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La Nuit

par

Résumé

La Nuit, qui fut un immense succès littéraire, est le récit qu’Elie Wiesel rapporte de son expérience d’adolescent dans les camps de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. Éparse et fragmentée, cette narration des moments les plus marquants et les plus choquants de sa vie est un plongeon dans l’absurdité et la violence de ce génocide qui vient modifier les liens sociaux et la structure de la communauté juive. Par son livre, Wiesel vient aussi retracer le cheminement spirituel qu’il a vécu, entre la foi de son enfance et les questions fondamentales que font naître les évènements dont il fut témoin sur la possibilité de croire en la bonté d’un être suprême face à la folie des hommes et au sentiment de son absence au spectacle de souffrances injustifiées. L’auteur interroge aussi les fondements de la nature de l’être humain.

 

En 1942, Eliezer Wiesel – appelé Elie dans le récit – et sa famille ont vécu la plus grande partie des années de guerre plutôt tranquillement, en Roumanie, à Sighet, en Transylvanie. Un jour, le mystique du village, Moishe-le-Bedeau, avec lequel Elie a développé une relation d’élève à maître, se fait expulser du village avec tous les autres Juifs non hongrois. Quand il revient, il rapporte un récit des horreurs commises par la Gestapo, en Pologne, en guise d’avertissement. La population de Sighet est incrédule et continue d’ignorer le sort réservé aux Juifs déportés par les nazis. La vie continue paisiblement dans le village, ponctuée de nouvelles radiophoniques de bonne augure quant à l’issue de la guerre : « il ne subsistait plus aucun doute quant à la défaite de l’Allemagne. C’était uniquement une question de temps ; de mois ou de semaines, peut être. »

Pourtant le village fut touché au printemps 1944, lorsque, suite à l’arrivée au pouvoir de fascistes à la tête de la Hongrie, les troupes allemandes sont autorisées à pénétrer en territoire hongrois. Trois jours après leur entrée à Budapest, les Allemands arrivent à Sighet et au septième jour de la Pâque juive, arrêtent tous les chefs de la communauté juive. S’ensuivent rapidement une série de mesures qui se concluent par la création de deux ghettos dans la ville. Une nuit, deux semaines avant la Pentecôte juive, Wiesel père se fait convoquer à une assemblée extraordinaire du conseil juif du ghetto le plus peuplé : celui-ci doit être complètement évacué. Toutes les familles se préparent pendant toute la nuit à ce nouvel exode avant de partir le lendemain sous un soleil de plomb : « Ils se mirent en marche, sans un regard vers les rues abandonnées, vers les maisons vidées et éteintes, vers les jardins, vers les pierres tombales… Sur le dos de chacun, un sac. Dans les yeux de chacun, une souffrance noyée de larmes. Lentement, pesamment, la procession s’avançait vers la porte du ghetto. » Le secret plane sur leur destination finale. Ce qui est sûr, c’est que les familles se font déposséder de tous leurs biens matériels.

Quant à la famille Wiesel, sous les invectives de soldats hongrois, elle se déplace au pas de course, y compris la benjamine Tsipora chargée comme un mulet, vers le plus petit des ghettos. Après quelques jours de repos et le refus d’une dernière chance de s’échapper, les Wiesel reçoivent l’ordre de déportation un samedi. Tous les déportés s’entassent dans la synagogue pillée pendant toute une journée avant de s’acheminer vers la gare où des soldats hongrois les font monter à bord de wagons à bestiaux, quatre-vingt personnes par wagon, avec pour seule pitance quelques miches de pain et de l’eau. Ce n’est qu’en cours de voyage que les déportés s’aperçoivent qu’ils sortent de la Hongrie, ce que leur confirme un officier allemand lors d’un arrêt à Kashau, une ville de la frontière : « Dès cet instant, vous passez sous l’autorité de l’Armée allemande. Celui qui possède encore de l’or, de l’argent, des montres, devra les remettre maintenant. Celui sur qui on trouvera plus tard quelque chose sera fusillé sur place. » Le même sort sera réservé à tout le wagon si une seule personne s’échappe.

Se rendant finalement compte qu’ils ont été pris au piège, les déportés tentent de survivre à leur emprisonnement. Pour certains, cela s’avère plus difficile, ce qui est notamment le cas de madame Schächter, dans le wagon où sont confinés les Wiesel. Son équilibre mental est rompu et elle se met à gémir et à pousser des cris hystériques. La troisième nuit du voyage, elle hurle : « Un feu ! Je vois un feu ! Je vois un feu ! ». Après vérification, personne ne voit rien. Ses compagnons de voyage tentent de la faire taire gentiment tout d’abord, puis en la bâillonnant, puis à force de coups, tout cela sous le regard impuissant de son jeune fils.

Les déportés apprennent ensuite qu’ils sont arrivés à la gare d’Auschwitz, qui s’avère être leur destination. Le train demeure à l’arrêt pour le reste de la journée ; madame Schächter connaît des crises épisodiques. À onze heures du soir, le train se remet lentement en marche vers le camp et au bout d’un quart d’heure, madame Schächter se remet à hurler : « Juifs, regardez ! Regardez le feu ! Les flammes, regardez ! ». Cette fois-ci, la réalité vient corroborer le cri et les déportés du wagon voient une énorme cheminée d’où sortent des flammes et une odeur abominable : ils sont arrivés au camp de Birkenau où tout le monde descend sous les coups d’hommes en pantalons noirs et vestons rayés.

Sur ordre des S.S., les hommes et les femmes sont séparés lors de l’arrivée au camp : Elie et son père restent ensemble tandis qu’ils perdent de vue la mère et les trois sœurs. Afin de survivre, Elie et son père décidèrent de ne jamais se séparer, jamais se perdre de vue. C’était d’ailleurs la stratégie adoptée par de nombreux déportés. Sur la recommandation d’un détenu, Elie se fait passer pour plus vieux que ses quinze ans et son père pour plus jeune que ses cinquante ans. Un autre détenu, colérique, leur apprend au milieu d’insultes que dans la cheminée, ce sont des êtres humains qui brûlent. Un vent de révolte passager s’éteint et les nouveaux arrivés se retrouvent devant le docteur Mengele, qui s’occupe de trier les déportés pour qu’ils aillent soit au crématoire, soit aux travaux forcés. Elie et son père vont dans la même colonne, celle des travaux forcés et, en chemin, passent près d’une fosse où des bébés sont brûlés vifs. Elie pense à se suicider et son père s’effondre émotionnellement. À ce moment, écrit Wiesel, « quelqu’un se mit à réciter le Kaddich, la prière des morts. Je ne sais pas s’il est déjà arrivé, dans la longue histoire du peuple juif, que les hommes récitent la prière des morts sur eux-mêmes ». Elie se rend compte alors que sa foi a été endommagée.

La cohorte de nouveaux arrivés entre dans une baraque où les coups pleuvent de manière arbitraire. Les prisonniers sont déshabillés, tondus, et repartent avec seulement une ceinture et une paire de chaussures. Elie retrouve alors « Yechiel, le frère du Rabbi de Sighet », en pleurs et commence à se détacher émotionnellement de toute son expérience ainsi que de sa vie passée.

À cinq heures du matin, le lendemain, les prisonniers nouvellement arrivés courent nus de leur baraque à une autre, où ils se font désinfectés dans un baril de pétrole, puis se lavent à l’eau chaude. Encore nus, ils vont à une autre baraque, le magasin, où ils se font lancer leurs « tenues de bagnard ». Elie est pleinement conscient des transformations qui s’opèrent en lui. Le groupe passe à côté de prisonniers en train de travailler et finit dans une nouvelle baraque où il leur est donné l’ordre de ne pas bouger. N’ayant pas dormi de la nuit, Elie et d’autres s’endorment, tandis que ceux qui ont des chaussures neuves s’en font déposséder. Un autre tri a lieu, devant un commandant S.S., entre les déportés ayant une profession spécialisée comme serruriers, menuisiers, et les autres. Ceux qui restent sont acheminés vers le camp d’Auschwitz dont la devise est « le travail est la liberté ». Au camp, la nourriture est rare et les coups abondants. Les forces de tous déclinent et leur principale activité consiste à chercher de la nourriture. À quinze ans seulement Elie est plongé dans cet univers indicible, où chaque jour il observe et subit injustice et violence et voit mourir de nombreuses personnes.

Ce qui marque le plus le jeune Wiesel, c’est la mort intérieure qu’il vit et par laquelle d’autres passent autour de lui. Ainsi Akiba Drumer qui, au début de leur séjour, fait preuve d’une foi à toute épreuve, finit par ne plus croire en rien et se laisse mourir. D’autres Juifs, sélectionnés par les S.S., deviennent gardiens et font preuve de violence et de cruauté envers leurs coreligionnaires. La survie prend le dessus sur tous les autres sentiments et les liens familiaux s’affaiblissent. Chaque fois qu’un responsable fait preuve d’humanité, il est remplacé par quelqu’un de plus féroce. Au cours de ses déplacements d’un camp à l’autre, Wiesel est témoin d’atrocités. Arrivé à Buna, ils se retrouvent sous l’autorité d’un responsable qui semble humain et fait nourrir les enfants. Dans ce camp, ce genre d’attentions n’était pas désintéressé puisque les enfants « faisaient ici l’objet, entre homosexuels, d’une véritable traite ».

À Buna, le travail est divisé en plusieurs secteurs d’activités, des kommandos de travail dirigés par des kapo, dont celui de la construction est le plus difficile. Elie finit dans un groupe comportant de nombreux musiciens ; ils sont assignés au dépôt de matériel électrique mais leur kapo, Idek, est instable mentalement. Franek, le contremaître, s’arrange pour que le père d’Elie le rejoigne. Elie se fait deux amis, Yossi et Tibi, deux frères tchécoslovaques dont les parents ont été exterminés à Birkenau. Leur chef de bloc, Alphonse, est un Juif allemand qui tente de faciliter la vie des personnes sous sa charge. Elie se fait voler sa dent en or ainsi que ses chaussures par Franek et subira les foudres inexpliquées d’Idek, notamment après avoir été surpris couchant avec une des prisonnières polonaises.

C’est à Buna que les Wiesel, père et fils, prennent conscience des avancées des armées alliées en territoire allemand, lorsque des avions américains viennent bombarder leur camp. L’alerte est donnée et tout le monde est confiné à son bloc. Un prisonnier est fusillé alors qu’il tente de se servir de la soupe dans des chaudrons abandonnés en hâte au milieu du camp. Un autre est pendu publiquement, devant les dix mille prisonniers du camp, pour avoir tenté de voler deux assiettes de soupe pendant l’alerte. Ces exécutions publiques se produisent à plusieurs reprises : « je n’ai vu aucun de ces condamnés pleurer ». L’exception, c’est la condamnation d’un pipel, « un garçon d’une douzaine d’années au visage fin et beau, incroyable dans ce camp », rattaché au service d’un Oberkapo hollandais, qui était apprécié en raison de sa gentillesse envers tous ceux qui étaient à sa charge. Ce pipel, contrairement à d’autres, était aussi aimé dans le camp. L’enquête au sujet d’un attentat contre la centrale électrique de Buna avait mené à l’arrestation de l’Oberkapo, à sa torture et à son transfert à Auschwitz. Le même sort est réservé à son pipel mais ce dernier est condamné à la pendaison publique. En raison de son faible poids, l’agonie du garçon dure plus d’une demi-heure, devant tous les autres déportés, forcés de regarder le spectacle. Wiesel écrit : « Derrière moi, j’entendis le même homme demander : — Où donc est Dieu ? Et je sentais en moi une voix qui lui répondait : — Où Il est ? Le voici – Il est pendu ici, à cette potence… ».

La veille du nouvel an juif, Roch Hachana, les dix mille résidents célèbrent le rituel de la fin d’année : tortionnaires et prisonniers, détenus et chefs de block se côtoient et pendant que la voix de l’officiant s’élève : « Béni soit le nom de l’Éternel », Elie vit une révolte absolue contre le Dieu de son enfance : « Pourquoi, mais pourquoi Le bénirais-je ? Toutes mes fibres se révoltaient. Parce qu’Il avait fait brûler des milliers d’enfants dans ses fosses ? Parce qu’il faisait fonctionner six crématoires jour et nuit les jours de Sabbat et les jours de fête ? Parce que dans Sa grande puissance, il avait créé Auschwitz, Birkenau, Buna et tant d’usines de la mort ? ». Le père d’Élie s’est tenu à part pendant la cérémonie et Elie le retrouve accoudé à un mur, brisé. Par la suite, même s’ils sont dans le même camp, le père et le fils se retrouvent dans deux kommandos différents et il leur est annoncé qu’une sélection aura lieu. Le chef de bloc d’Élie donne aux prisonniers des conseils pour passer la sélection du docteur Mengele. Après que certains sont sélectionnés, il tente de les rassurer : « Tout s’est bien passé ! Ne vous inquiétez pas. Il n’arrivera rien à personne. » Quelques jours plus tard, ceux sélectionnés doivent rester au camp, sur ordre du docteur : le père d’Elie fait partie de ce nombre. Il fait ses adieux à son fils mais dans son cas, c’est une fausse alerte. Par contre, pour Akiba Drumer, c’est la sélection finale.

En janvier, le pied droit d’Elie se met à enfler et l’adolescent se retrouve hospitalisé. Sa situation matérielle s’améliore puisqu’il est mieux nourri et qu’il n’est plus obligé d’effectuer des travaux forcés, mais il craint l’amputation. Son voisin l’effraie en lui faisant craindre la sélection. Son opération se passe bien puisque l’amputation n’est pas nécessaire mais Elie ne pourra pas profiter des quinze jours de convalescence recommandés par le médecin car, en raison de rumeurs concernant les avancées de l’Armée rouge, le camp de Buna va être évacué. La nouvelle que les malades peuvent rester à l’hôpital ne rassure pas Elie puisque d’après son expérience avec les autorités allemandes, il craint que le pire n’arrive aux hospitalisés. C’est en sautillant qu’Elie rejoint son père et ils prennent la décision de se laisser évacuer. Son pied n’a pas encore eu le temps de cicatriser qu’Elie et les autres détenus valides se recouvrent de plusieurs couches de vêtements pour affronter le froid et le départ s’effectue au crépuscule de la journée suivante.

Sous des rafales de vent glacé, les prisonniers marchent puis courent, sur l’injonction et sous les injures des S.S. Tous ceux qui ne peuvent soutenir le rythme sont éliminés : « De temps à autre, une détonation éclatait dans la nuit. Ils avaient l’ordre de tirer sur ceux qui ne pouvaient soutenir le rythme de la course. Le doigt sur la détente, ils ne s’en privaient pas. » Le rythme effréné s’avère trop difficile à soutenir pour certains des prisonniers, dont un jeune Juif polonais répondant au nom de Zalman, qui « fut soudain saisi de crampes d’estomac » et finit par se laisser écraser par la foule en déplacement. Ce n’est qu’en pensant à son père qu’Elie parvient à rester dans les rangs. Le risque de mourir écrasé par la foule galopante était aussi élevé que celui de périr tué par les S.S., qui eux se relaient pour courir avec les prisonniers. Au bout de soixante-dix kilomètres, l’ordre leur est donné de se reposer. Elie et son père, ainsi que des centaines d’autres prisonniers, se réfugient dans une usine en ruines. Le risque dont le père d’Elie a fortement conscience est celui de s’endormir. Ils sortent pour se réveiller et se retrouvent marchant au milieu de cadavres. Retournant dans l’usine, Elie et son père somnolent et se réveillent mutuellement. À un moment, un vieil homme ouvre la porte. Il s’agit de Rab Eliahou, un rabbin qui continue à avoir le respect des prisonniers et des dirigeants du camp ; il est à la recherche de son fils. Elie se souvient après avoir répondu au rabbin qu’il n’avait pas vu son fils qu’en fait, il l’a vu, il se souvient : « son fils l’avait vu [son père le rabbin] perdre du terrain, boitant, rétrograder à l’arrière de la colonne. Il l’avait vu. Et il avait continué à courir en tête, laissant se creuser la distance entre eux. » Elie fait sa première prière depuis l’arrivée au camp : il demande à Dieu le courage de ne pas se comporter comme le fils du rabbin.

L’usine n’était qu’une pause sur le chemin vers un nouveau camp, celui de Gleiwitz. La marche entre l’usine et le camp signifie la mort de plusieurs prisonniers, happés par le froid. Les S.S. ont décidé d’encourager les prisonniers au lieu de les insulter. Toute la cohorte arrive au camp la nuit tombée. Dans leur hâte de rentrer se mettre à l’abri dans les baraques, la foule de prisonniers écrase parfois un des siens. Dans leur désir de se reposer, les détenus s’empilent les uns au-dessus des autres et Elie faillit, pour cette raison, manquer d’air. Dans cet amoncèlement humain, se trouve un violoniste polonais aux côtés duquel il avait travaillé : Juliek, en quête de son violon, qu’il finit par retrouver puisque c’est au son de l’instrument qu’Elie s’endort. Quand il se réveille, Juliek est mort. Les trois jours passés à Gleiwitz le sont dans un jeûne complet. Poussés dans leurs retranchements par l’armée russe, les S.S. décident d’évacuer Gleiwitz pour se rendre dans le centre de l’Allemagne, mais ils veulent procéder à une autre sélection. Le père d’Elie est sélectionné mais ce dernier crée un tohu-bohu qui leur permet de se rejoindre. Acheminés vers la gare, les prisonniers s’y font servir du pain. Pour se désaltérer, puisqu’ils ont reçu l’ordre de ne pas s’asseoir, ils utilisent leur cuillère pour manger la neige qui tombe sur leurs voisins. Dans la soirée, un convoi de wagons à bestiaux sans toit est avancé et les survivants y sont entassés, une centaine par wagon.

Les pertes humaines se poursuivent et le train marque un arrêt pendant lequel les morts sont déposés sur le bord de la voie de chemin de fer. Les vivants les dépouillent de leurs vêtements pour mieux se couvrir. Le père d’Elie est recroquevillé près de lui et ne répond pas à ses appels. Quand les volontaires se rapprochent d’eux, Elie frappe son père jusqu’à ce qu’il entrouvre les yeux et respire. Pendant le voyage, aucune nourriture ne leur est donnée ; on mange de la neige. Chaque arrêt est l’occasion de décharger les cadavres. Tout au long de leur déplacement, les prisonniers aperçoivent des ouvriers allemands et Elie se rappelle de l’incident suivant : « Un jour que nous étions arrêtés, un ouvrier sortit de sa besace un bout de pain et le jeta dans un wagon. Ce fut une ruée. Des dizaines d’affamés s’entretuèrent pour quelques miettes. Les ouvriers allemands s’intéressèrent vivement à ce spectacle. » Parmi les victimes de ce qui semblait une distraction pour les ouvriers, Elie assiste au décès d’un vieillard et de son fils. Alors que le vieillard est sur le point de manger un bout de pain, son fils se jette sur lui pour le lui ôter. Le vieillard s’écrie : « Méir, mon petit Méir ! Tu ne me reconnais pas ? Je suis ton père… Tu me fais mal… Tu assassines ton père… J’ai du pain… pour toi aussi… ». Alors que le fils se saisit violemment du quignon, causant ainsi la mort de son père, un autre groupe de prisonniers se jettent sur lui pour le lui arracher, ce qui provoque la mort du fils.

La déshumanisation des prisonniers se manifeste aussi dans les actes de violence gratuite qui se produisent dans le wagon. C’est ainsi que, la troisième nuit de leur voyage, quelqu’un essaie d’étrangler Elie qui a juste le temps d’appeler son père au secours. Celui-ci étant trop faible pour aider son fils, il demande à un de ses amis, Méir Katz, de venir en aide à Elie, ce qu’il fait. Quelques jours plus tard, Méir Katz craque mentalement et se met à pleurer dans les bras du père d’Elie. Le dernier jour du voyage, le vent se lève. Pour ne pas mourir frigorifiés, quelqu’un suggère de se lever et de bouger puis tout à coup, quelqu’un crie à la mort, suivi en peu de temps de tous les wagons. Ce soir-là, le train s’arrête à leur destination finale : Buchenwald. Partis à cent par wagon, les prisonniers n’étaient plus que douze à descendre de chaque wagon. Méir Katz n’en fait pas partie.

À Buchenwald, les officiers S.S. suivent la même routine : les prisonniers sont comptés, prennent une douche et sont répartis dans plusieurs blocs. Elie s’assure de rester près de son père et doit le convaincre de ne pas se laisser mourir en attendant de prendre la douche. Des sirènes retentissent et les prisonniers sont acheminés rapidement vers des baraques, à l’abri du vent. Trop épuisés pour se nourrir, malgré des chaudrons de soupe, les prisonniers s’endorment. Dans la cohue qui a suivi l’alerte, Elie a perdu la trace de son père, mais à son réveil, il part à sa recherche, conscient des sentiments ambivalents qui l’habitent : son père est devenu pour lui un poids mort dont quelque part il aimerait se débarrasser. La honte qui l’habite alors le convainc de poursuivre sa quête. Il le retrouve au bout de quelques heures, brûlant de fièvre. Il lui apporte du café ; son père est tellement malade qu’il doit rester allongé sur une planche de bois, alors qu’Elie et les prisonniers les plus en forme sortent de la baraque où le café est servi. Elie, nourri pendant les cinq heures qu’il passe à l’extérieur pendant le nettoyage, donne le reste de sa soupe à son père à contrecœur. Le père d’Eli s’affaiblit et il s’avère qu’il souffre de dysenterie. Elie perd espoir que son père s’en sorte. Le premier médecin qui vient voir les malades se détourne du père d’Elie et celui-ci informe son fils qu’il se fait battre par ses voisins et qu’il se fait voler sa ration de pain. Sa santé décline et le chef de bloc recommande à Elie de laisser son père mourir. Même si ce qu’on lui reflète ses propres sentiments, Elie persiste à lui apporter de la soupe. Le 28 janvier 1945, son père mourant demande de l’eau et appelle son fils, qui va se coucher dans le lit au-dessus de lui. Le matin du 29 janvier, son père a été remplacé par un autre malade.

Elie, dont la seule préoccupation est de manger, est réintégré au bloc des enfants. Le 5 avril, les enfants, prévenus par un prisonnier adulte, échappent à une fusillade. Il y a de la résistance au sein du camp. Les S.S. commencent par évacuer les adultes de Buchenwald et le 10 avril, vient le tour des enfants. L’évacuation est remise au lendemain en raison d’une alerte soudaine. Depuis le début de l’évacuation, la nourriture n’est plus distribuée. Quand les enfants sont rassemblés, la résistance entre en action et les S.S. prennent la fuite. À dix-huit heures, « le premier char américain se présenta aux portes de Buchenwald ». Le premier souci des anciens détenus est de se nourrir et quand Elie se relève de deux semaines de maladie, suite à un empoisonnement, il ne voit en lui que la mort.

 

Par les thématiques abordées, La Nuit est à la fois témoignage et confession : témoignage parce qu’Elie Wiesel y relate les horreurs mais aussi la routine de la vie dans les camps de concentration, confession parce que Wiesel s’y dévoile dans toute la déchirure que les horreurs dessinent dans sa foi et dans son humanité. Il découvre la nuit au plus profond de lui : comment accepter de se surprendre égoïste au point de souhaiter la disparition d’un père qui est pourtant depuis de nombreux mois le seul membre de sa famille, la seule personne qui l’a aidé et soutenu ? L’instinct de survie humain révèle-t-il la vraie nature de l’homme ? Le ton sombre de La Nuit n’est pas un reflet fidèle du regard que Wiesel porte sur la Shoah, puisque l’ouvrage s’inscrit dans une trilogie – La Nuit, L’Aube, Le Jour – qui évoque le cheminement de l’auteur pour surmonter son traumatisme.

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