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Carnets

par

Résumé

Auteur français né en 1913 et mort en 1960,
Albert Camus a laissé une œuvre composée de romans, de récits biographiques, de
pièces de théâtre et d’essais qui fut couronnée par le prix Nobel de
littérature en 1957. Ses Carnets rassemblent des notes prises à partir
de 1935 jusqu’à sa mort en 1959. Ils furent publiés en trois tomes à titre
posthume en 1962. Ils contiennent une suite de morceaux de textes hétéroclites
– des anecdotes de son quotidien, des plans de travail pour des romans, des
échanges dialogués retranscrits, des pensées personnelles, des citations, etc. –
qui sont souvent uniquement reliés par la proximité de leur datation, chaque
tome étant découpés en trois « Cahiers » eux-mêmes divisés en parties
qui suivent l’ordre des mois de l’année sans régularité. Enfin le texte est
séparé en paragraphes parfois datés du jour qu’ils concernent.

 

Le premier volume, Carnet I, a été
dactylographié par Camus lui-même et retrace la période allant de mai 1935 à
février 1942. L’auteur y livre des évocations des débuts de sa vie, les années
de misère qu’il a connues et la nostalgie qu’il peut avoir de cette époque.

Le premier cahier s’étend de mai 1935 au 15
septembre 1937. Il s’ouvre sur des notes concernant la rédaction d’une partie
d’un essai, L’Envers et l’Endroit, et accorde peu de place aux
souvenirs. Ces notes datées de mai 1935 sont immédiatement suivies par des
notes datées de janvier 1936, ce qui montre bien la structure lacunaire mais
chronologique de ces Carnets. Il revient sur son travail sur La mort
heureuse ; les
allusions à cette œuvre parsèment ce premier cahier jusqu’en 1937. Ses ébauches
d’œuvres alors en cours d’écriture sont souvent entrecoupées de réflexions sur
son travail de rédaction que les paysages et événements de son quotidien lui
inspirent. En 1937 il rédige le plan de Caligula et commente brièvement
son voyage en Europe, de Lyon à Vienne. Il décrit ensuite des villes, notamment
Paris (en août 1937), et achève ce premier cahier à Florence.

Le second cahier poursuit sur des notes
préparant La mort heureuse, jusqu’en décembre, où Camus s’accorde de
longues réflexions sur ses états d’âme qui préfigurent parfois ses futures
œuvres. On trouve de plus en plus de fragments de texte qui serviront pour L’Étranger,
puis d’autres qui serviront pour La peste apparaissent à partir de
décembre 1938. Enfin il évoque sa vie à Oran en 1939.

Le troisième cahier débute en avril 1939.
Camus continue à raconter sa vie en Algérie, avant de consacrer l’essentiel de
ses notes à la guerre de 39-45, qui le plonge dans de longues réflexions sur la
condition humaine. En mars 1940, Camus écrit dans ses notes sa vision de Paris,
plus pessimiste qu’autrefois, puis termine L’Étranger en mai. En
janvier  il est de retour à Oran où il
continue d’écrire La peste.

 

Carnet II couvre la période de 1942 à 1951 et repose aussi sur
une version dactylographiée mais que Camus n’avait pas relue.

Dans la cahier IV, Camus se penche sur de
grands auteurs tels que Gide, Stendhal, Balzac, Proust ; on retrouve des
fragments qui serviront à composer Le Malentendu. Il adjoint également
quelques mini-nouvelles à son cahier : Psychose de l’arrestation, Le
Grand-Père
, Valence, La Justice. Le 11 novembre 1942 le
débarquement allié en Afrique du Nord coupe Camus de son pays et des siens. En
1943 il entre chez Gallimard et travaille plus que jamais à la rédaction de La
peste
, tout en insérant dans ses notes des passages liés à la métaphysique
dont notamment plusieurs citations de Nietzsche. Jusqu’au 30 juin 1945 il continue
son travail sur La peste en le mêlant à un essai sur la révolte.

Dans son Ve cahier, Camus entame
une série de digressions philosophiques sur la liberté et la révolution, qui
l’amène à l’étude d’un « roman-justice » : il en écrit le plan
où il est question de guerre et de religion. Plusieurs paragraphes épars dans
ses notes sont surmontés du sous-titre « Esthétique de la
révolution », montrant une organisation de réflexions philosophiques
autour de la révolte sociale à grande échelle et de la révolution psychologique
intérieure. Dans le climat d’après-guerre, en 1946, alors âgé de trente-trois
ans, il est marqué par le suicide de son ami Jean Rigaut et évoque sa tristesse
morale et ses ennuis physiques. En juin 1947 Camus retourne en Haute-Loire et note :
« merveilleuse journée ».

Son VIe cahier prend en compte les
mois d’avril 1948 à mars 1950. Sa lecture de nombreuses œuvres russes
lui permet d’imaginer et de rédiger Les Justes. En octobre 1949 il
rédige la préface de son futur essai L’Envers et l’Endroit. Il évoque la
nouvelle Le Bûcher et la pièce L’Inquisition à Cadix – qui deviendra L’État de siège – et
pense à écrire un roman sur l’amour. En 1950 il termine Le Mythe de Sisyphe.
Un court paragraphe daté du 7 mars 1951 signale la fin de la rédaction de L’Homme
révolté
et conclut ce deuxième tome des Carnets.

 

Le dernier volume des Carnets, Carnet
III
, est quant à lui déchiffré des notes de Camus et publié par Catherine
Camus. Il retrace la période de 1951 à sa mort en 1959.

Dans le Cahier VII, Camus continue d’explorer
de grands auteurs tels que Wilde ou Mauriac et de rédiger dans ses notes des
passages entiers de romans à l’état de projets. Suite à la réédition de L’Envers
et l’Endroit
, Camus revient sur cet ouvrage et en rédige une préface. Le 28
février 1952 il vante la magnificence du Brésil, et y reviendra régulièrement
au cours de ce cahier. En 1953, il lance les premières recherches sur Le Premier Homme en commençant par un
plan général. On trouve également des notes sur le cycle de Némésis.

Camus meurt avant d’avoir pu dactylographier
son Cahier VIII qui contient des mots précisés comme étant « illisibles »
par les éditeurs. L’attribution du prix Nobel de littérature en 1957 le rend
plutôt perplexe et il est écœuré par les attaques qui fusent à cette occasion.
Il revient de Suède dans un état de très grande fatigue, malade ; il
faudra attendre le début de l’année 1958 pour qu’il se
rétablisse et revienne en Grèce, pays qu’il apprécie beaucoup. À ce cahier est
joint un appendice contenant des lettres et des notes prises sur un agenda qui
concernent son quotidien, clôturées par un poème de Pierre Serment.

Enfin l’ultime cahier forme une sorte de
bilan. Le lecteur se trouve dès lors plus proche de la pensée de Camus, de ses
aspirations profondes. L’écrivain rédige ce Cahier IX comme un journal
au jour le jour, consignant son quotidien et sa lassitude aux côtés de quelques
réflexions sur le Docteur Jivago. Il décrit en détail sa tournée du 6 au
13 juillet 1959 à Venise avec la troupe les Possédés, puis parsème la fin de
son cahier de réflexions sur sa vie – « Je me force à écrire ce
journal, mais ma répugnance est vive. Je sais maintenant pourquoi je ne l’ai
jamais fait : pour moi la vie est secrète » –, avant de terminer sa
vaste et particulière biographie par un cri du cœur émouvant de sobriété, où il
tente d’embrasser la nature de son rapport aux autres : « Je m’accuse
parfois d’être incapable d’aimer.
Peut-être
est-ce vrai mais j’ai été capable d’élire quelques êtres et de leur garder,
fidèlement, le meilleur de moi, quoi qu’ils fassent ».

 

 

Les Carnets de Camus forment un corpus
incontournable pour les admirateurs du travail d’Albert Camus ; ils
permettent de plonger dans l’univers de cet auteur, de comprendre ses
motivations, son processus créatif et ses desseins les plus personnels.

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