L’Amour fou

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Résumé

L’Amour fou, publié en 1937, est un récit autobiographique d’André Breton dans la continuité de Nadja, publié en 1928. Ici, André Breton mêle récit de vie, rêveries et photographies pour évoquer la thématique de l’amour. Le livre est découpé en sept chapitres.

 

L’Amour fou commence par le récit d’un étrange fantasme. André Breton se voit coincé entre deux tribunaux, l’un composé d’hommes et l’autre composé de femmes, en nombre égal. L’auteur commence ainsi son analyse de l’amour et développe, dans ce premier chapitre, plusieurs notions et idées sur le sujet. Il explique par exemple que l’amour destiné à un être unique est une illusion et confirme l’idée qui consiste à dire que les individus ont un « type » d’homme ou un « type » de femme.

Mais ce chapitre sert surtout à développer un thème essentiel qui est celui de la « beauté convulsive », que Breton décline sous trois formes. Le chapitre se termine en effet sur cette phrase : « La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas ». Une photo illustre d’ailleurs cette notion de beauté « explosante-fixe ».

 

Le second chapitre s’ouvre sur ces phrases tirées d’un questionnaire rédigé par Paul Éluard et par André Breton : « Pouvez-vous dire quelle a été la rencontre capitale de votre vie ? – Jusqu’à quel point cette rencontre vous a-t-elle donné, vous donne-t-elle l’impression du fortuit ? Du nécessaire ? ». Breton dans ce chapitre commente la réussite et les résultats de ce questionnaire, la méthode utilisée et le nombre de participants, qui n’en font pas une enquête très fructueuse avoue-t-il. À travers le commentaire de cette enquête, il développe une notion importante : celle du hasard dans la rencontre. Pour tenter de définir cette notion il cite Aristote, Cournot, Engels et Freud. Aristote définit par exemple le hasard comme « cause accidentelle d’effets exceptionnels ou accessoires revêtant l’apparence de la finalité ». L’enquête, en fait, devait amener à savoir, dit-il, « si une rencontre, choisie dans le souvenir entres toutes et dont, par suite, les circonstances prennent, à la lumière affective, un relief particulier, avait été, pour qui voudrait bien la relater, placée originellement sous le signe du spontané, de l’indéterminé, de l’imprévisible ou même de l’invraisemblable ». Le questionnaire n’aura pas permis de faire la lumière sur cette question mais André Breton continue de s’interroger sur le caractère totalement hasardeux de la rencontre et sur le « dénominateur situé dans l’esprit de l’homme et qui n’est autre que son désir », qui pourrait aussi avoir une incidence sur celle-ci.

 

Dans le troisième chapitre, André Breton développe cette idée du hasard dans la rencontre, mais surtout du désir qui pousse ou impacte la rencontre, laquelle au final ne serait donc pas complètement fortuite. Ainsi il explique garder « cette soif d’errer à la rencontre de tout, dont je m’assure qu’elle me maintient en communication mystérieuse avec les autres êtres disponibles, comme si nous étions appelés à nous réunir soudain ». Plus loin il parle d’« atteindre un but par la conjugaison avec notre volonté […] d’une autre volonté humaine qui se borne à être favorable à ce que nous l’atteignions. » Pour approfondir cette idée Breton relate le souvenir d’une promenade au marché aux puces avec son ami Giacometti. Tous deux, errant dans le marché sans savoir ce qu’ils cherchent, tombent chacun sur un objet, sur une trouvaille. Breton trouve une cuiller en bois et Giacometti un masque. Après réflexion André Breton en arrive à la conclusion que tous les deux désiraient posséder ces objets avant de les avoir trouvés, car ces objets sont des représentations métaphoriques de leur désir, un « déguisement ultra-matériel ». En conclusion de ce troisième chapitre Breton aborde la notion des deux instincts, l’instinct sexuel et l’instinct de mort.

 

Le quatrième chapitre est celui du récit d’une rencontre entre André Breton et une jeune femme. Breton analyse a posteriori cette rencontre. Il souligne le caractère troublant des événements tels qu’ils se sont déroulés, et essaie d’en faire ressortir un lien logique. Il parle ici de la « corroboration continue, impliquant entre les événements que l’esprit s’était plu à agencer et les événements réels un incessant parallélisme ». Il fait le récit de cette rencontre qui s’est déroulée à Paris et raconte ensuite le premier rendez-vous, une promenade nocturne dans les rues de la capitale et l’itinéraire suivi. Il interrompt son histoire pour rappeler son intention de mettre en évidence le rapport du réel et de l’imaginatif, et de leur coïncidence continue.

Son récit reprend et nous sommes cette fois quelques jours après la rencontre. Ce matin-là, un poème qu’a écrit Breton quelque temps auparavant lui revient en mémoire. Ce poème s’appelle Tournesol. Si Breton recopie Tournesol dans le livre, c’est qu’il prédit exactement la rencontre exposée plus haut. Il reprend le poème, vers par vers, et les fait coïncider avec les événements de cette nuit-là. Tout concorde, ce qui oblige André Breton à accorder un caractère prophétique à son poème. Le chapitre se conclut par cette révélation : la jeune personne qu’il avait rencontrée ce jour-là est devenue par la suite sa femme. Ainsi donne-t-il un exemple de sa théorie sur le hasard dans la rencontre.

 

Dans le cinquième chapitre, André Breton raconte son voyage à Tenerife, son ascension du pic du Teide, et relate quelques scènes çà et là de sa vie. L’histoire, qui n’en est pas vraiment une, semble parfois imaginaire, jusqu’à ce que des éléments du récit nous ramènent au réel. Le récit est surtout centré sur la description des paysages et sur les métaphores qu’y associe l’auteur : « le paon immense de la mer revient faire la roue à tous les rivages » écrit-il par exemple. Ce récit est aussi l’occasion de quelques réflexions sur l’amour et notamment sur l’amour sexuel. Il cite par exemple Engels qui qualifie l’amour sexuel individuel de « plus grand progrès moral accompli par l’homme », et Freud qui estime qu’il « contribue dans une grande mesure au progrès de la culture ». Aussi évoque-t-il la notion de « suffisance de l’amour » qu’il défend ardemment : « tant pis si cela doit désobliger les rieurs et les chiens », « la récréation, la recoloration perpétuelle du monde dans un seul être, telles qu’elles s’accomplissent par l’amour, éclairent en avant de mille rayons la marche de la terre » et critique-t-il la « considération de la nécessité matérielle » et les « systèmes rationalistes ». Il fait aussi l’éloge de la surprise : « La surprise doit être recherchée pour elle-même, inconditionnellement » dit-il, et il défend les principes des surréalistes. Aussi reprend-il les notions du « hasard objectif » et du désir : « le désir, seul ressort du monde, le désir, seule rigueur que l’homme ait à connaître ». Il décrit dans son récit le désir que lui-même éprouve pour sa compagne. Plus loin, il s’oppose à l’idée qui consiste « à se représenter l’amour, dans la durée, comme un phénomène déclinant ». Au final, ce chapitre mêlant récit, souvenirs et réflexions, s’avère être une apologie de l’amour.

 

Le sixième chapitre a pour thème l’essoufflement de l’amour et ses difficultés. André Breton parle de « ces instants noirs où l’amour bat soudain de l’aile et se laisse tomber sans aucun ressort au fond du gouffre ». Breton raconte un voyage en Bretagne qu’il a fait avec sa compagne en 1936. Ils se promènent tous les deux sur la plage, et à cet instant, se trouvent de plus en plus éloignés l’un de l’autre, au sens propre comme au figuré. De retour chez ses parents, Breton apprend que la maison bordant la plage sur laquelle lui et sa femme venaient de se promener n’était autre que le lieu du crime de l’affaire du Loch, maison dans laquelle une femme était morte assassinée par son mari. Breton voit donc dans ce lieu maudit la cause de ce moment d’éloignement avec son épouse. Ainsi, l’auteur explique que ce n’est parfois pas l’amour qui est en cause dans les difficultés, mais des facteurs qui lui sont extérieurs.

 

Le septième chapitre, qui clôt le livre, est une lettre adressée à Écusette de Noireuil, nom par lequel il désigne sa fille, alors âgée de huit mois. Il lui écrit en pensant qu’elle lira peut-être son livre, certainement attirée par son titre, lorsqu’elle aura seize ans : « Quelle que soit la part jamais assez belle, ou tout autre, qui vous soit faite, je ne puis savoir, vous vous plairez à vivre, à tout attendre de l’amour. ». Il lui parle de sa naissance et de ce qu’elle représente pour lui, sa plus belle folie. Il parle de l’amour comme de la plus belle raison de vivre. Il revient aussi sur le contexte historique dans lequel prend place cette lettre, sur la guerre d’Espagne. Enfin, il conclut cette lettre et par là même le livre sur cette phrase : « Je vous souhaite d’être follement aimée ».

 

Ainsi se termine L’Amour fou d’André Breton, inspiré de son histoire d’amour avec la mère de son enfant. Sa construction, quelque peu déroutante, faite d’idées, de récit, de photographies, n’est pas sans rappeler d’autres livres de l’auteur tels que Nadja ou encore Les Vases communicants.

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