Ecuador

par

Résumé

Journal de voyage, Ecuador d’Henri Michaux relate ses
pérégrinations d’un an en Amérique du Sud. L’exercice est nouveau pour Michaux.
Plus qu’une description de voyage et devançant dans son attitude Sur la route de Jack Kerouac, Ecuador revisite le genre du journal de
voyage et constitue plutôt un enregistrement de tumultes intérieurs, de
réflexions et d’élans créateurs qui viennent définir Michaux. Le périple
devient alors une quête et une exploration de soi, du monde et de la poésie.

Le 27 décembre 1927, après
deux ans de préparation, Henri Michaux quitte Paris pour entreprendre un long
voyage vers l’Équateur qui commence en train, à bord de l’Étoile du nord,
jusqu’à Amsterdam d’où l’écrivain embarque sur le Boskoop, le 28 décembre, en
direction de Guayaquil, un port équatorien, via Panama, en compagnie d’André
Pardiac de Molezun, Alfredo Gangotena, Paul A. Bar et Aram D. Mouradian.

Au cours des quinze jours
qui s’écoulent entre le départ d’Amsterdam et l’arrivée à Curaçao, Michaux se
livre à plusieurs réflexions sur cette partie du voyage. Il s’interroge
notamment sur la langue hybride utilisée à bord – « Haben sie
fosforos ? No tengo Caballero, but I have un briquet » –, ainsi que
sur la relation que les êtres humains entretiennent avec la nature lors de
leurs déplacements : « toujours se mettre au-dessus de la nature,
jamais dedans ». Michaux montre déjà des signes de désabusement :
lorsqu’une tempête éclate et que les moteurs s’arrêtent, il est le seul à se
réjouir que l’océan Atlantique montre enfin de quoi il est fait. Il en profite
pour se livrer à des spéculations sur ce qui se passerait si la surface de
l’eau devenait solide. Michaux semble être véritablement fasciné par la mer qui,
pour lui, ressemble aux êtres humains bien plus que la terre.

Le 28 janvier 1928, les
quatre compagnons arrivent à Quito, la capitale de l’Équateur : c’est le
début d’une relation tendue entre le pays et l’écrivain qui, de son propre
aveu, n’est pas un amateur de voyages : « Je te salue quand même,
pays maudit, l’Équateur ». Michaux est désespéré par la cordillère des
Andes qui borde la ville, parce qu’il la considère comme hostile aux étrangers
en raison de la couleur de la terre et de l’omniprésence des nuages. En proie à
ce qui pourrait constituer les symptômes d’un choc culturel, il se met à
comparer le paysage devant lui à l’Europe, en donnant le plus souvent
l’avantage aux scènes européennes. Il reproche au pays dans lequel il se trouve
sa grandeur et seuls trouvent grâce à ses yeux les humbles maisons indigènes et
les ponchos. Pour le reste, il observe qu’« une contrée ou ville étrangère
est aussi remarquable par ce qui lui manque que par le spécial de ce qu’elle
possède ».

Le 19 février, les amis se
rendent en voiture jusqu’à la ferme Guadalupe et passe au pied du Cotopaxi. Au
cours du voyage, il fait la connaissance du Dr. Sabardandrade, un propriétaire
d’haciendas, qui se plaît à être d’un avis contraire à celui de Michaux et se
pose en défenseur des montagnes équatoriennes quand Michaux s’exclame :
« Oh non, je n’aime pas la vue des montagnes d’ici, je préfère les
Alpes ».

De la ferme jusqu’à la
ville de Méra, située dans la forêt équatoriale, le périple se fait à cheval.
Pour Michaux, dont la santé est fragile et dont le cœur est faible, le voyage
est éreintant. Il traverse le Rio Pastaza, « une rivière chocolat »,
et découvre le tamal, un plat typique de la région à base de maïs, qui sert de
nourriture de base aux péons, paysans qui travaillent dans les haciendas. La
forêt le captive : « Cette forêt est chauffée. Immense
appartement. » C’est là que Michaux comprend pourquoi plusieurs écrivains se
sont lancés dans des envolées lyriques à propos d’arbres, puisqu’il est
lui-même fasciné par le matapalo, surnom donné à un ficus parasitique qui finit
par tuer l’arbre qui a lui a servi de tuteur. Dans une plantation au sein de la
forêt, il découvre les cœurs de palmier et écrit une lettre narrant ses
aventures à ses parents, lettre qu’il n’envoie jamais pris d’une crainte
superstitieuse. Sur le chemin du retour vers la ferme, il craint pour son cœur
et réfléchit à son rapport au temps tel que défini par sa mémoire :
« Je n’ai jamais eu dans ma vie plus de quinze jours. »

Le 12 mars, de retour à
Quito, Michaux assiste à un concert impromptu donné par trois fanfares, et à
une sérénade jouée par un trio composé d’un jeune homme, d’un guitariste et
d’un chanteur. Ce jour-là, il admet être un lecteur de mauvaise foi. Cela
s’explique en partie par sa préférence pour ceux que le milieu scolaire qualifie
d’« imbéciles », ceux qui ont du mal à accepter les aspects qu’ils ne
comprennent pas dans les théories qui leur sont enseignées. Il s’avère, souvent
plus tard, que ce sont les points faibles des théories en question. Michaux
exprime aussi son désir que les progrès de la science permettent de communiquer
avec le règne animal, sortant ainsi les civilisations européennes de
l’étroitesse de la vision anthropocentrique du monde. Puis, il admet détester
la ville : « Pour une ville, un esprit d’une certaine dimension ne
peut avoir que haine », et démontre la superficialité du voyage à visée
exotique. C’est en ville que Michaux découvre une nouvelle drogue :
l’éther.

À partir du 4 avril,
Michaux effectuera plusieurs voyages tout en gardant Quito comme base de
départ. Il va à Puembo où il observe que son moment préféré de la journée se
situe entre 5 et 6 heures du matin parce qu’il y a des ombres. À l’hacienda de
San José, il contracte la malaria, puis la jaunisse, ce qui lui rend l’odeur
d’un chien qu’il appréciait jusqu’alors détestable et vomitive. De retour à
Quito, il goûte à l’opium qu’il n’apprécie pas, et fait plus ample connaissance
avec Alfredo « el loco » Larrea, qui doit son surnom de fou à la
témérité avec laquelle il vit sa vie, ce qui se manifeste notamment dans sa
conduite. En juillet, ils entreprennent ensemble un voyage qui les mène à
Cayumbe, Otavalo, Ibarra et San Juan, pendant les fêtes amérindiennes où,
malgré la consommation d’alcool, Michaux observe que la population indigène n’a
pas l’air de se réjouir. Il en trouve l’explication dans une citation du
marquis de Wavrin : « Seuls savent rire les Indiens qui n’ont pas
connu l’oppression du blanc ». Michaux exprime ensuite son non-respect des
Amérindiens.

Le 10 août, lors de la
fête nationale de l’Équateur, Michaux entreprend l’ascension de l’Atacatzho,
sans manger, alors qu’il souffre d’une affection cardiaque. L’écrivain, en
arrivant au sommet du volcan, s’étonne d’y trouver une vallée luxuriante. Il
décide alors de tenter un jour l’escalade du Corazón et peut-être du Cotopaxi.

Le 29 août, à Puembo,
Michaux se décide à rentrer en France et doit choisir son itinéraire. À ce
moment-là, il se rend compte de son attachement à l’Équateur :
« Équateur, tu es quand même un sacré pays, et puis qu’est-ce que je
deviendrai, moi ? » L’auteur choisit de repartir en s’engageant dans
un dernier périple sur le fleuve Amazone. Les délais se multiplient en raison
de l’état de santé de Michaux : son foie et son cœur sont faibles et il
souffre d’une sinusite. Le docteur refuse de lui donner une autorisation de
voyager. De plus, les quatre hommes ont du mal à se constituer une équipe de
porteurs.

Le 6 octobre 1928,
finalement, le départ se fait. Le voyage de retour va s’étaler sur plusieurs
étapes. La première partie se déroule à dos de cheval, tandis que les bagages
sont placés sur des mulets. Guadalupe constitue leur premier arrêt, suivi de Mera
dans la forêt, où les quatre voyageurs arrivent accompagnés d’un guide mais
d’où trois seulement repartent jusqu’à Napo. Dans la forêt, Michaux découvre
« l’oiseau déboucheur de bouteilles » dont le cri lui rappelle les
bouteilles de champagne. À partir de Mera, le voyage se fait à pied pendant
quatre jours. Alfred Mortensen essaie de les décourager mais les trois
intrépides poursuivent leur marche sur le sol boueux, jusqu’au village de
Satzacayu.

Ils embarquent alors sur
une pirogue dont l’équipage est constitué de rameurs non expérimentés, pour
naviguer sur la rivière Satzacayu, basse par endroits, parcourue de rapides à
d’autres. Au bout d’un moment, la rivière Chuntuyacu conflue avec la première rivière,
formant le Napo, qui est aussi le nom du port où ils s’arrêtent pour la nuit. Pour
dormir, les voyageurs se voient attribuer une pièce remplie d’énormes araignées
dont ils se débarrassent. Michaux rencontre à Puerto Napo un évêque italien
avec lequel il a un désaccord. En raison d’une crue, leur départ de Napo est
retardé. Ils ne sont que deux à poursuivre le périple : Henri Michaux et
André de Monlezun. Le préfet leur donne une pirogue pour le voyage qui les
amène à Latas, où ils doivent faire du portage en raison de rapides dangereux,
à Vargas Torres où l’administrateur est mentalement instable, et à Armenia, où
ils dormiront dans la cabane de Ribadeneira. Ils n’y resteront pas longtemps en
raison d’une épidémie, et ils vont changer d’embarcation pour se retrouver à
bord du canot flotteur d’un marchand portugais surnommé le Juif. Ils finissent
par arriver à Rocafuerte, après 527 kilomètres de voyage en canot, pour
apprendre qu’il n’y aura pas de transport organisé avant un mois. Les deux
compagnons décident donc de parcourir le reste de l’Amazone avec le marchand.

Au cours de la première
partie de ce tronçon du voyage, Michaux tombe malade : son pied et sa jambe
gauche enflent et la chair semble pourrir. L’embarcation évolue dans un
environnement dangereux et débordant de vie. En raison de leur type de canot,
ils se déplacent à la vitesse du courant. Le 2 novembre, ils arrivent à la
cabane d’un Péruvien où un enfant se fait mordre par une chauve-souris vampire.
De retour sur l’eau, après un certain temps, ils perdent un des troncs d’arbre
qui leur permettaient de flotter. Déséquilibrés, ils parviennent à rejoindre la
ferme de M, où un colombien se propose de raccourcir leur voyage en les amenant
à destination avec son équipe. Il tient sa promesse, après un voyage commencé à
deux heures du matin à la ferme et achevé à Iquitos, au Pérou, en une journée.

Là se termine le voyage en
canot. Les deux compagnons restent trois semaines à Iquitos pour attendre un
bateau qui les amènera à Para. Au rythme d’un quotidien banal et de piqûres
d’insectes, Michaux s’ennuie et regrette le danger passé de son périple en
canot. Il se saoule et va occasionnellement voir des prostituées.

De toute cette expérience,
il conclut qu’il ne sert à rien d’écouter les conseils contradictoires d’autrui
sur ce qui permet de réussir un voyage, mais qu’il faut apprendre ce qui nous convient
personnellement. En quittant Iquitos, à bord du bateau, Michaux se sent comme
un touriste pour la première fois depuis son départ de Paris. Dix jours plus
tard, les passagers débarquent temporairement à Manaos, une ville de cent mille
habitants où commencent à réapparaître des signes de luxe. Michaux ne garde
aucun souvenir de sa destination finale, Para, même s’il y est demeuré trois
semaines.

Le 3 janvier, Michaux se
retrouve à bord du bateau Booth-line avec une otite. Trois jours plus tard, il est
de retour en France, se sent perdu en vue du port du Havre. Il écrit :
« France, France, et il est tout décomposé parce qu’il y revient. »

 

Plus recueil de poésie et
collection de réflexions philosophiques que journal de voyage, Ecuador d’Henri Michaux est une œuvre à
part des récits exotiques de ses contemporains, qui décrivent ou exagèrent les
différences observées à l’étranger. Il se laisse interpeler, déranger et
finalement apprivoiser par ce pays, et ses déplacements l’amènent à effectuer
un voyage intérieur.

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