruauté des hommes à travers la description de soldats qui rentrent de guerre : « Quand ils sont revenus chez eux, avaient le chef tout saigneux, / avaient le cœur entre les dents, et les rigoles avaient leur sang »(« Complainte des soldats »).

Les Ballades Françaises donnent à Paul Fort l’occasion d’exprimer des sentiments profonds et pleins de mélancolie : « L’herbe de la prairie, où glissait For de l’air, soulevait des vapeurs et grisait mon émoi ; […] Que les couchants sont doux à l’âme douloureuse, et qu’il est bon de s’attendrir avec le jour ! ».Ses poèmes affirment aussi son respect pour la vie et son rêve d’unir l’humanité dans un parfait lien d’amour, puisque tous les hommes sont mortels : « Faisons de nos cœurs un seul cœur, puisqu’il est prêt à les manger. / Le tigre va bondir, l’agile ! Ouvrant les crocs blancs de la Mort. / Nos deux corps seront plus faciles à croquer, formant un seul mort ».

Dans « Paris sentimental »,Paul Fort se met à une poésie intime où « les pigeons s’aiment d’amour tendre ». La jeunesse ardente et insouciante du jeune étudiant y transparaît dans ses gaies et folles aventures, mais aussi dans ses peines de cœur. Il exprime son amour juvénile alors qu’il attend sa « nouvelle Manon ». Aussi ne peut-il  s’empêcher de s’exclamer :  « Oh ! Je suis heureux, dans ce délice de l’attendre. Je suis gai, fou, amoureux ! / […] Je monte sur les bancs couleur d’espérance, ou bien je fais de l’équilibre / […] sur les arceaux du parterre, devant la statue de Voltaire. Vive tout ! vive moi ! vive la France ! ».

L’amour est partout présent dans les Ballades françaises, comme par exemple dans « L’Amour marin », où Paul Fort décrit l’amour d’un matelot qui n’a pas su se contenter d’une femme mais en a aimé trois. Pris de remords, il se lamente auprès de sa mère : « Je viens reposer mon front sur toi, ma mère ! / J’ai aimé trois femmes, paraît qu’ j’ai fauté / J’ai aimé trois femmes pour m’y satisfaire / Et pour satisfaire un cœur plein d’péchés / J’les aimais ensemble, c’est là ma douleur ».

Les Idylles antiques ramènent le lecteur vers le monde de la mythologie dans lequel les personnages s’aiment d’un amour fou, irrépressible : « Hercule t’aime. Omphale et de toute sa chair ! Laisse toucher en toi ce qui n’est pas de pierre »(« Hercule et Omphale »). L’auteur évoque aussi les couples dans la forêt, leurs petits gestes attentionnés et la nature qui semble elle aussi sous le charme : « des zéphyrs chantaient, dans l’heure paresseuse, le printemps étendu sur la terre amoureuse ». Batifolages et amourettes sont décrits dans « Lucienne » :« Au risque de froisser les règles de la grammaire, tantôt je vous dis vous, tantôt je vous dis tu. Je t’aime, car VOUS m’aimez, laissez-moi t’embrasser. Cela dépend de vos manières. Cela dépend de tes manières. Et quand vous me brisez le cœur, ma bien-aimée, de ton mystérieux sourire – je saute par-dessus la syntaxe. »

Paul Fort parle avec mélancolie et tristesse de la mort qui s’invite partout. Il décrit l’impuissance de l’homme face à cette échéance. L’auteur dit par exemple que « Dédaigneuse, la mort s’assied à mon feu, elle attend mon heure, et sa tour d’osselets, rangée sur ma chaise, brille aux yeux des braises comme un plant de fraises. Sur ses genoux elle berce un vivant joujou, qui reluit et cligne et lui fait les yeux doux […] Sans le faire exprès, un petit coup discret du joli joujou me déloge la vie »(« La Mort en visite »).

Dans « La Complainte du petit cheval blanc », la mort est encore présente. Celle-ci frappe les hommes trop tôt, alors qu’ils ont encore tant de choses à vivre et à accomplir. Il trace ici un parallèle entre le petit cheval, symbole de l’espoir, et Jésus-Christ. Le petit cheval meurt avant d’avoir pu mener les hommes vers la liberté ou le paradis : « Le petit cheval dans le mauvais temps, qu’il avait donc du courage ! / C’était un petit cheval blanc, tous derrière et lui devant / […] Il est mort par un éclair blanc, tous derrière et lui devant / Il est mort sans voir le beau temps, qu’il avait donc du courage ! ».

Mais dans les Ballades Françaises, Paul Fort donne aussi vie à des personnages drôles et hauts en couleur, tel « Coxcomb ou lHomme tout nu tombé du paradis ». Né d’un souffle de Dieu, Coxcomb réunit dans son corps pas moins de sept âmes, ce qui ne l’empêche pas d’être maladroit et de faire au ciel la joie des anges avant de faire sur terre le désespoir des gendarmes.

L’œuvre de Paul Fort est considérable et riche. L’auteur passe aisément de la poésie à la prose avec le même talent. Résumer une telle œuvre ne revient par conséquent qu’à l’effleurer.

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