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L’Aigle à deux têtes

par

Résumé

Pour Jean Cocteau, la pièce de théâtre L’Aigle à deux têtes marque l’avènement d’une figure nouvelle dans le monde théâtral : celle du « comédien-tragédien », qui évolue dans un univers où confluent destinée tragique et simple humanité. Le dramaturge s’inspire des détails de l’assassinat de l’impératrice d’Autriche, Élisabeth de Wittelsbach, par un anarchiste, pour tisser une histoire d’amour, de mort, de choix et de destin.

Dix ans après l’assassinat de son époux, la Reine se retrouve au château de Krantz, dans ce qui aurait dû être leur chambre nuptiale, pour célébrer seule un macabre anniversaire de mariage. La table a été dressée par un ami du roi, le duc Félix de Willenstein, fervent admirateur de la Reine, et par la lectrice de cette dernière, Édith de Berg, qui l’espionne pour le compte de l’archiduchesse, la belle-mère de la Reine. Un orage éclate. Édith est terrifiée tandis que la Reine y prend plaisir. Celle-ci congédie sa lectrice puis est interrompue dans sa commémoration par l’irruption d’un jeune fugitif blessé, passant par une fenêtre laissée ouverte. Le jeune homme est le sosie du Roi et la Reine, émue, le dissimule, pour apprendre par la bouche d’Édith qu’il s’agit d’un assassin chargé d’éliminer la Reine. Perspicace, cette dernière en déduit l’identité du jeune homme : un certain Stanislas, qui avait rédigé un poème pamphlétaire contre sa personne. Pour la Reine, c’est un signe du destin : au cours d’un monologue, elle lui intime donc d’accomplir sa mission afin qu’elle cesse d’être morte et vivante à la fois. Devant la défaillance physique de Stanislas, la Reine le confie aux bons soins de son eunuque Tony.

Le lendemain, dans la bibliothèque du château, sous le couvert de son identité factice de nouveau lecteur royal, Stanislas revoit la Reine en tête à tête. Il s’insurge contre le rôle tragique qu’elle lui attribue. En clamant son attirance pour la femme qu’elle est, il se réapproprie sa masculinité et son humanité. Dans le dialogue qui s’ensuit, la Reine redevient femme et le convie à assister à une conversation qu’elle doit avoir avec le chef de la police, le comte de Foehn. L’échange révèle à Stanislas sa méconnaissance de la Reine et des intrigues contre elle. Une fois seuls, elle lui explique en quoi cela les rapproche : « Qu’étions-nous cette nuit ? Je vous cite “Une idée devant une idée.” Et maintenant, que sommes-nous ? Une femme et un homme qu’on traque. Des égaux. » Après réflexion, Stanislas conclut que les évènements de la veille sont effectivement un signe du destin qui indiquent que la Reine doit reprendre le pouvoir en main. Il l’encourage donc à arrêter de se cacher et à laisser les rênes à l’archiduchesse. La Reine le prend au mot.

Profitant de la sortie à cheval de la Reine, Édith s’arrange pour rencontrer Stanislas et organiser un face à face entre lui et le comte de Foehn, à qui elle a transmis toutes les informations qu’elle a glanées. Lors de cet entretien décisif, le jeune homme entrevoit comment le comte veut se servir de lui dans le jeu politique qu’il entreprend de concert avec l’archiduchesse. Le chef de police devine l’influence qu’exerce le jeune homme sur la souveraine et veut le convaincre de venir à la cour afin de s’assurer, par son entremise, que celle-ci se conforme enfin au protocole et à ses devoirs royaux, ainsi qu’aux attentes de sa belle-mère et aux siennes à lui. Conscient qu’il s’agit d’un traquenard, Stanislas refuse de répondre aux exigences du comte. Il accepte de se rendre à la police une fois la souveraine en chemin vers la capitale. Après avoir conversé une dernière fois avec la Reine et lui avoir confirmé son amour, Stanislas décide d’avaler le poison qu’elle gardait en vue d’un éventuel suicide. Lorsque la Reine s’en rend compte, elle provoque de la rage chez Stanislas en adoptant une attitude méprisante. Elle signe ainsi son arrêt de mort et, dans un dernier souffle, s’excuse et réaffirme son amour.

 

Dans L’Aigle à deux têtes, Cocteau entremêle une histoire d’amour aux ressorts psychologiques facilement identifiables, qui relève de la comédie, à des éléments de tragédie grecque, car les personnages ne peuvent pas échapper à leur destin. D’un côté, si la Reine aime, c’est parce qu’elle se reconnaît dans Stanislas, mais aussi parce qu’elle retrouve en lui le Roi qu’elle a tant aimé. De l’autre, même si les deux amoureux changent de regard l’un sur l’autre, abolissent la distance qui les séparait, Stanislas finit par tuer son amante quand elle se comporte comme une reine, conformément à sa mission initiale. Cette fatalité du destin est d’autant plus étonnante que les personnages sont présentés comme étant dotés d’une volonté forte. Cocteau soulève ainsi la question de l’influence du libre arbitre, des pressions de l’entourage et du destin dans les évènements déterminants de la vie de ses personnages.

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