Correspondance

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Résumé

De toutes les grandes histoires d’amour auxquelles la littérature nous a donné accès, celle d’Abélard et Héloïse est certainement la plus juste – et pour cause : les deux amants ont réellement existé. Si l’authenticité de leur correspondance pendant longtemps a fait polémique auprès des chercheurs, les historiens aujourd’hui s’accordent à dire que cette échange de lettres entre Pierre Abélard, philosophe, musicien et théologien français, et sa bien-aimée, a réellement eu lieu. Ainsi, en plus d’être un monument de la littérature, les Lettres d’Abélard et d’Héloïse, initialement rédigées en un latin tardif obscur mais très dense, font office de document historique passionnant, notamment sur l’état de la langue à l’époque.

 

            Lettre I – Abélard à un ami

            Abélard dirige, au moment où il écrit cette lettre, le monastère breton de Saint-Gildas. Il entreprend, en écrivant à cet ami anonyme, de faire le récit complet de sa vie, de son enfance jusqu’au moment où il prend la plume pour écrire à cet ami. S’il passe sous silence des détails autobiographiques qui nous sont par ailleurs parvenus, il n’en reste pas moins qu’il dresse ici un tableau détaillé des réflexions et sentiments qui ont déterminé ses choix et ses oeuvres, des malheurs qu’on lui a fait subir, de la passion virulente de ses ennemis qu’à cette occasion il condamne. Cette lettre est pour Abélard un exutoire : il s’y libère de ce qui le hante pour mieux vivre au présent.

 

            Lettre II – Héloïse à Abélard

            Héloïse est l’épouse d’Abélard. Loin d’être une fade épouse qui attend au foyer, Héloïse a autant de pouvoir qu’Abélard et dirige le monastère du Paraclet, qu’Abélard a créé plus tôt et dont il lui a laissé la charge. Héloïse, on le comprend rapidement, a lu – sans qu’on sache comment – la lettre précédente d’Abélard. Héloïse supplie Abélard de se confier à elle car elle veut le connaître parfaitement et partager autant ses pleurs que ses rires. Gentiment amère, Héloïse reproche à Abélard de ne plus lui écrire depuis qu’il est à Saint-Gildas alors qu’il était un correspondant assidu et passionné quand leurs amours ne faisaient que débuter. Héloïse se plaint de ne pas recevoir autant d’amour qu’elle en donne.

 

            Lettre III – Abélard à Héloïse

            Abélard justifie son long silence, cette interminable absence de lettres, par son extrême confiance envers Héloïse. Il ne soupçonnait pas qu’elle avait besoin de mots doux pour être ferme dans son amour et certaine de l’amour qu’on lui portait. Abélard lui demande donc d’en dire plus sur ses angoisses, qu’il promet de dissiper. Après cette partie sentimentale, la lettre devient théologique : Abélard prouve que les prières ont un réel pouvoir pour le salut des hommes et fixe quelques nouvelles règles pour le monastère de Paraclet où, il l’explique à la fin, il aimerait être enterré à sa mort.

 

            Lettre IV – Héloïse à Abélard

            Effrayée par cet Abélard qui songe déjà à sa mort, Héloïse regrette la misère de son entourage et en fait part à travers une série de lamentations pathétiques. Elle regrette également la « fatale mutilation » qu’a subie Abélard : on comprend par là qu’Abélard est malencontreusement devenu impuissant. Héloïse constate que ses propres désirs sont toujours aussi ardents et pense avec nostalgie aux délices sexuels qu’ils trouvaient ensemble par le passé. Héloïse, enfin, avoue que sa foi est en train de décroître et incite Abélard à l’aider à retrouver une piété plus ferme.

 

            Lettre V – Abélard à Héloïse

            Abélard répond point par point à la lettre d’Héloïse. D’abord, il rappelle à Héloïse, qui s’effraie de ses prévisions morbides, que c’est elle qui l’avait incité à lui faire part de tout ce qui l’ennuyait. Ensuite, il minimise l’importance de la chose sexuelle dans le couple : ce qu’ils ont perdu en plaisir charnel, ils l’ont gagné en pureté. Enfin, Abélard pense que ce qu’Héloïse raconte sur sa foi qui décroît est un effet de son humilité, qu’il apprécie. La lettre se clôt sur une prière : Abélard veut que Dieu soit bon avec eux.

 

            Lettre VI – Héloïse à Abélard

            Héloïse est tiraillée par des problématiques religieuses, qu’elle demande à Abélard de résoudre. Elle aimerait, d’une part, apprendre l’origine de l’ordre des Moniales (qui sont des sortes de femmes moines) ; elle aimerait, d’autre part, qu’Abélard conçoive des règles monastiques qui soient spécialement adaptées aux femmes, l’Église les ayant strictement oubliées. Comme leur existence n’est pas précisément réglementée, Héloïse lance quelques propositions : elle discute l’inégalité entre les clercs masculins et féminins, réfléchit sur la validité de la fameuse règle de saint Benoît, sur les interdictions et permissions de repas, et conseille à Abélard de limiter la rigueur et l’austérité, en considérant la faiblesse de la femme.

 

            Lettre VII – Abélard à Héloïse

            Abélard répond avec force détails aux questionnements d’Héloïse. Abélard  prétend que les Moniales descendent directement du christianisme originel, et même qu’elles étaient représentées pendant la communion des apôtres ; il dresse un bref historique de leurs bienfaits à travers les âges. En plus de cela, Abélard démontre son attachement infini à l’égard de la femme, dont il loue la virginité, qu’elle soit chrétienne ou païenne.

 

            Lettre VIII – Abélard à Héloïse

            Abélard résout l’autre problématique soulevée par Héloïse, à savoir l’absence de règles monastiques pour les femmes. Il rédige à cette occasion ce qui est moins une lettre qu’un petit traité de théologie, en étayant son texte d’une somme importante de citations tirées des Saintes Écritures. Son traité se déploie en trois parties qui traitent chacune d’une des vertus essentielles des moines : l’abstinence, la pauvreté et le silence. Il décide de nommer sept sœurs pour réguler la vie au monastère du Paraclet.

 

            C’est ici que s’arrêtent les Lettres d’Abélard et d’Héloïse au sens strict du terme. Cependant il faut savoir que, selon les éditions, le contenu peut changer du tout au tout. Parfois, on n’aura pas la première lettre adressée à l’ami – parti-pris étrange puisque cette lettre est la racine de l’échange entre Abélard et Héloïse. Parfois, au contraire, on aura cette première lettre, ainsi que les sept suivantes, mais en plus un large panel d’autres documents censés compléter la correspondance. On peut par exemple avoir accès à un extrait de la Règle rédigée pour le Paraclet, ou la lettre d’Abélard aux religieuses de ce monastère, ou encore les échanges croisés entre Abélard, Héloïse et le pape Innocent II. 

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