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Le Paysan de Paris

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Résumé

PRÉFACE À UNE MYTHOLOGIE MODERNE

            Cette préface résume le parcours philosophique qui a conduit à la rédaction de ce curieux texte : la réalité et la raison des savants semblent sans cesse opposées. Aragon propose de résoudre le hiatus entre la sensualité de l’expérience concrète, et le raisonnement et l’analyse. Il décide de ne plus refuser le monde comme le faisaient ses prédécesseurs, mais plutôt d’apprendre des erreurs et des illusions suscitées par les sens, qui sont autant de chemins vers une compréhension du réel.

 

LE PASSAGE DE L’OPÉRA

            Les mythes modernes sont tous ces endroits, ces images qui s’imposent à l’imagination de l’homme et qui éveillent en lui un sentiment de merveilleux et d’étrangeté. Aragon part, pour déceler ces mythes, d’un fait divers : l’allongement du boulevard Haussmann, qui va détruire le passage de l’Opéra. Il s’attache ainsi à décrire ce lieu sur le bord de l’effacement, à la limite de la disparition. Rien n’échappe à son œil perçant et observateur. Le “meublé” et ses tenancières cèdent la place à un dialogue imaginé entre le poète et le concierge de l’immeuble n°2. À cela succède l’illusion suscitée par les lumières phosphorescentes de la vitrine d’un marchand de cannes, qui place soudain le poète au milieu de l’univers marin. Cette promenade visuelle suscite en lui des souvenirs, comme celui du café Le Petit Grillon où il avait l’habitude d’aller avec ses amis.

            Aragon se fait par ailleurs le témoin de l’effervescence suscitée par la décision de destruction. Il reproduit, en les collant dans son manuscrit, les pancartes et tracts que l’on trouve dans le passage, pour empêcher sa disparition. À ce moment-là, l’auteur décide de “quitter son microscope” pour réfléchir à son rôle de poète : il veut entrer dans le monde en analysant ses moindres détails, pour saisir la complexité de l’univers, et peut-être entrer dans une véritable vision.

            La sensualité du rapport à la réalité est représentée par la fascination d’Aragon pour les femmes de ce passage, femmes troubles et marginales, qui y rencontrent leurs amants ou exercent une profession cachée, retirées du monde lumineux. Les corps sont ainsi omniprésents dans ce passage obscur, où les deux coiffeurs voient passer entre leurs mains des chevelures infinies, derniers témoins de la bestialité humaine. Le poète ponctue son texte de visions des hommes en bêtes fauves et voluptueuses. Il s’approche successivement des tailleurs et imprimeurs qui côtoient les coiffeurs. Face à ce fourmillement d’activités et de détails, le poète flanche, se retrouve à la limite de la réalité, absorbé par l’infinité de la profondeur de chaque objet.

            Retrouvant ses esprits, Aragon se promène entre bains et marchands, s’arrêtant à la porte de chaque magasin, lieu où l’imagination peut se déployer : le coup d’œil permet une vision partielle qui laisse un espace à la rêverie. Tout à coup, un passage allégorique surgit dans la description. L’homme converse avec ses facultés, et s’élève alors la prosopopée de l’Imagination. Les images et les délires visuels ont été longtemps mis au ban de la vie humaine, et seule la drogue permettait de les convoquer. Aujourd’hui, l’Imagination se réjouit de la place qu’elle retrouve au sein du groupe surréaliste.

            L’Hôtel Monte-Carlo, cireurs, décorations des boutiques, marchands de timbres-poste et maisons closes défilent devant les yeux rêveurs d’Aragon, qui s’arrête soudain devant le café Certa. Ce lieu était celui des réunions des surréalistes, et le poète décrit minutieusement cet endroit qui marqua sa vie, au point d’énumérer les consommations offertes par le café. Lieu de paix, il était propice à la rêverie et l’imagination. De là, il observe le manège d’une prostituée dans sa boutique et réfléchit à son don d’observation qui s’apparente à la sensualité de cette fille de joie, dépouillant les passants de leurs vêtements pour voir en eux. Il continue alors à errer dans le passage, admirant les plaques d’annonce des magasins et les vitrines de divers magasins quand il rencontre un établissement de massage, autre nom pour désigner une maison close. Il y rentre et narre l’expérience sensuelle qu’il y vit. Finissant son parcours, il s’enfonce plus avant dans les limites de la réalité, faisant un tour dans le lieu d’illusion et d’art qu’est le Théâtre Moderne.

 

LE SENTIMENT DE LA NATURE AUX BUTTES-CHAUMONT

            Aragon décrit l’état parfait de présence au monde qu’il arrive à atteindre : il vit de hasard, et accueille les objets extérieurs comme ils se présentent, en s’attachant non pas à les penser, mais à retourner à une saisie première de leur existence brute, dans le sentiment premier qu’il en a. Cette vision transfigurée des objets serait ce qui constituerait la “mythologie moderne”, qui réside dans le mouvement de l’existence des choses. Un problème se pose alors à Aragon. En effet, les dieux ont disparu, et la mythologie ne sait plus quelle entité vénérer. Il trouve alors un endroit parfait : les jardins incarnent selon lui la bizarrerie moderne de l’Homme, qui a résolu l’antinomie traditionnelle entre création de Dieu – la nature – et création humaine. Ces lieux, reproductions du paradis légendaire, sont les espaces en marge où finissent les vies humaines, sujettes à une agitation sans trêve. La réflexion s’organise alors autour du sentiment de la nature : Aragon voit dans ce phénomène l’expression de l’inconscient de l’homme, puisque l’expérience sensible et les sens n’en sont pas séparés. Ainsi la nature serait un support de la mythologie moderne.

            Sur ces notes philosophiques, Aragon se désintéresse de son écrit pendant six mois jusqu’à ce qu’il soit gagné par l’Ennui qu’il met en scène dans une véritable allégorie et une prosopopée. Pour “faire quelque chose”, il se dirige chez son ami André Breton où il rejoint Marcel Noll. Tous trois sortent promener leur désœuvrement dans Montmartre, à la tombée de la nuit : Breton propose alors d’aller dans le parc des Buttes-Chaumont, qui serait un véritable laboratoire d’expériences humaines. Entre les descriptions proprement dites du jardin, Aragon intercale de nombreuses réflexions. Tout d’abord, l’empire de la nuit sur le monde force l’admiration, tant elle crée des illusions étranges qui donnent un sens nouveau aux choses. Les allées inspirent à Marcel Noll des commentaires sur leur caractère merveilleusement labyrinthique. Au milieu des bosquets, Aragon rêve, lui, de la canne de Breton, pour faire ensuite un réquisitoire contre le besoin irrépressible de logique de ce dernier. La promenade continue, entre les ombres fantastiques des statues, cachées çà et là dans le jardin. Aragon présente alors le “Discours de la statue” qui raille le besoin de psychologie de l’homme. Retournant au jardin en lui-même, le poète s’abîme dans la contemplation et la description minutieuse d’une colonne qui surgit au milieu d’un carrefour. Les trois amis se dirigent alors vers le pont des suicidés, qui ouvre la voie à de nouvelles pensées sur la vénération des lieux de morts violentes.

            C’est alors que la figure de la femme arrive, envahissant le monde et l’esprit du poète qui chante son amour pour elle. Tout dans le jardin devient divin, à son image. Il tente de retrouver son propos premier, mais la distraction le gagne et il revient à sa fascination pour la femme aimée. Offrant des réflexions sur le pouvoir fantastique de l’amour, entre mécanisme physique et obsession psychologique, Aragon appelle à la restauration de “la religion de l’amour”.

            Le court texte se finit alors sur la vision de ces trois jeunes gens dans le parc, et sur l’adresse de l’auteur à lui-même où il ridiculise sa tentative de TOUT dire. Il demande finalement un silence qui ne sera brisé que par l’ajout d’une lettre au directeur de la revue dans laquelle est publiée cette nouvelle, où il dit sa volonté première d’exprimer le merveilleux du monde.

 

LE SONGE DU PAYSAN

            Le désordre du monde est insupportable à l’homme et c’est pour cela, selon Aragon, que l’homme a inventé l’idée de Dieu qui lisse la surface chaotique de la réalité. Mais cette simple idée est équivalente à d’autres explications, n’a pas de caractère de nécessité, et le poète accuse la paresse intellectuelle des hommes d’avoir laisser subsister et croître une telle méprise. Une deuxième erreur apparaît alors : l’idée de Dieu est seulement psychologique, et non métaphysique comme on veut le faire croire. Quel est donc le véritable objet de la métaphysique ?

            Aragon tente ici une réponse : c’est la notion, c’est-à-dire ce que l’on retire de l’expérience du concret, du réel. Il explique ces concepts à la lumière des réflexions sur l’image surréaliste : l’image traditionnelle reste abstraite car elle ne présente pas un jugement sur la réalité, alors que l’image surréaliste résulte d’une conscience particulière du réel. Aragon établit ici la distinction entre le concret et le réel ; le réel est la réalité alors que le concret comprend tout ce qui se trouve en dehors de ce réel, tout ce qui porte en lui la déformation du monde par la conscience. L’image serait alors “la plus grande conscience possible du concret”, une réflexion du sujet sur son appréhension de la réalité. La poésie résiderait alors dans le concret et le réel.

Aragon termine son œuvre par une série de courtes propositions où il résume sa position esthétique de surréaliste et voue au diable les critiques littéraires inutiles.

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